BLOG DE DEB
         
        Journal politique & littéraire 2008
        Vidéo | Photos | Arts | Critiques
         
        Le blog de Dominique-Emmanuel Blanchard
        Accueil site_| Blog 2007_ M'écrire

       
       
      2 mai 2008 | The end pour le clébard
      Drôle de journée. Une de ces journées où le temps vous demande de régler quelques factures. Ça s’appelle le temps qui passe, le temps qui a passé et qui doit être désormais archivé dans un coin du cimetière qu’on se trimballe tous, ce cimetière intérieur qui se peuple pute borgne qui se peuple, mine de rien, en loucedé.
      Cette fois, c’est le vieux qui s’est tiré. Pouvait plus se lever, se chiait dessus, puait tant que c’en était une horreur. Lui qui arrachait avec les dents les fils barbelés de ce petit portail qu’il empruntait pour aller se faire un cul bien disposé à le recevoir dans le voisinage. Et même que les voisins venaient gueuler : nous fait peur votre colosse.
      Pas si colosse que ça, et gentil comme tout. Mais je cavalais pour le ramener au bercail. Mais, quand même, une fois, à cause de ce con je me suis retrouvé aux urgences, la jambe en charpie. Faut jamais s’occuper des bagarres des autres. Moi, je m’en suis mêlé et l’autre, pas mon pote, l’autre un Allemand qui n’a jamais été berger me l’a planté dans la viande sa mâchoire de tueur.
      S’appelait Bouba le vieux clébard
      Allez, j’arrête, je commence à chialer…

      1er mai 2008 | Quant à Kant
      Roger-Pol Droit est un formidable exégète de la philosophie.
      Kant, quant à lui, l’inspire particulièrement :
      « La loi morale, selon lui, est connue intuitivement et immédiatement de tous les êtres humains. La moralité d’une action n’est donc en aucune manière une affaire de science ou d’éducation. Il existe toujours, pour quiconque, un critère simple, immédiat et direct de cette moralité : puis-je transformer la maxime de mon action en loi universelle ? Pour que mon action soit morale, je dois pouvoir transformer la règle à partir de laquelle j’agis en une loi valable pour tous. Il y a moralité dès lors que ce que je fais contient une loi que je peux rationnellement proposer à tous comme universelle. Aucune exception. »

      30 avril 2008 | Macadam
      Drôle d’impression. Étrange étrangeté, dirait Freud.
      On dirait que mes problèmes d’identité ne s’arrangent pas. Plus ça va moins je sais ce que c’est que ce moi qui m’accompagne depuis si longtemps. Et en voici la preuve : fouillant sur mon ordinateur j’arrive sur un dossier textes perso. Je tombe sur Macadam.
      Macadam date, si j’en suis bien l’auteur, d’une époque où j’écrivais n’importe quoi pour n’importe qui à condition d’être payé. J’ai de la sorte enchaîné scénario sur scénario pour des sommes dérisoires entre cigarettes et whyskies. Je finissais mes nuits bourré et le cerveau rincé.
      Beaucoup de ces scénaris ont disparu. Je me souviens vaguement des histoires, mais quand je dis que c’est vague dans mon souvenir, c’est très très vague. Je me souviens quand même qu’un de ces scénaris était destiné à Élie et Dieudonné. J’ai dû faire une douzaine de versions. Donc, tombant sur un de ces textes, Macadam, me voici incapable de savoir si c’est moi qui l’ai écrit ou pas. C’est que, dans ce genre de travail pour le cinéma à visée strictement commerciale on te donne les noms des personnages, une idée générale du truc et tu fournis au fur et à mesure ce que tu écris, et un gros con, inculte, super content de lui te dit que oui, c’est pas mal, mais qu’il faut laisser le public pour : une vache à lait.
      Parfois, dans ce texte, Macadam, tantôt, je reconnais un peu une de mes manières d’écrire tantôt rien du tout. Je me fais l’effet d’un amnésique qui serait sur le point de retrouver un souvenir en se demandant s’il se souvient réellement ou s’il n’est pas en train d’inventer un souvenir qu’on lui a raconté.
      Je me demande ce qui m’empêche de le deleter ce truc…

