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Dominique-Emmanuel Blanchard
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- 2 mai 2008 | The end pour
le clébard
Drôle de journée. Une de ces journées
où le temps vous demande de régler quelques factures.
Ça sappelle le temps qui passe, le temps qui a passé
et qui doit être désormais archivé dans un
coin du cimetière quon se trimballe tous, ce cimetière
intérieur qui se peuple pute borgne qui se peuple, mine
de rien, en loucedé.
Cette fois, cest le vieux qui sest tiré. Pouvait
plus se lever, se chiait dessus, puait tant que cen était
une horreur. Lui qui arrachait avec les dents les fils barbelés
de ce petit portail quil empruntait pour aller se faire
un cul bien disposé à le recevoir dans le voisinage.
Et même que les voisins venaient gueuler : nous fait peur
votre colosse.
Pas si colosse que ça, et gentil comme tout. Mais je cavalais
pour le ramener au bercail. Mais, quand même, une fois,
à cause de ce con je me suis retrouvé aux urgences,
la jambe en charpie. Faut jamais soccuper des bagarres
des autres. Moi, je men suis mêlé et lautre,
pas mon pote, lautre un Allemand qui na jamais été
berger me la planté dans la viande sa mâchoire
de tueur.
Sappelait Bouba le vieux clébard
Allez, jarrête, je commence à chialer
- 1er mai 2008 | Quant à
Kant
 Roger-Pol Droit est un formidable exégète
de la philosophie.
Kant, quant à
lui, linspire particulièrement :
« La loi morale, selon lui, est connue intuitivement
et immédiatement de tous les êtres humains. La moralité
dune action nest donc en aucune manière une
affaire de science ou déducation. Il existe toujours,
pour quiconque, un critère simple, immédiat et
direct de cette moralité : puis-je transformer la maxime
de mon action en loi universelle ? Pour que mon action soit morale,
je dois pouvoir transformer la règle à partir de
laquelle jagis en une loi valable pour tous. Il y a moralité
dès lors que ce que je fais contient une loi que je peux
rationnellement proposer à tous comme universelle. Aucune
exception. »
- 30 avril 2008 | Macadam
Drôle dimpression. Étrange étrangeté,
dirait Freud.
On dirait que mes problèmes didentité ne
sarrangent pas. Plus ça va moins je sais ce que
cest que ce moi qui maccompagne depuis si longtemps.
Et en voici la preuve : fouillant sur mon ordinateur jarrive
sur un dossier textes perso. Je tombe sur Macadam.
Macadam date, si jen suis bien lauteur, dune
époque où jécrivais nimporte
quoi pour nimporte qui à condition dêtre
payé. Jai de la sorte enchaîné scénario
sur scénario pour des sommes dérisoires entre cigarettes
et whyskies. Je finissais mes nuits bourré et le cerveau
rincé.
Beaucoup de ces scénaris ont disparu. Je
me souviens vaguement des histoires, mais quand je dis que cest
vague dans mon souvenir, cest très très vague.
Je me souviens quand même quun de ces scénaris
était destiné à Élie et Dieudonné.
Jai dû faire une douzaine de versions. Donc, tombant
sur un de ces textes, Macadam, me voici incapable de savoir si
cest moi qui lai écrit ou pas. Cest
que, dans ce genre de travail pour le cinéma à
visée strictement commerciale on te donne les noms des
personnages, une idée générale du truc et
tu fournis au fur et à mesure ce que tu écris,
et un gros con, inculte, super content de lui te dit que oui,
cest pas mal, mais quil faut laisser le public pour
: une vache à lait.
Parfois, dans ce texte, Macadam, tantôt, je reconnais un
peu une de mes manières décrire tantôt
rien du tout. Je me fais leffet dun amnésique
qui serait sur le point de retrouver un souvenir en se demandant
sil se souvient réellement ou sil nest
pas en train dinventer un souvenir quon lui a raconté.
Je me demande ce qui mempêche de le deleter ce truc
- 29 avril 2008 | Flash
: Beyrouth 83
Souvenez-vous : le Liban, lambassade américaine
qui saute, 200 kg de TNT, signé Jihad islamique.
Jy étais au Liban. Deux jours après. 1983.
Je me souviens.
Arrivée à Beyrouth par avion. Dès latterrissage
tout séteint. Je ne pleure plus. Ce nest plus
Bologne. Jai renoncé à Julia. Je la laisse
à son mari, à ses enfants. Je ne pleure plus. Beyrouth
ça na rien à voir avec Bologne. Tout séteint.
Laéroport est plongé dans le noir. Une Plymouth
est là, qui mattend. Une vieille Plymouth noire,
toute cabossée. Jai un chauffeur. Et qui parle français.
Cétait très français encore, le Liban,
en ce temps-là. 1983, de mémoire. Faudrait que
je consulte le journal, mon carnet de bord. 83. Je viens de quitter
Marianne. Et jarrive dans un pays en guerre.
Défense de photographier.
Quand même je braque le grand Christ sur
la colline. Jai eu beau chercher, je nai jamais trouvé
quoi que ce soit sur ce grand Christ au-dessus dune guerre
civile à Beyrouth. Quest-ce que je fous là
? Je bosse. Business, travail, work. Et me voilà dans
la Plymouth, noire, cabossée. Tous les cent mètres,
un arrêt. Il y a des montagnes de sacs de sable partout.
Et derrière ces murs de sacs de sable, des militaires.
Des types en uniforme qui ont le droit dêtre armés
et de te foutre le bout du canon de leur mitraillette sous le
nez. Comme en Italie, tiens, pareil, ce flic qui me braquait
au volant de ma Fiat. Plymouth-Fiat et un type qui te fout le
canon de son arme entre les yeux. Et même pas peur. Maintenant,
oui, quand jy pense je me dis que jaurais dû
avoir peur. Mais jen avais rien à foutre. La peur,
je ny ai jamais cru. En Algérie non plus je navais
pas peur. Balade dans la Casbah, seul, et pas peur. Même
pas peur. Idiot tu vois. La buse le DEB. Jamais peur. Jamais
peur de ce genre de trucs. Pas de ça, dautre chose
oui, mais pas de ça. Le canon entre les yeux et pas peur,
je le jure.
- 28 avril 2008 | De chval
!
 En vrai sagittaire que je suis je devrais être
en empathie avec les chevaux, non ?
