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Samedi 28 avril 2007
" Tout ce que
tu dis parle de toi,
singulièrement quand tu parles des autres "
Paul Valéry
Nicolas Sarkozy : La
haine de soi
-
- par
Dominique-Emmanuel Blanchard
-
- Je
ne doute pas que, dans le privé, Nicolas Sarkozy soit
un homme charmant. Je lui reconnais du charme, de l'intelligence,
de la sensibilité. Je ne doute pas qu'il puisse être
un ami délicieux. Je ne doute pas de ses convictions,
ni de sa sincérité.
Mais il y a une chose dont je doute - et ce n'est pas lui faire
injure ; je doute de sa capacité à diriger un pays,
ce pays, par exemple, qui est la France.
Je doute que Nicolas Sarkozy ait cette humilité de l'ego
qui sied à la fonction de chef d'État
Que Nicolas Sarkozy ait fait un rêve, oui je crois qu'il
le fait plus que jamais ce vieux rêve : être président
de la République française.
Je crois qu'il veut cela, obstinément, maladivement, je
crois qu'il est prêt à tout sacrifier pour ce rêve,
ce rêve qui est devenu un absolu. Mais l'absolu c'est la
mort ! L'absolu n'existe pas. L'absolu n'est pas un lieu de l'âme
où l'on se repose. L'absolu n'est pas humain en ce sens
qu'il est indépassable. Être président de
la République n'est qu'une étape dans le processus
du vivant. Si ce pouvoir n'est pas tenu à distance, s'il
est le symbole de l'accomplissement de soi, s'il est un but en
soi, il y a danger. Et voilà qui m'inquiète : il
semble bien que tel soit le cas pour Nicolas Sarkozy. Aussi devra-t-il
aller de plus en plus loin, de plus en plus fort, de plus en
plus dangereusement. La voie qu'il a choisie, il ne pourra pas
en déroger, il ne pourra pas bifurquer ; il lui faudra,
il sera, il deviendra de plus en plus violent, de plus en plus
instable.
La violence engendre la violence, tout le monde sait cela. Cette
violence, on ne cessera de la lui apporter sur un plateau d'argent.
Elle lui collera à la peau. Tout le temps, toujours. Il
aura beau invoquer Blum, Jaurès, Camus, plus rien désormais
n'y fera. C'est trop tard. L'image est figée. Le tableau
est signé de la main du destin. Ce père fouettard-là
n'a pas la grande histoire pour l'excuser.
-
- ***
-
- Au
bout de cela pointe le despostisme. Il pointe déjà,
il est déjà là, dans la ligne de mire. Le
rapport de force est le fonds de commerce de Nicolas Sarkozy.
Rappelons-nous : " Surveiller et punir " (Michel Foucault),
et ceci encore : " Ce que vous êtes parle si fort
que l'on n'entend plus ce que vous dites. (Jefferson.) Ce qu'est
Nicolas Sarkozy, c'est ce qu'il a voulu. Il a voulu cela pour
conquérir le pouvoir. Ce pouvoir il l'a. Il l'a eu au
prix de la violence. Il l'a voulu au nom de son désir
de pouvoir. On voit que ce pouvoir qu'il a aujourd'hui ne lui
suffit déjà plus. Celui qu'il pourrait avoir demain
(celui de chef d'État) bientôt ne lui suffira pas
non plus. Après le pouvoir sur les corps il faut celui
des âmes. C'est un refrain connu.
Tout dans ce que Nicolas Sarkozy donne à voir de lui-même
confirme cela : que tout doit s'articuler autour de sa seule
personne. L'espace autour de lui est saturé de son image.
Et cette image, je le crois, j'en suis sûr, j'en suis absolument
certain, il ne l'aime pas. Il ne l'aime pas pour les raisons
que l'on sait. Alors, alors, je vous prie de bien me lire : cette
image il n'aura de cesse de la sublimer, d'en faire une icône.
" Le culte du moi " (et je ne fais ici que citer un
livre de Barrès), le culte de soi est avant tout la haine
de soi.
Et c'est ici le paradoxe suprême : les despotes ne s'aiment
pas.
-
- ***
-
- Rien
ne s'oppose plus radicalement à la fraternité que
le pouvoir, le pouvoir vécu comme une victoire. Le pouvoir
est une défaite. Le pouvoir est une défaite de
l'humain.
C'est en cela que j'aime Ségolène Royal : ce pouvoir
elle n'en veut que pour n'avoir pas à l'exercer, à
l'imposer. Le pouvoir qui vise à se nier lui-même
n'est pas le pouvoir, tout le pouvoir.
" C'est le fort qui tend la main, dit Nicolas Sarkozy, pas
le faible. "
Fort, faible. Ce sont ses mots, oui, ses mots, ses maux. Tout
est là. Le fort, le faible. Cela a encore un sens pour
lui, et ce sens s'il le sent faiblir il veut le rétablir.
La fable du fort et du faible ne devrait pas être autre
chose que la fable de l'aveugle et du paralytique.
-
- ***
-
- Pour
finir, ceci que j'adresse à Nicolas Sarkozy : " Si
vous voulez ressentir la paix, devenez la paix ", (James
F. Twyman). Mais, voulez-vous que je vous dise : je crois qu'il
est trop tard.
Moi qui aime la paix, moi qui n'ai pas de pouvoir et qui n'en
veux pas, moi qui aime les gens, moi qui ressemble à tant
de gens, moi qui n'ai pas peur des femmes, moi qui ne suis pas
beau, moi qui ne suis pas riche, moi qui ne suis plus jeune,
moi qui crois en l'humain, j'ai voté, je vote et voterai
Ségolène Royal.