      29 avril 2008 | Flash : Beyrouth 83
      Souvenez-vous : le Liban, l’ambassade américaine qui saute, 200 kg de TNT, signé Jihad islamique.
      J’y étais au Liban. Deux jours après. 1983.
      Je me souviens.
      Arrivée à Beyrouth par avion. Dès l’atterrissage tout s’éteint. Je ne pleure plus. Ce n’est plus Bologne. J’ai renoncé à Julia. Je la laisse à son mari, à ses enfants. Je ne pleure plus. Beyrouth ça n’a rien à voir avec Bologne. Tout s’éteint. L’aéroport est plongé dans le noir. Une Plymouth est là, qui m’attend. Une vieille Plymouth noire, toute cabossée. J’ai un chauffeur. Et qui parle français. C’était très français encore, le Liban, en ce temps-là. 1983, de mémoire. Faudrait que je consulte le journal, mon carnet de bord. 83. Je viens de quitter Marianne. Et j’arrive dans un pays en guerre.
      Défense de photographier.
      Quand même je braque le grand Christ sur la colline. J’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé quoi que ce soit sur ce grand Christ au-dessus d’une guerre civile à Beyrouth. Qu’est-ce que je fous là ? Je bosse. Business, travail, work. Et me voilà dans la Plymouth, noire, cabossée. Tous les cent mètres, un arrêt. Il y a des montagnes de sacs de sable partout. Et derrière ces murs de sacs de sable, des militaires. Des types en uniforme qui ont le droit d’être armés et de te foutre le bout du canon de leur mitraillette sous le nez. Comme en Italie, tiens, pareil, ce flic qui me braquait au volant de ma Fiat. Plymouth-Fiat et un type qui te fout le canon de son arme entre les yeux. Et même pas peur.
      Maintenant, oui, quand j’y pense je me dis que j’aurais dû avoir peur. Mais j’en avais rien à foutre. La peur, je n’y ai jamais cru. En Algérie non plus je n’avais pas peur. Balade dans la Casbah, seul, et pas peur. Même pas peur. Idiot tu vois. La buse le DEB. Jamais peur. Jamais peur de ce genre de trucs. Pas de ça, d’autre chose oui, mais pas de ça. Le canon entre les yeux et pas peur, je le jure.

      28 avril 2008 | De ch’val !
      En vrai sagittaire que je suis je devrais être en empathie avec les chevaux, non ?
      Mais voilà que la partie cheval de mon signe zodiacal ne s’entend pas du tout avec les canassons. Ou alors les chevaux que j’ai connus étaient tous des bourrins.
      Tenez, celui de la photo, un Camarguais de promenade pourtant, eh bien tout ce qu’il pouvait inventer pour m’emmerder il le faisait. S’il y avait une branche basse il s’arrangeait pour passer dessous histoire que je me la prenne en pleine tronche. Une haie ? Il s’y frottait. Une jument en rut il lui filait des coups de tête. Du coup tout le monde, du groupe, et l’amazone volcanique qui m’accompagnait n’avait d’yeux que pour moi. Mais ça c’est une autre histoire, intime, que pour faire plaisir à Angoustrine, mon âne préféré, je raconterai peut-être un jour ici. Pour en revenir aux chevaux il faudra que je fasse tirer en vidéo cette bande super 8 où tout un groupe de chevaux me charge alors que je les filme, toutes dents dehors en un sorte de rictus moqueur et carnassier. Bon, j’avais de l’allure à cheval pourtant, non ?