Mais voilà que la partie cheval de mon signe zodiacal
ne sentend pas du tout avec les canassons. Ou alors les
chevaux que jai connus étaient tous des bourrins.
Tenez, celui de la photo, un Camarguais de promenade pourtant,
eh bien tout ce quil pouvait inventer pour memmerder
il le faisait. Sil y avait une branche basse il sarrangeait
pour passer dessous histoire que je me la prenne en pleine tronche.
Une haie ? Il sy frottait. Une jument en rut il lui filait
des coups de tête. Du coup tout le monde, du groupe, et
lamazone volcanique qui maccompagnait navait
dyeux que pour moi. Mais ça cest une autre
histoire, intime, que pour faire plaisir à Angoustrine,
mon âne préféré, je raconterai peut-être
un jour ici. Pour en revenir aux chevaux il faudra que je fasse
tirer en vidéo cette bande super 8 où tout un groupe
de chevaux me charge alors que je les filme, toutes dents dehors
en un sorte de rictus moqueur et carnassier. Bon, javais
de lallure à cheval pourtant, non ?
- 27 avril 2008 | Ce petit
bureau doù je vous écris parfois
 Cest donc de là, assis à ce
petit bureau, devant cette fenêtre comme à lavant
dun bateau en perpétuelle rade, que je vous écris
parfois.
Ce matin, le matin même de cette photo - dans cette étrangeté
de voir sur lécran ce que jai, pour de vrai,
sous les yeux - ce matin est très clair et presque silencieux.
Des oiseaux, et à côté quelquun, un
enfant peut-être sexerce à un instrument de
musique. Peut-être de laccordéon. Juste quelques
notes et cest de nouveau ce faux silence : une voiture
qui passe, un éclat de voix au loin.
Moi qui ai toujours connu cet endroit dans la petite
grisaille un rien nostalgique des automnes et des hivers, me
voici, en somme, dans une histoire baignée dune
lumière qui la métamorphose.
Voilà que jai été interrompu
par le vieil homme. Il porte une robe de chambre légère,
linfirmière, dautorité lui a passé
un pantalon. Il veut faire une balade. Le petit jardin devant
la maison, le portail, la route, et le voilà qui continue.
Nous passons devant le 34, la maison voisine, qui lui appartenait
à cet homme qui trottine à côté de
moi. Je lui prends la main lorsque la route saccidente.
Jentends alors ce que je distinguais mal et que je prenais
pour un accordéon. Cest une clarinette, et lenfant
nest pas un enfant. Celui qui joue, jai le temps
de lapercevoir dans la véranda. Cest un jeune
homme qui napparait, dans une vision plutôt romantique.
Nous voici au carrefour.
A droite, au bout, à quelques dizaines de mètres,
la plage où je ne pousse même plus mes pas depuis
bien longtemps. La mer est haute (enfin, la mer : le bassin !,
nexagérons pas).
Davoir vécu jadis dans ce que lon appelait
une station balnéaire me rend lendroit familier.
Les maisons, ici, comme là-bas, dans cette enfance dont
je parle, les maisons, ces résidences secondaires, ont
le même air mélancolique, quelque chose de labandon
pas complètement consenti. Ces maisons, la plupart du
temps, sont inoccupées, ça se sent, ça se
voit, je ne sais pas à quoi mais ça se voit, ça
se sent. Cest comme une éternité demprunt,
une parenthèse ouverte qui ne se ferme jamais vraiment.
Nous traversons le carrefour pour aller saluer la voisine. Elle
ne sait pas très bien où en est le vieil homme.
Elle dit quelle a appris la maladie de Christiane. Elle
y va sur la pointe des pieds. Le vieil homme lui dit ce quil
ma dit la veille : quil est merveilleusement entouré
(ne sommes-nous pas deux, trois, voire trois personnes à
nous relayer près de lui ?) mais quil est seul,
que depuis que sa femme est décédée il a
tout perdu. Il dit cette évidence-là. Je le presse
de rentrer. Cest quil y a un petit vent coulis qui
minquiète. Je ne veux pas quil prenne mal.
Au retour sa foulée est plus ample. La route, en effet,
descend un peu.
La clarinette sest tue.
Je retrouve lordinateur, cette place que montre la photo.
Le fils (de Christiane et du vieil homme) et la fille (de Christiane)
vont arriver. Encore une heure et je reprendrai la route de Bordeaux.
- 26 avril 2008 | Retour
de flamme
Jétais presque décidé
à ne plus le revoir, lui, le vieil homme, le vieil ami.
Lamitié na pas les accommodements de lamour.
Je navais plus envie de revenir à Claouey, dans
la petite maison de bois, je navais plus envie quil
fût question de lui, cet homme que javais accompagné
sur le chemin du retour à la vie : javais fait mon
travail. Il navait plus besoin de moi. Je pouvais me retirer.
Je ne voulais pas sombrer dans lutilitaire, je ne voulais
pas devenir la commodité dun week-end sur deux.
Quand même, je suis venu. Je me disais que cétait
peut-être la dernière fois. Et je nen éprouvais
aucune nostalgie. La nostalgie nest plus ce quelle
était, cest bien connu.
En cette fin davril 2008, cest plein soleil sur le
bassin dArcachon. Alors les routes se peuplent de voitures.
Japerçois une Rolls et un coupé Mercedes
décapotable décapoté. Je croyais que ça
nexistait plus. Cheveux au vent. Comme une séquence
dun roman de Sagan. Il y a dans lair comme une invite
à la débauche. Cest en aôut quon
baise le plus : les naissances de mai en témoignent. Je
ne sais pas si jaime ça, cette chaleur, ce sentiment
dinanité, cette excitation testiculaire sans objet,
bêtement animale.
Je suis surtout venu en automne, en hiver, par ici, chez le vieil
homme, du temps de son épouse. Lété
cétait la famille. Alors, je ne venais pas.
Je nai jamais aimé la plage et tout ça autour.
Du temps perdu, de linconfort, et puis maintenant il y
a loutrage du temps sur les corps et le mien en particulier.
Les corps nus, exhibés, relâchés suscitent
chez moi un petit dégoût dont je ne suis pas fier,
mais qui est là, bien réel.
Je redoutais quelque peu ces retrouvailles avec le vieil homme.
