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11 février 2008
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- Eric-Emmanuel Schmitt
- La
Rêveuse d'ostende
- Albin Michel
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- par
Dominique-Emmanuel Blanchard
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Jai limpression quil
y a bien longtemps que je nai pas taillé un écrivain
(enfin, vous savez ces gens qui écrivent ou qui font écrire
des livres quils signent de leur célèbre
nom).
Ainsi La Rêveuse dOstende dÉric-Emmanuel
Schmitt (Albin Michel), dont voici quelques lignes : Joffris
mes pieds à la morsure du sable, puis à la récompense
de leau (page 24) ; Gerda nous apporta deux
bols fumants avec fierté, comme si notre envie de bavarder
autour de ce breuvage rendait hommage à ses dons de cuisinière(page
28).
Mon Dieu quelles sont donc bêtes ces deux phrases
(et ce ne sont pas les seules) ! Comment peut-on écrire
cela après vingt livres ? Jai une réponse
: quand on nest pas écrivain. Schmitt nest
pas écrivain. Mais il écrit des livres.
Il na peut-être pas dautre ambition après
tout !
Voyons cela de plus près
: Joffris mes pieds à la morsure du sable
Ah bon, ça mord maintenant le sable ?
Jimagine notre pauvre auteur en train de se demander comment,
dune manière originale, il allait nous raconter
quil était allé se balader sur le plage
Et ça donne cette phrase complètement idiote. Et,
il en remet une couche : la récompense de leau
Mais ce nest pas tout : Gerda nous apporta deux bols fumants
avec fierté. Là, on apprend que cest chaud
ce quelle apporte cette brave Gerda, et ils fument avec
fierté ces deux bols
Mais peut-être est-ce
gerda qui était fière
Et ce qui suit, alors là, faut saccrocher : comme
si notre envie de bavarder autour de ce breuvage rendait hommage
à ses dons de cuisinière. Doit-on en conclure que
cest le breuvage (je crois bien que cest du chocolat
ce breuvage-là bon sang que le mot est inapproprié,
et moche de surcroît) qui a donné envie de
discuter, de parler, non : de bavarder ?
Et lon apprend quil faut être une sacrée
cuisinière pour préparer du chocolat
Diantre ! Sest pas foulé le Schmitt (ah oui, «
la cuisine cest Schmitd » pub gratos).
Flaubert sétait posé la question : comment
écrire que le ciel est bleu
Bleu comment dabord ? bleu nuit ? bleu ceci ? bleu cela
?
Il réfléchit (et quand on sait quil mettait
5 ans à écrire un livre Flaubert) et écrivit
: Le ciel est bleu
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Tenez, je propose à Éric
de réviser le vieux Molière (Le Bourgeois Gentilhomme
- II,4) :
MONSIEUR JOURDAIN : Par ma foi
! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que
jen susse rien, et je vous suis le plus obligé du
monde de mavoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre
dans un billet : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir
damour ; mais je voudrais que cela fût mis dune
manière galante, que cela fût tourné gentiment.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Mettre que les feux de ses yeux
réduisent votre coeur en cendres; que vous souffrez nuit
et jour pour elle les violences dun
MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, non, je ne veux point
tout cela; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise,
vos beaux yeux me font mourir damour. MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Il faut bien étendre
un peu la chose. MONSIEUR JOURDAIN : Non, vous dis-je, je ne veux
que ces seules paroles-là dans le billet; mais tournées
à la mode ; bien arrangées comme il faut. Je vous
prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières
dont on les peut mettre. MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : On les peut mettre
premièrement comme vous avez dit : Belle Marquise, vos
beaux yeux me font mourir damour. Ou bien : Damour mourir me font, belle Marquise,
vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux damour me font, belle
Marquise, mourir.
Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, damour
me font.
Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, damour.
MONSIEUR JOURDAIN : Mais de toutes ces façons-là,
laquelle est la meilleure ?
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE: Celle que vous avez dite: Belle
Marquise, vos beaux yeux me font mourir damour.
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- Le ciel est bleu,
la mer est verte
laisse donc un peu
la fenêtre ouverte.té.
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