      27 avril 2008 | Ce petit bureau d’où je vous écris parfois
      C’est donc de là, assis à ce petit bureau, devant cette fenêtre comme à l’avant d’un bateau en perpétuelle rade, que je vous
      écris parfois.
      Ce matin, le matin même de cette photo - dans cette étrangeté de voir sur l’écran ce que j’ai, pour de vrai, sous les yeux - ce matin est très clair et presque silencieux. Des oiseaux, et à côté quelqu’un, un enfant peut-être s’exerce à un instrument de musique. Peut-être de l’accordéon. Juste quelques notes et c’est de nouveau ce faux silence : une voiture qui passe, un éclat de voix au loin.
      Moi qui ai toujours connu cet endroit dans la petite grisaille un rien nostalgique des automnes et des hivers, me voici, en somme, dans une histoire baignée d’une lumière qui la métamorphose.
      Voilà que j’ai été interrompu par le vieil homme. Il porte une robe de chambre légère, l’infirmière, d’autorité lui a passé un pantalon. Il veut faire une balade. Le petit jardin devant la maison, le portail, la route, et le voilà qui continue. Nous passons devant le 34, la maison voisine, qui lui appartenait à cet homme qui trottine à côté de moi. Je lui prends la main lorsque la route s’accidente. J’entends alors ce que je distinguais mal et que je prenais pour un accordéon. C’est une clarinette, et l’enfant n’est pas un enfant. Celui qui joue, j’ai le temps de l’apercevoir dans la véranda. C’est un jeune homme qui n’apparait, dans une vision plutôt romantique.
      Nous voici au carrefour. A droite, au bout, à quelques dizaines de mètres, la plage où je ne pousse même plus mes pas depuis bien longtemps. La mer est haute (enfin, la mer : le bassin !, n’exagérons pas).
      D’avoir vécu jadis dans ce que l’on appelait une station balnéaire me rend l’endroit familier. Les maisons, ici, comme là-bas, dans cette enfance dont je parle, les maisons, ces résidences secondaires, ont le même air mélancolique, quelque chose de l’abandon pas complètement consenti. Ces maisons, la plupart du temps, sont inoccupées, ça se sent, ça se voit, je ne sais pas à quoi mais ça se voit, ça se sent. C’est comme une éternité d’emprunt, une parenthèse ouverte qui ne se ferme jamais vraiment.
      Nous traversons le carrefour pour aller saluer la voisine. Elle ne sait pas très bien où en est le vieil homme. Elle dit qu’elle a appris la maladie de Christiane. Elle y va sur la pointe des pieds. Le vieil homme lui dit ce qu’il m’a dit la veille : qu’il est merveilleusement entouré (ne sommes-nous pas deux, trois, voire trois personnes à nous relayer près de lui ?) mais qu’il est seul, que depuis que sa femme est décédée il a tout perdu. Il dit cette évidence-là. Je le presse de rentrer. C’est qu’il y a un petit vent coulis qui m’inquiète. Je ne veux pas qu’il prenne mal.
      Au retour sa foulée est plus ample. La route, en effet, descend un peu.
      La clarinette s’est tue.
      Je retrouve l’ordinateur, cette place que montre la photo.
      Le fils (de Christiane et du vieil homme) et la fille (de Christiane) vont arriver. Encore une heure et je reprendrai la route de Bordeaux.