Je trouvais quil y avait beaucoup de ruptures sur le terrain
de lamitié, plus ou moins fondée, plus ou
moins vraie, mais quand même, pour moi, présente-
depuis ces dernières années : BHL, qui ne fait
plus partie de mon réseau daffection, Didier P.,
qui, devenu big boss à *** qui nest plus là
non plus.
De la distance sest faite dont je ne souffre pas que par
intermittences (les fameuses intermittences du coeur deProust
!) : je constate cest tout. Dégradation inéluctable.
Juste lombre dun certain ennui, dirait George Steiner.
-
- Et puis, dans linstant daprès
tout cela nest plus vrai. Je me dis quil y en a de
nouvelles, damitiés. Je pourrais les dire, mais
je ne veux gêner personne. Mon amitié nest
peut-être pas ce qui leur arriver de mieux après
tout. On verra, à lusage. On verra.
Dans linstant daprès, pour en revenir à
lui, il me dit quil sest rapproché de ce projet
de livre qui lui était un peu étranger au départ.
Il me dit que peu à peu, jour après jour, eh bien
cela devient important. Il me dit quil est encore là,
quil veut participer à cette publication de ses
textes éparpillés.
Nous parlons de ce texte Violence et liberté
qui nous a divisés et que je voyais en texte inaugural.
Ce côté brut de décoffrage qui me plaît
tant, lui, lui déplaît. Il me dit que cest
une transcription dune conférence, quil avait
oubliée et quil ne veut pas commencer comme ça.
En somme je suis larroseur arrosé : ce livre que
je voulais pour remettre le pied à létrier
de mon vieil ami, voilà que ça fonctionne mais
plus vite que je lavais prévu. Me voilà,
en somme, pris à mon propre piège. Et je me laisse
prendre de bonne grâce.
Nous finirons de déjeuner sur ce pacte resigné
: nous continuons ensemble.
Nous continuons, toi et moi.
Je reviendrai.
Je lui dit aussi que nous ferons ce film commencé il y
a tellement longtemps, ce film à lescale qui, pour
aboutir, demande un gros financement. Je lui dit que nous nous
en occupons, que nous avons le partenaires pour la coproducion,
que nous avons la chaîne de télévision pour
tout déclencher
Je lui dis que je vois le film comme
cela : avec cette jeune femme de 27 ans, si brune, si jolie et
qui vient le voir plusieurs fois par semaine. Elle sappelle
Stéphanie. Elle pourrait être ce fil rouge que je
ne peux plus être.
Le film serait cette jeune femme en face du vieil homme. Ce serait
ça le film : pourquoi cette jeune femme sintéresse-t-elle
à la pensée de ce vieil homme ?
Et plus tard, alors que je suis à cet ordinateur, écrivant
ce texte même, jentends quil pleure, à
côté, le vieil homme. Il pleure comme on pleure
quand on ne peut plus retenir ses larmes.
Alors, je suis en face de lui, je prends ces mains tavelées,
presque parcheminées, avec ces larges plaques de sang
séché, là, sous la peau, de sorte que cest
comme une seconde peau, mais noirâtre.
Je le touche à pleines paumes mon vieil ami, et je ne
dis rien. Nous sommes face à face et ses sanglots au milieu.
Je sais que je ne peux rien, je sais que les mots ne servent
à rien, je sais quil pense à cette compagne
qui nest plus là, qui ne sera jamais plus là.
Il dit quil est seul, et que cest injuste alors quil
est entouré, alors que, toujours, jour et nuit quelquun
est là. Mais pas elle. Pas cette compagne de quelque 47
ans. Cest à elle quil voudrait parler, cest
avec elle quil voudrait partager ces maigres espérances
que nous suscitons et entretenons en lui.
- Au dîner, il y aura du thon
mayonnaise, et du lapin chasseur en plat préparé.
Et un Médoc 2000 qui, comme dhabitude ne sera pas
fameux. Et de la macédoine de fruits, au déssert.
Jai fait les couses au Petit Piquey. Parmi des estivans
en short, des cons encore plus cons que dhabitude. Dêtre
en vacances, au bord de la mer semble les gonfler de suffisance.
Ils se sentent libres, sans doute. Et pour eux, la liberté,
cest larrogance : les cons.
- 25 avril 2008 | Marre
de tout
Je suis certain que vous connaissez ça :
ces périodes dégueulasses où vous avez limpression
que tout vous foire entre les doigts.
Tout se ligue contre vous ; et vous avez envie de tout envoyer
balader et de vous retirer dans un coin peinard avec personne
pour vous emmerder. Quelquun, jadis, appelait ça
ma période « jonquilles », allez savoir pourquoi
? Ça fleurit à quelle époque de lannée
les jonquilles ? Plusieurs fois, non ?
Je connais ça depuis quelques jours : le ras le bol !
Marre du vieil homme qui me gonfle un max avec ses coquetteries
; marre de DailyMotion qui déconne dans ses codes ; marre
de la télé où il ny a que des conneries
; marre des mômes qui se prennent pour des petits dieux
; marre des anonymes qui me donnent des leçons sur les
blogs ; marre de la banque qui me décide que mon compte
doit repasser créditeur au bout de 15 jours alors quil
ny a pas si longtemps encore cétait tous les
30 jours ; marre de moi qui rate mes rendez-vous ; marre de moi
qui en ai marre de moi ; marre de mon clébard qui pue,
qui chie partout, qui est aveugle et qui ne se décide
pas à crever ; marre de moi qui vais regretter demain
davoir écrit ce post à la con.
- 24 avril 2008 | Tous en
Patagonie
Je ne sais pas, vous, mais moi, je la trouve un
peu tristounette cette période que nous vivons depuis
quelques semaines.
Est-ce que Sarkozy ne me manquerait pas des fois ?
Au moins quand il occupait tous les médias on avait limpression
quil faisait quelque chose, mais là, comme on ne
le voit presque plus, comme on le lentend presque plus,
jéprouve comme un sentiment dabandon. Comme
si, de ce pays, tout le monde sen foutait. Comme sil
nétait plus dirigé. Navire sans capitaine,
livré à des seconds qui auraient tendance à
sen tamponner le coquillard.
Sauf les financiers.
Dorment jamais ceux-là, nous pourrissent la vie tranquillement
ceux-là. La preuve, même à Sarko ils lui
gâchent le plaisir.