-
Dominique-Emmanuel Blanchard
-
- Article
publié dans LE
MAGUE
- M'écrire
- Commentaires
Très beau texte.
Et très belle, cette articulation du culte du moi et de
la haine de soi...
Amitié.
Bernard-Henri Lévy
- Ce
texte est superbement écrit. Quel style ! Qu'on soit
d'accord ou pas avec le fond, ou qu'on soit indécis !
Le culte du moi, c'est une période très intéressante
de l'oeuvre de Barrès.
Amitiés.
- Robert
Redeker
- Cette
analyse est pertinente, en ce sens que laction politique
est, me semble-t-il, avant tout un combat pour, et sur soi-même
:
Amis, votez pour moi, pour apprendre à maimer !
- Mais
je nai jamais eu limpression quun chef dÉtat
saffranchisse du culte de soi, à part lorsquil
lâche laffaire : Eltsine en 1999, le 31 décembre,
Chirac il y a 2 mois, au sommet européen. Quant à
Ségolène Royal, elle est peut-être aussi
à même dassumer ces fonctions parce que justement,
elle saime trop...
- Philippe
Gras
- "Rien
ne paraît plus surprenant à ceux qui contemplent
les choses humaines dun oeil philosophique, que de voir
la facilité avec laquelle le grand nombre est gouverné
par le petit, et lhumble soumission avec laquelle les hommes
sacrifient leurs sentiments et leurs penchants à ceux
de leurs chefs. Quelle est la cause de cette merveille ? Ce nest
pas la force ; les sujets sont toujours les plus forts. Ce ne
peut donc être que lopinion. Cest sur lopinion
que tout gouvernement est fondé, le plus despotique et
le plus militaire aussi bien que le plus populaire et le plus
libre."
David Hume (26 avril 1711 25 août 1776), philosophe,
économiste et historien
- .
Voici une autre citation pour le plaisir :
"Lorsque les pères shabituent à laisser
faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de
leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs
élèves et préfèrent les flatter,
lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce
quils ne reconnaissent plus au-dessus deux lautorité
de rien ni de personne, alors cest là, en toute
beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.
citation(s) / poème(s) n° 2700 : Platon [présentation
et images], (Athènes, 427 id., 347 av. J.-C.),
philosophe grec
- llenne
- Merci
monsieur pour cet article dune belle dignité intellectuelle.
- Claude
- Que
dire de plus ? Juste... continue... cest magnifique
Amitiés lami !
30 avril 2007 18:24, par Bénédicte
- Dominique-Emmanuel,
tu viens de réaliser un profil psychologique étonnant
sur Nicolas Sarkozy et ta magnifique synthèse du personnage
nous fait froid dans le dos... cest la raison pour laquelle,
moi aussi, le dimanche 6 mai 2007 je voterai pour Ségolène
Royale sans hésiter une seule seconde.
- 1er
mai 2007 11:20, par Philippe HAUVEAU-BEAUBATON
- Très
beau texte quon devrait placarder dans les mairies de France
et de Navarre.
- 1er
mai 2007 12:48, par M.
- Mes
chers amis, nous voici arrivés au terme de cette campagne.
Jai voulu la conduire conformément à lidée
que je me faisais de la fonction présidentielle. Des responsabilités
quelle implique. Des devoir quelle impose. De la
dignité quelle exige. Je nai pas été
épargné par les attaques personnelles. On a mis
en cause ma probité. Mon intégrité. Mon
honneur. Ma sincérité. Mon caractère. On
a insinué que jétais dangereux pour les libertés.
[...]
Et maintenant je nai plus que deux choses à vous
dire, qui viennent du fond du cur :
Vive la République ! Vive la France !
- Quand
Nico parle cest quand même autre chose...
- 1er
mai 2007 13:55
- Si
vous êtes bien Monsieur Nicolas Sarkozy... ce qui métonnerait,
sachez que tous vos mots et vos discours (si beaux soient-ils)
ne changeront rien à ce que nous connaissons de vous.
Lorsquon est capable dabuser des pouvoirs qui vous
ont été confiés, en tant que Ministre de
lIntérieur, on est aussi capable dabuser des
pouvoirs qui vous seront peut-être confiés par le
Peuple Français. Je connais nombre de Policiers et de
Gendarmes qui ont pu servir sous vos ordres... et lorsquon
se permet denvoyer un Motard de la Police chercher un jus
composé doranges fraîches pour son fils cadet,
dans un grand hôtel parisien, alors quil ny
en a pas sur laéroport du Bourget... cela me laisse
à penser que la République des privilèges
et que largent public gaspillé ne prendront pas
fin avec votre règne.
- 1er
mai 2007 14:14, par Philippe HAUVEAU-BEAUBATON
- "...
Et puis il y a la gauche qui ne croit plus à la politique,
ne croit plus à la nation, ne croit plus à la République,
ne croit plus à lEtat. La gauche qui ne croit plus
que la politique puisse changer le monde ni même quelle
puisse permettre datteindre le plein emploi. La gauche
qui na plus dautre programme que la défense
des droits acquis, des rentes de situation et du statu quo. [...]
Ce rêve je sais quil est aussi le vôtre. Ce
rêve je voudrais que nous le fassions partager à
tous les Français quelles que soient leurs origines, leurs
croyances, leur parti. Ce rêve, je voudrais le faire partager
à tous ceux qui aiment la France et qui pensent que cest
le bien le plus précieux quils ont à transmettre
à leurs enfants..."
- Quand
Nicolas Sarkozy parle cest quand même autre chose...
1er mai 2007 15:29
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