      26 avril 2008 | Retour de flamme
      J’étais presque décidé à ne plus le revoir, lui, le vieil homme, le vieil ami. L’amitié n’a pas les accommodements de l’amour.
      Je n’avais plus envie de revenir à Claouey, dans la petite maison de bois, je n’avais plus envie qu’il fût question de lui, cet homme que j’avais accompagné sur le chemin du retour à la vie : j’avais fait mon travail. Il n’avait plus besoin de moi. Je pouvais me retirer. Je ne voulais pas sombrer dans l’utilitaire, je ne voulais pas devenir la commodité d’un week-end sur deux.
      Quand même, je suis venu. Je me disais que c’était peut-être la dernière fois. Et je n’en éprouvais aucune nostalgie. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, c’est bien connu.
      En cette fin d’avril 2008, c’est plein soleil sur le bassin d’Arcachon. Alors les routes se peuplent de voitures. J’aperçois une Rolls et un coupé Mercedes décapotable décapoté. Je croyais que ça n’existait plus. Cheveux au vent. Comme une séquence d’un roman de Sagan. Il y a dans l’air comme une invite à la débauche. C’est en aôut qu’on baise le plus : les naissances de mai en témoignent. Je ne sais pas si j’aime ça, cette chaleur, ce sentiment d’inanité, cette excitation testiculaire sans objet, bêtement animale.
      Je suis surtout venu en automne, en hiver, par ici, chez le vieil homme, du temps de son épouse. L’été c’était la famille. Alors, je ne venais pas.
      Je n’ai jamais aimé la plage et tout ça autour. Du temps perdu, de l’inconfort, et puis maintenant il y a l’outrage du temps sur les corps et le mien en particulier. Les corps nus, exhibés, relâchés suscitent chez moi un petit dégoût dont je ne suis pas fier, mais qui est là, bien réel.
      Je redoutais quelque peu ces retrouvailles avec le vieil homme. Je trouvais qu’il y avait beaucoup de ruptures sur le terrain de l’amitié, plus ou moins fondée, plus ou moins vraie, mais quand même, pour moi, présente- depuis ces dernières années : BHL, qui ne fait plus partie de mon réseau d’affection, Didier P., qui, devenu big boss à *** qui n’est plus là non plus.
      De la distance s’est faite dont je ne souffre pas que par intermittences (les fameuses intermittences du coeur deProust !) : je constate c’est tout. Dégradation inéluctable. Juste l’ombre d’un certain ennui, dirait George Steiner.
       
      Et puis, dans l’instant d’après tout cela n’est plus vrai. Je me dis qu’il y en a de nouvelles, d’amitiés. Je pourrais les dire, mais je ne veux gêner personne. Mon amitié n’est peut-être pas ce qui leur arriver de mieux après tout. On verra, à l’usage. On verra.
      Dans l’instant d’après, pour en revenir à lui, il me dit qu’il s’est rapproché de ce projet de livre qui lui était un peu étranger au départ. Il me dit que peu à peu, jour après jour, eh bien cela devient important. Il me dit qu’il est encore là, qu’il veut participer à cette publication de ses textes éparpillés.
      Nous parlons de ce texte “Violence et liberté” qui nous a divisés et que je voyais en texte inaugural. Ce côté brut de décoffrage qui me plaît tant, lui, lui déplaît. Il me dit que c’est une transcription d’une conférence, qu’il avait oubliée et qu’il ne veut pas commencer comme ça.
      En somme je suis l’arroseur arrosé : ce livre que je voulais pour remettre le pied à l’étrier de mon vieil ami, voilà que ça fonctionne mais plus vite que je l’avais prévu. Me voilà, en somme, pris à mon propre piège. Et je me laisse prendre de bonne grâce.
      Nous finirons de déjeuner sur ce pacte resigné : nous continuons ensemble.
      Nous continuons, toi et moi.
      Je reviendrai.
      Je lui dit aussi que nous ferons ce film commencé il y a tellement longtemps, ce film à l’escale qui, pour aboutir, demande un gros financement. Je lui dit que nous nous en occupons, que nous avons le partenaires pour la coproducion, que nous avons la chaîne de télévision pour tout déclencher… Je lui dis que je vois le film comme cela : avec cette jeune femme de 27 ans, si brune, si jolie et qui vient le voir plusieurs fois par semaine. Elle s’appelle Stéphanie. Elle pourrait être ce fil rouge que je ne peux plus être.
      Le film serait cette jeune femme en face du vieil homme. Ce serait ça le film : pourquoi cette jeune femme s’intéresse-t-elle à la pensée de ce vieil homme ?
      Et plus tard, alors que je suis à cet ordinateur, écrivant ce texte même, j’entends qu’il pleure, à côté, le vieil homme. Il pleure comme on pleure quand on ne peut plus retenir ses larmes.
      Alors, je suis en face de lui, je prends ces mains tavelées, presque parcheminées, avec ces larges plaques de sang séché, là, sous la peau, de sorte que c’est comme une seconde peau, mais noirâtre.
      Je le touche à pleines paumes mon vieil ami, et je ne dis rien. Nous sommes face à face et ses sanglots au milieu. Je sais que je ne peux rien, je sais que les mots ne servent à rien, je sais qu’il pense à cette compagne qui n’est plus là, qui ne sera jamais plus là. Il dit qu’il est seul, et que c’est injuste alors qu’il est entouré, alors que, toujours, jour et nuit quelqu’un est là. Mais pas elle. Pas cette compagne de quelque 47 ans. C’est à elle qu’il voudrait parler, c’est avec elle qu’il voudrait partager ces maigres espérances que nous suscitons et entretenons en lui.
      Au dîner, il y aura du thon mayonnaise, et du lapin chasseur en plat préparé. Et un Médoc 2000 qui, comme d’habitude ne sera pas fameux. Et de la macédoine de fruits, au déssert.
      J’ai fait les couses au Petit Piquey. Parmi des estivans en short, des cons encore plus cons que d’habitude. D’être en vacances, au bord de la mer semble les gonfler de suffisance. Ils se sentent libres, sans doute. Et pour eux, la liberté, c’est l’arrogance : les cons.