Jamais après un an de pouvoir un homme politique na
été aussi impopulaire. Quels ingrats nous faisons
! Lui qui nous disait je vous aime | je ne veux laisser personne
sur le bas côté de la route | dici cinq ans
0% de chômage (ce qui traduit en langue sarkozienne veut
pire : pas plus de 5%).
Bref, je ne voudrais pas être à la place de toutes
celles et tous ceux qui ont voté Sarko il ny a même
pas un an
Tout ce bla bla que lenvie de pouvoir inspire. Ce magnifique
écran de projection phantasmatique populaire quest
une élection. Sentiment de communion, duvrer
pour lavenir des peuples, et tout aussitôt cette
petite mort comme après une baisade qui a foiré.
(Baisade : le mot est de Flaubert.) Ah, je suis triste, je suis
triste comme un enfant | il ny a que la patagonie
sans Florent Pagny qui convienne à mon immense
mélancolie. (En italique : Blaise Cendrars.)
Je plaisante.
Sarko, jen attendais le pire, alors, au moins, je ne suis
pas déçu.
- 18 avril 2008 | Le vieil
homme et lamer
Le vieil homme magace. Sa santé est
désormais bonne et il devient pénible. Rien ne
sera possible je crois. Il y a chez lui de lordre de la
déconstruction. Une décision est prise quil
remet en cause quelques jours plus tard.
Il magace.
Les mythes ne me conviennent pas, je crois. Dabord parce
que je ny crois pas, aux mythes. Je crois encore moins
aux mythes qui disent quils ne sont pas de mythes. Cest
de la posture ça.
Il y a de la posture partout.
Posture décrivain, posture de philosophe. Miroir
mon beau miroir. Je suis un miroir commode jusquau
jour où ça magace de renvoyer les images
quon me demande de renvoyer. Je suis un miroir affectif
qui ne réfléchit pas avant de renvoyer une image.
Jessaie de soigner les âmes et les corps. Mais je
ne suis pas dupe. Je sais très bien jouer les dupes, mais
je ne suis pas dupe, jamais.
Le vieil homme tient à son image. Beaucoup plus quil
ne le dit. Il a ses coquetteries. Voilà quil ramène
Sartre sur le tapis alors que justement il ne devait plus en
être question. Il avait fait le tour de la question, disait-il.
Quatre livres sur le sujet, pour moi cela suffisait. Je pensais
quil pouvait penser sans filet. Sans notes de bas de page.
Sans sautociter. Du texte neuf. Du texte de conférence
par exemple. Du texte inédit. Du texte qui a été
dit devant des gens. Voilà ce que je voulais publier :
du texte dun jeune philosophe de 86 ans.
Basta !
Moi je voulais traiter de la violence. De la violence et de la
liberté. Men fout de répéter que pour
Sartre lhistoire et léthique se confondent
. On peut lire tout ça dans Les Temps modernes.
Cest très bien Les temps modernes. Mais je ne veux
pas republier des articles des Temps modernes, moi ! Plus tard
peut-être, mais pas maintenant. Ce qui mintéresse
cest la prise de risques, linconnu, les zones à
défricher. Je ne suis pas un recycleur, ou le moins possible.
Cest une position difficile à tenir.
Jessaierai de tenir.
- 17 avril 2008
| Coup dboule
Je vais, si vous le voulez bien, et parce quil
faut que jhonore cet engagement que jai pris décrire
ici chaque jour, je vais faire dans lévitement.
Surtout parce que le cur ny est pas, et à
plus forte parce que jai envie de pousser un monumental
coup de gueule. Mais il y a des devoirs de réserve, des
limites au presque tout dire.
Mon problème cest que je suis un peu buldozer sur
les bords, pas fin du tout, plutôt butor et que quand une
décision est prise je my tiens. En un mot, je crois
quil ny a pas moins pinailleur que moi. Or ça
pullule les pinailleurs, les hésitants, les embusqués
du fond bien englués dans leur torpeur qui se réveillent
juste pour temmerder, pour démolir ce que tu as
commencé à construire.
Un demi-siècle que je me les coltine ces résistants
de la dernière heure, ces armons-nous et partez
! ces coucous emblématiques qui se démerdent
toujours pour récolter ce que tu as semé. Et voulez-vous
que je vous dise : il y a des gens vachement bien qui sont comme
ça ; des intellos, des politiques, arrrrrrrrhhhhhhhhhh,
même des gens que taimes bien.
Cherchez, je suis sûr que vous en connaissez des gens comme
ça.
Nest-ce pas ?
À part ça, vous ça va ?
- 16 avril 2008
| Marienbad
Jétais à Marienbad
aujourdhui. Avec lhomme en noir. Dans ce château
que je navais pas revu depuis près de cinquante
ans. Je pensais avoir retrouvé le raidillon qui va de
Guermantes à Méséglise. Je pensais comme
Anatole France voir ce petit garçon qui traversait le
jardin du Luxembourg. Mais jétais à Marienbad.
Javais dans la tête le texte de Robbe-Grillet, lancinant,
obsessionnel. Jai dit à lhomme en noir que
je ferai dans ce château, si près de Bordeaux un
remake de Lannée dernière à Marienbad.
- Lhomme en
noir ma offert aujourdhui un sacré voyage
- De retour, je
suis parti à la recherche de Marienbad, de Delphine
- 15 avril 2008
| Lart de se faire des amis
Jaurais bien écrit quelque chose sur
le Tibet.
Mais défendre la théocratie me gêne aux entournures.
Déjà que la mascarade du Vatican me fout des boutons
! Je ny peux rien : je trouve complètement ridicule
ce pape en jupe, couvert de fanfreluches comme une vieille pute
à moitié folle. (Encore que la vieille pute à
moitié folle qui plus est, je la kifferais grave.)
Obsolète le machin. La baudruche enfarinée. Lhypocrite
despote, le degré zéro de la vie.
À pisser de rire.
Anti papiste je suis. Anti curé, anti bonze, anti flics,
anti militariste, anti tout ce qui se met au-dessus de la mêlée
et veut administrer des leçons au monde, faire marcher
le monde au pas. Une deux, une deux ! Sauf quand ça vient
de moi. Mais moi je ne veux faire marcher personne au pas.
Anti JO, aussi, joubliais. Cette immense usine à
tester la chimie que sont les athlètes devrait quelque
peu modérer dans leur emportement le chur des vierges
dans leur célébration aux dieux de lOlympe.
Rien à faire, je nai même pas dhumour
sur ce coup-là.
Tiens, pourquoi il ne défile pas le pape à la cérémonie
douverture ?
Mais quon ne sy trompe pas : si cest pour défendre
la liberté alors je défends le Tibet.
- 14 avril 2008 | Théorème
selon DEB
Après le maire, le curé.
La semaine prochaine : le sacristain.
Je vais tous me les faire.
Je fais équipe avec ma bonne vieille PD 170. Cest
lamour fou nous deux. Puis il y aura le cimetière,
la boulangère et, si je tiens la forme, le gendarme municipal
et les postières. Vont toutes et tous y passer. Je suis
le Pasolini de Latresne. Théorème selon DEB.
Yes.
Aujourdhui, cétait le curé. 96 ans.
Jeusse préféré un jeune et glabre
séminariste mais je suis bien obligé de faire avec
ce que jai sous la main.
Né en 1912 mon curé dont je ne sais du reste toujours
pas le nom. On dit le curé, son état-civil on sen
fout. Cherchez bien : comment sappelait-il votre curé,
celui qui
(Quoi ? Mais je nai rien dit Jai
été tenté par les ordres vous savez, et
voyez mes prénoms : Dominique-Emmanuel, qui dit mieux
?)
Je constitue la mémoire audiovisuelle de mon patelin.
Il sinquiète le vieux vieux curé doublier
quelques noms. Sil savait que je me mélange dans
les prénoms de mes petites-filles ! Se souvient de Monseigneur
Feltin (ben moi aussi je men souviens de lArchêque
de Bordeaux !). Et de cet autre prélat : Monseigneur Donnay
: il avait été enterré vivant. Donné
pour mort (Donnay pour mort vous avez noté ?) et
là, paf, dans le cercueil là il se réveille.
Pour étayer mon propos je viens daller faire un
saut chez Google : rien sur mon Monseigneur Donnay
Pute borgne, mais qui donc ma raconté cette histoire
?
Pute borgne : je plains celles et ceux qui dans 40 ans viendront
dans les transes de ladmiration recueillir mes souvenirs.
Viendront pour rien : comme je sais que jaurai tout oublié
je me hâte de les semer au vent du web
Je finis comment ici dhabitude ?
- Ah oui !
Et vous ça va ?
- PS : Cest le cardinal Donnet
(et non Donnay, troublé que jétais par Maurice
)
- 12 avril 2008 | On
ira tous au Paradis
- Temps suspendu.
Retour chez le vieil homme.
Il est comme un phénix ce drôle de bonhomme.
86 ans et il tient toujours
la barre. Il me dit quil ny en a plus beaucoup devant
lui (sous-entendu : plus vieux que lui). Je cite Jean Lacouture.
Il est de 21, Lacouture. Comme ma mère, mais ma mère
est morte depuis dix ans. Je lai aperçu à
LEscale du livre Jean Lacouture. À part celui-là,
non, je nen vois pas beaucoup pour ouvrir la route devant
Francis.
Je me souviens dune époque
où je gardais la nuit une Madame Schneider
gavée de Laxilix (ça fait pisser et jétais
précisément là pour laider à
se rendre aux toilettes, environ toutes les heures 1/2) je lappelais
Madame Schnèdre ; elle aimait cela, que je lappelasse
ainsi. Comme le duc de Castries, voyez-vous, quil faut
dire Castres, ou de Broglie quil faut prononcer de Breuil.
Enfin, si mes souvenirs sont bons : une éternité
que lon nen parle plus de ces gens-là !
Cette Madame Schnèdre, donc, ne fréquentait
pas ses voisines alors quelle habitait une résidence
spéciale personnes âgées vers la fin de la
rue de LAbbé de LÉpée (inventeur
langage de signes méthodique utilisable par les personnes
atteintes de surdité), à Bordeaux. Pourquoi ne
fréquentait-elle pas ses voisines Madame Schnèdre
? Que des vieilles, répliquait-elle dun
ton un peu pincé. Mais Madame Untelle ? insistais-je (comme
je sais si bien le faire pour me rendre agaçant) Madame
Untelle ? cette vieille !
Il ny avait guère plus dun an ou deux entre
Madame Schnèdre et Madame Untelle
- Jaime les jeunes de 15 à
20 ans, et les vieux. Entre les deux cest moins évident.
Entre les deux, il y a moi, et cest peut-être ce
qui me déplaît.
- 11 avril 2008 | Next
- Je viens de regarder, dix minutes,
un truc, sur une chaîne qui sappelle Vigin17.
17, peut-être pour le QI.
Lémission sappelle Next. Next
ça veut dire prochain.
Il y a un bus en pleine campagne, et dans le bus, cinq pétasses,
genre boudin, assez pute quand même. Mais cest même
pas des vraies putes. Cest des putes de putes si vous voyez
ce que je veux dire. Très vulgaires ces filles-là,
avec des seins qui dégoulinent partout et la connerie
qui ruisselle. Je suis sûr que ça nexiste
pas des filles comme ça. Je crois que ce sont des actrices.
Et elles jouent merveilleusement. Elles ont dans les 20-22 ans
mais elles doivent avoir davantage.
A lextérieur il y a un mec.
- Il est bien lui, la preuve il a réfuté
les cinq pétasses.
- Partez pas ; y a la version gay.
Cinq mecs dans le bus, encore, et un mec dehors. La cage aux
folles revue façon open. Ils sont mignons à croquer.
Bref, moi je prends tous les mecs.
Conclusion, cest du marché aux esclaves.
- Voulez que je vous dise : ça
me fout le gerbe leur truc.
- 10 avril 2008 | Tu
vois cque jveux dire ?
- Alors quoi ? Alors quoi, tu regardes
plus la télé, técoutes plus la radio,
tu lis plus, tu fais quoi alors ? Ben, je me le demande. Je vois
les jours défiler à tout berzingue, je cavale comme
un dératé entre les vidéos les envois de
presse les blogs et ce petit con qui se casse la jambe et tout
ça à un moment ten as marre tu vois tu te
dis que quelque chose a changé surtout quand un rappeur
que tu as rencontré à Paris avec qui tu as eu un
super contact te dit que quand même il va signer son bouquin
chez un gros éditeur pour avoir une plus grande lisibilité
et toi tu entends plus de thunes, mais cest pas
grave pas grave on avance avec la bite et le couteau à
la main pour couper des tranches de saucisson tu vois.