      25 avril 2008 | Marre de tout
      Je suis certain que vous connaissez ça : ces périodes dégueulasses où vous avez l’impression que tout vous foire entre les doigts.
      Tout se ligue contre vous ; et vous avez envie de tout envoyer balader et de vous retirer dans un coin peinard avec personne pour vous emmerder. Quelqu’un, jadis, appelait ça ma période « jonquilles », allez savoir pourquoi ? Ça fleurit à quelle époque de l’année les jonquilles ? Plusieurs fois, non ?
      Je connais ça depuis quelques jours : le ras le bol ! Marre du vieil homme qui me gonfle un max avec ses coquetteries ; marre de DailyMotion qui déconne dans ses codes ; marre de la télé où il n’y a que des conneries ; marre des mômes qui se prennent pour des petits dieux ; marre des anonymes qui me donnent des leçons sur les blogs ; marre de la banque qui me décide que mon compte doit repasser créditeur au bout de 15 jours alors qu’il n’y a pas si longtemps encore c’était tous les 30 jours ; marre de moi qui rate mes rendez-vous ; marre de moi qui en ai marre de moi ; marre de mon clébard qui pue, qui chie partout, qui est aveugle et qui ne se décide pas à crever ; marre de moi qui vais regretter demain d’avoir écrit ce post à la con.