Tu vois ce que je veux dire ?
- 9 avril 2008 | 10 en
1 le DEB
- Programme (incomplet) du mercredi 9
avril 2008 :
- 1) Un entretien vidéo à
réaliser avec le maire contre lequel vous vous êtes
présenté lors des élections municipales,
en début de matinée.
2) Mettez un fils de 19 ans qui sest cassé la jambe
à Marmande à garorock et quon
opérait en fin de matinée (donc saut de la mairie
à la clinique, juste le temps de le voir partir sur son
chariot en salle dopération).
3) Ajoutez un travail déditeur à faire malgré
tout (et passionnant aujourdhui : faire des envois-presse).
4) Un rendez-vous pas prévu qui se pointe.
5) Continuez par les appels à la clinique pour savoir
si le petit a quitté la salle de réveil. Inquiétude
parce quil tarde à revenir dans sa chambre.
6) Voiture pour aller voir ce quils foutent à la
clinique. Et paf, vous arrivez pile au moment où on le
transporte dans sa chambre.
7) Retour au bureau pour continuer les envois-presse.
8) Reprendre la vidéo réalisée le matin
pour la monter, mixer, coder, transcoder, etc
9) Quelques mots sur les deux blogs pour rassurer ses fan-clubs.
10) Et voilà.
- 7 avril 2008 | Vrac
- Avec tout ça, et je raconterai
(aperçu : fils avec jambe dans le plâtre après
concert Garorok à Marmande (47) ; mes vidéos à
décoder ; mes RDV qui doivent se décaler, bref,
cest le foutoir).
- Avec ce qui se passe à Paris,
avec cette connerie de flamme olympique quon éteint
et quon rallume (pute borgne que je voudrais y être
au Trocadéro), jenrage de ne pouvoir me gaver à
la télé de ces images de la contestation, de ce
bonheur que jéprouve à voir ces gens en révolte
parce quils pensent quun peuple a le droit dexister.
JO de 36 : souvenez-vous, ces Etats faisant la courbette devant
Hitler !
Symbole de la paix, les jeux quils disent symbole de la
Paix et qui devraient saccommoder quune minorité
opprimée ! Nen parlent même pas les Chinois
au pouvoir des manifestations. Et ce consensus qui se profile
: bouder la cérémonie douverture des JO ;
mais non : cest les JO de Pékin tout entier quil
faut boycotter. Et ça coûtera ce que ça coûtera,
mais on sendormira lâme en paix, du moins,
sur cette histoire-là !
- Jaurai à vous parler de
ces écrivains parisiens avec qui jai débattu
(que jai combattus ?) à Lescale du livre de
Bordeaux et qui mauraient traité de frustré
si je navais pas été éditeur, publié,
quelque peu connu etc., en somme de leur bord. Ah les vilains,
les sales petits bourgeois avec lego dans la braguette
Allez, jarrête.
- 5 avril 2008 | Out
of order
- Out of order,
ça veut dire, hors service.
Temporairement off order, le DEB, enfin, presque.
Encore un jour de salon du live.
Voilà.
Je vous raconterai : amb55, comment elle est venue spécialement
de la plus petite commune de Charente pour me réduire
au silence ; comment Isa, de son regard immensément bleu
ma soumis à la torture pour me faire avouer linavouable
; comment le maître de lOlympe, blog him-sel, a tenté
de me faire croire que personne ne venait voir mon blog et que
cest lui qui cliquait pour que je garde le moral , comment
caféine a râté toutes les photos quelle
a faites de moi en prétendant que jy mettais de
la mauvaise volonté.
Tout, je raconterai tout : les pressions que jai subies,
combien jai été acheté pour dire du
bien du clan blog SO.
Cest un univers impitoyable.
Ajoutez le Singe Vert
et George Lennick
Sauf toi, Guillaume qui nes pas venu, toi Guillaume, le
seul poète que je lis.
Les Atrides vous dis-je
- Bref, je les embrasse.
- A demain, comment dit notre cher blog
- 4 avril 2008 | Bientôt
sur cet écran
- Donc DEB existe, certaines et certains
lont rencontré ce vendredi 4 avril 2008 aux Escales
du livre à Bordeaux. Il partage le vin, le pain et le
pâté (de lapin, fait maison en provenance directe
du Lot-et-Garonne). Je ne citerai pas de noms mais je suis sûr
que cest déjà pour elles et eux un merveilleux
souvenir.
Plus sérieusement, si je suis quelque peu aux abonnés
absents jusquà lundi, vous ne perdez rien pour attendre,
à venir au prgramme : des vidéos de stars, du rire,
des larmes, lannonce en exclusivité du prochain
directeur de la Villa Médicis, le philosophe et poète
Jean-Paul Michel en lévitation, Alain Juppé en
pleine interrogation métaphysique, Alain Rousset en gentlemean
farmer, les coulisses de TV7, Stéphane sur le parking
de Quick, oui, tout cela est enregistré et sera bientôt
sur cet écran.
Ne zappez pas.
Et vous, ça va ?
- 3 avril 2008 | La pensée
du jour
- Je suis né malheureux
; je veux mourir heureux.
- (DEB)
-
- 3 avril 2008 | Encres
dabsolu
-
- Le salon du livre de Bordeaux, (Les
Escales du livre) commence demain vendredi 4 avril. Jaime
ça, moi, ces salons. Pour une fois que lon na
pas le nez dans le guidon. Pas lordi sous les yeux près
de dix heures par jour
Non, là y a des gens, de
vraies gens comme ils disent
Qui, quelquefois, vous donnent
de largent contre un livre dont vous nêtes
pas lauteur certes, mais quand même, que vous avez
aidé à venir au monde, et pas quun peu.
On est entre soi aussi, entre « confrères ».
Il est con ce mot, je ne lutilise jamais. Ni confrères,
ni professionnels. Ces termes me sembleront toujours incongrus.
Cest sérieux et pas sérieux lédition,
cest en somme un truc qui a une existence forcée.
On produit des choses que personne ne nous demande. On ne nous
demande pas de publier des livres.
Les films, eux, cest autre chose : il y a des rendez-vous.
« On va au cinoche », souvent on ne sait pas ce quon
va voir mais on y va. On va se faire une toile. Les livres ils
arrivent en débandade. Nimporte quoi les livres
! Des petits, des gros, des jolis, des vilains, des romans, des
essais, des bio, des autobio, pute borgne, quel bordel cest,
les livres !
Et quest-ce que cest bien ce bordel-là, cette
liberté-là, cette encre-là, ces ancres du
réel et du pas réel.
Ces ancres dabsolu.
- 2 avril 2008 | Piano
piano
- Et dire que tout cela est vrai, et
que je retrouve, naufragé sur le disque dur de mon ordinateur
Petit moment de nostalgie alors que se prépare une drôle
de musique : la clique Sarkozy nen est pas à une
fausse note près
-
- Imagine les années 50-60, que
tu nas probablement pas connues. En ce temps-là,
dans ma vie denfant il y avait ça : un piano
Que je te dise
là, en face du cimetière
dans un garage.
Non, pas vraiment un garage
cétait plutôt
un coin oublié dans latelier du sculpteur
celui du cimetière
Alors le piano, à cause
de la poudre de marbre
une poudre blanche
on lavait
recouvert dune bâche.
Là
tu vois
le cimetière
et, en
face, latelier du sculpteur.
Il était un peu fou, le sculpteur. Et ce piano, là
Pas un grand piano, non, un vilain piano peut-être
Avec plein de fausses notes sans doute. Mais moi, tu comprends,
je ne savais pas que cétaient des fausses notes.
- Jattendais quil fût
parti le sculpteur
dans le cimetière. Un grand cimetière,
bien trop grand pour une si petite ville. Si grand que je ny
allais jamais dans ce cimetière
Pas peur des morts,
non, peur de me perdre
Mais je longeais si souvent le mur, et vois-tu, tout autour de
ce cimetière, il y avait des vignes. Et il y avait aussi
un château deau et je ne sais quoi encore.
- Ce qui mintéressait, si
près du cimetière, moi, cétait le
piano
Plein de poussière, malgré la bâche.
- Je venais là tous le jeudis.
Parce quen ce temps-là, cétait le jeudi
quon nallait pas à lécole
Et tous les jeudis, je retrouvais le piano
Laprès
midi.
- Quand léglise sur la place
de F. sonnait deux coups
A cette heure-là le sculpteur
était dans le cimetière, et moi je soulevais la
bâche
et je mettais plein de poudre blanche partout,
sur mon sarreau
Tu sais ces affreux tabliers tout rugueux
quon nous obligeait à porter
- Alors je commençais à
effleurer les touches
Tout doucement dabord
Au cas où il maurait entendu, le sculpteur, là-bas,
dans le cimetière
- Cétait toujours la même
chose qui me venait aux doigts
Une vieille chanson que tu
ne dois pas connaître
une histoire de clair de lune
et dami Pierrot
Bien sûr, petit à petit jen ai eu assez du
clair de lune et tout ça
Mais je ne connaissais
rien dautre
Alors le plus simple, le plus simple
nest-ce pas, était dinventer
Je me suis
mis à me raconter des choses dans ma tête
jirai pas à lécole demain
le
maître est un vilain canard qui fait coin-coin
Toute
ma vie passait sous mes doigts
Et quand je ménervais
parce que, parfois je me mettais vraiment en colère à
cause du maître et de lécole que je naimais
pas du tout, alors, alors je tapais comme un sourd sur le piano
Dun bout à lautre du clavier
Et la poudre
de marbre se soulevait
me piquait les yeux, le nez, jéternuais
- Voilà, cétait il
y a des années et des années
Je ne sais pas
comment elle se termine cette histoire du petit garçon
et du vieux piano chez le sculpteur funéraire
Mais
je sais quelle a duré longtemps cette petite histoire.
- Peut-être que le sculpteur savait
que je venais jouer sur son piano
Il est sans doute mort
depuis longtemps cet homme
Peut-être quon la
vendu ce piano, peut-être que
- Non, je ne suis pas devenu musicien
Je vais même te faire un aveu : je ne sais toujours pas
le piano, mais, si tu viens chez moi
Tu verras, il y en
a un
un piano
avec plein de fausses notes et toute
cette poussière, toute cette poussière dedans
- (PS : non, il ny a plus de piano
chez moi, je lai donné.)
- 31 mars 2008 | Marion,
Robert et Xavier
- Ce matin, nai-je pas appris que
Robert Redeker avait été limogé de léducation
nationale ?
Et par Xavier Darcos him-self qui naurait pas apprécié
larticle de RR sur Marion Cotillard, (paru dans le Monde)
un peu allumée avec sa certitude de la théorie
du complot concernant le 11 septembre.
Lerreur, cest de lire en diagonale.
A peine avais-je envoyé un mail et un message téléphonique
à Robert que les dernières lignes du blog révélaient
quil sagissait dun canular.
- Pas évident, si près
du 1er avril daller faire ses courses sur le net.
- Robert ne sen est pas ému
- Cher Dominique,
Cest une farce !
- Mais le 1er avril, cest demain.
Je tembrasse.
Robert
- Je voulais ce soir vous faire partager
cette farce.
Le blogger la fait disparaître...
- 29 mars 2008 | Au
clair de la lune
- Cest lhistoire dune
résurrection sonore. Un enregistrement dAu clair
de la lune vieux de près de cent cinquante ans, reconstitué
par des chercheurs américains du Lauwrence Berkeley National
Laboratory. Lenregistrement, le plus ancien connu à
ce jour, date de 1860, soit 17 ans avant linvention du
phonographe par Thomas Edison. Lauteur en est un typographe
français, Edouard-Léon Scott de Martinville, qui
en 1857 a mis au point une technique baptisée «phonautographe».
Lappareil pouvait enregistrer les sons, sans les reproduire,
en transmettant les vibrations sonores à un stylet qui
gravait alors les courbes sonores sur un cylindre enduit de fumée
noire. Retrouvée par les soins de lassociation américaine
First Sounds, qui semploie à constituer une bibliothèque
sonore des plus vieux enregistrements à travers le monde,
le «phonautogramme» dAu clair de la lune a
été décrypté grâce à
une technologie de reconstitution des sons à partir dimages
numériques.
- Résultat, [Cliquer pour écouter]
- un enregistrement de dix secondes à
écouter ici. Attention, ça grésille
- (Source : Libération.fr)
- 28 mars 2008 | L'Omelette
- Je crois que nous commençons
à être heureux ensemble mon vieil ami et moi.
Cest-à-dire que cela devient de plus en plus simple.
Lanimal reprend un sacré poil de la bête !
Et moi aussi. Près de lui, je ne somatise plus, ou presque
plus. Le retour à la vie du vieil homme me fait, moi aussi,
aller mieux.
Il vient de programmer nos repas de la journée. Cest
quil se méfie de mes qualités culinaires
et il a raison. Je suis un homme pressé, et ça
ne fait pas un bon cuisinier un homme pressé. Il faut
de la patience pour bien cuisiner, il faut avoir un rapport au
temps très précis, il faut avoir la mémoire
du goût. Je nai rien de tout ça en magasin.
Mais je prends des cours.
Toute la semaine je me suis renseigné sur lomelette.
Pour une omelette pour deux, combien doeufs? Et faut-il
séparer le blanc du jaune ? Faut-il que la poelle soit
très chaude ? Un peu dhuile ? Faut-il retourner
lomelette en cours de cuisson ? Comment réussit-on
une omelette baveuse ? Un peu de lait ? Des lardons ? On le voit
jai des préoccupations culturelles qui méritent
dêtre signalées ! Mais, vous demanderez-vous
: était-elle réussie cette omelette ? Quen
a dit le vieil homme ? Eh bien oui, mangeable, très mangeable,
avec des dés de jambon blanc, dit de Paris, dit jambon
cuit
Peut-être aurait-il fallu la faire cuire davantage
(et je mentionne ici mon rejet lorsque je lis : cuire un oeuf,
cuire ceci ou cela. Non : on fait cuire. Quand on cuit, cest
au soleil ou dans un bain de vapeur, non mais !).
La semaine prochaine, cest lescale du livre à
Bordeaux, et cest donc dune autre cuisine quil
sagit, mais la semaine suivante, retour à Claouey,
et je me demande quel plat je vais préparer
Si vous avez des idées, et les recettes qui vont avec,
je suis preneur,et le vieil homme vous en saura gré.
- Et vous, lappétit,
ça va ?
- 26 mars 2008 | Traquenards
du destin
- Je serais plutôt dans le soft
moi ce soir. Dautant que si javais à me foutre
en boule, lami Angoustrine (les sentiers de lâne)
sen est chargé pour moi. Tout raplapla je suis côté
vite aperçu, vite pensé, vite jugé.
Des fois, la réalité, quand vous lavez au
bout des doigts, palpable, incarnée par quelquun
qui est là, en face de vous, vous vous dites que cest
sacrément compliqué.
La vérité ? Cest quoi la vérité
? Est-ce que les faits cest la vérité ? Les
faits, rien que les faits quils disent
Il y a de pieux mensonges, de pieux silences que je respecte,
moi, et sur lesquels je nirai pas philosopher à
lemporte-pièce. Les scandales de lhumanitaire
en Afrique, par exemple - on vient juste de men parler
au téléphone
Je me souviens : les «
illuminés » de lArche de Zoé
(pour men tenir aux généralités),
tiens, la vraie bonne question, pour moi, à chaque fois,
cest plutôt celle-là : à qui profite
le crime ? À qui profite le crime de ces gens de bien
qui, pour une raison ou une autre dérapent ? Et cest
quoi ces dérapages ? Qui fait ses choux gras des nobles
causes qui, humainement, à un moment donné tombent
dans ce que jappellerai ici, faute dune autre expression
: un traquenard du destin ?
- 24 mars 2008 | Métaphore
de lorgasme
- Ny a-t-il pas dans une campagne
électorale quelque chose de lordre de lorgasme
qui se cherche, qui hésite à aboutir ?
Cest quil sagit dun immense champ de
projections fantasmatiques que ce jeu qui consiste à promettre
quil va se passer quelque chose. Cest
quoi ce quelque chose ? Un orgasme, rien de moins.
En somme, élection, à une lettre près, cest
érection. Érection du désir. Nous sommes
là dans le désir. Désir de soi. Un onanisme
collectif, un comble ! Une immense partouze qui ne dit pas son
nom, une boîte échangiste où lon est
dûment sélectionné à lentrée.
Les vigiles ont des critères très particuliers,
et ils ne se trompent que très rarement. Dabord
parce que ceux qui viennent savent quils ne pourront sexciter
que si lon est entre soi. On ne jouit pas avec nimporte
qui. On ne jouit pas encore. Ou par petits frissons, inquiets.
Une éjaculation précoce et cest risquer une
petite mort, un moment dabsence, le gaspillage de ses forces.
La jouissance, on ne sait pas quand elle a lieu. Mais elle a
lieu. On sait quelle a eu lieu parce que sitôt lélection
faite, confirmée, officielle, quelque chose, ce désir,
ce désir qui a été là, des jours
et des jours, des nuits et des nuits, ce désir nest
plus là. Gare à celles et ceux qui nont pas
prévu un amant, une maîtresse, voire un nouveau
godemiché pour repartir sur un autre désir, un
autre fantasme !
- Les élections, métaphore
de lorgasme ?
- 23 mars 2008 | Journal
de son corps
- Pourquoi ne ferait-on pas le journal
de son corps ?
- Oserai-je écrire mon corps
? Tout ce que jen sais ? Non pas mon corps, celui des médecins,
mais celui que je me connais. Je ne sais rien au-delà
de lui. Il est ma science, et je crois bien la limite de toute
science, lui, ses affaires, ses gênes, ses besoins et leurs
ennemis, ses régularités et leurs écarts,
ses digestions, ses règles, et les sales détails
humides de lAmor. Pourquoi sales ? Et quoi donc est sale
? Sale !
-
-
- Paul Valéry, Journal dEmma,
nièce de Monsieur Teste (in La Jeune Parque et poèmes
en prose, Gallimard).
- 22 mars 2008 | Violence
et liberté
- Retour à mon camp de base de
Claouey. Le vieil homme va de mieux en mieux. Il paraît
toujours heureux de me revoir, oserais-je dire : rassuré
? Il a, comme Sartre, cette générosité qui
consiste à vous approuver largement. Mon action politique
sur Latresne lui plaît, me semble-t-il, beaucoup. Nous
notons ces similitudes dans nos parcours, ce là-bas
si jy suis qui nous caractérise. Lun
comme lautre nous sommes allés, dune certaine
manière, dune vie lautre.
Pour Francis, en gros, quatre axes :
- 1) la philosophie (Sartre, Les temps
Modernes, les livres) ;
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