      24 avril 2008 | Tous en Patagonie
      Je ne sais pas, vous, mais moi, je la trouve un peu tristounette cette période que nous vivons depuis quelques semaines.
      Est-ce que Sarkozy ne me manquerait pas des fois ?
      Au moins quand il occupait tous les médias on avait l’impression qu’il faisait quelque chose, mais là, comme on ne le voit presque plus, comme on le l’entend presque plus, j’éprouve comme un sentiment d’abandon. Comme si, de ce pays, tout le monde s’en foutait. Comme s’il n’était plus dirigé. Navire sans capitaine, livré à des seconds qui auraient tendance à s’en tamponner le coquillard.
      Sauf les financiers.
      Dorment jamais ceux-là, nous pourrissent la vie tranquillement ceux-là. La preuve, même à Sarko ils lui gâchent le plaisir.
      Jamais après un an de pouvoir un homme politique n’a été aussi impopulaire. Quels ingrats nous faisons ! Lui qui nous disait je vous aime | je ne veux laisser personne sur le bas côté de la route | d’ici cinq ans 0% de chômage (ce qui traduit en langue sarkozienne veut pire : pas plus de 5%).
      Bref, je ne voudrais pas être à la place de toutes celles et tous ceux qui ont voté Sarko il n’y a même pas un an…
      Tout ce bla bla que l’envie de pouvoir inspire. Ce magnifique écran de projection phantasmatique populaire qu’est une élection. Sentiment de communion, d’œuvrer pour l’avenir des peuples, et tout aussitôt cette petite mort comme après une baisade qui a foiré. (Baisade : le mot est de Flaubert.) Ah, je suis triste, je suis triste comme un enfant | il n’y a que la patagonie — sans Florent Pagny — qui convienne à mon immense mélancolie. (En italique : Blaise Cendrars.)
      Je plaisante.
      Sarko, j’en attendais le pire, alors, au moins, je ne suis pas déçu.

      18 avril 2008 | Le vieil homme et l’amer
      Le vieil homme m’agace. Sa santé est désormais bonne et il devient pénible. Rien ne sera possible je crois. Il y a chez lui de l’ordre de la déconstruction. Une décision est prise qu’il remet en cause quelques jours plus tard.
      Il m’agace.
      Les mythes ne me conviennent pas, je crois. D’abord parce que je n’y crois pas, aux mythes. Je crois encore moins aux mythes qui disent qu’ils ne sont pas de mythes. C’est de la posture ça.
      Il y a de la posture partout.
      Posture d’écrivain, posture de philosophe. “Miroir mon beau miroir.” Je suis un miroir commode jusqu’au jour où ça m’agace de renvoyer les images qu’on me demande de renvoyer. Je suis un miroir affectif qui ne réfléchit pas avant de renvoyer une image. J’essaie de soigner les âmes et les corps. Mais je ne suis pas dupe. Je sais très bien jouer les dupes, mais je ne suis pas dupe, jamais.
      Le vieil homme tient à son image. Beaucoup plus qu’il ne le dit. Il a ses coquetteries. Voilà qu’il ramène Sartre sur le tapis alors que justement il ne devait plus en être question. Il avait fait le tour de la question, disait-il. Quatre livres sur le sujet, pour moi cela suffisait. Je pensais qu’il pouvait penser sans filet. Sans notes de bas de page. Sans s’autociter. Du texte neuf. Du texte de conférence par exemple. Du texte inédit. Du texte qui a été dit devant des gens. Voilà ce que je voulais publier : du texte d’un jeune philosophe de 86 ans.
      Basta !
      Moi je voulais traiter de la violence. De la violence et de la liberté. M’en fout de répéter que pour Sartre “l’histoire et l’éthique se confondent “. On peut lire tout ça dans Les Temps modernes. C’est très bien Les temps modernes. Mais je ne veux pas republier des articles des Temps modernes, moi ! Plus tard peut-être, mais pas maintenant. Ce qui m’intéresse c’est la prise de risques, l’inconnu, les zones à défricher. Je ne suis pas un recycleur, ou le moins possible. C’est une position difficile à tenir.
      J’essaierai de tenir.

      17 avril 2008 | Coup d’boule
      Je vais, si vous le voulez bien, et parce qu’il faut que j’honore cet engagement que j’ai pris d’écrire ici chaque jour, je vais faire dans l’évitement. Surtout parce que le cœur n’y est pas, et à plus forte parce que j’ai envie de pousser un monumental coup de gueule. Mais il y a des devoirs de réserve, des limites au “presque tout dire”.
      Mon problème c’est que je suis un peu buldozer sur les bords, pas fin du tout, plutôt butor et que quand une décision est prise je m’y tiens. En un mot, je crois qu’il n’y a pas moins pinailleur que moi. Or ça pullule les pinailleurs, les hésitants, les embusqués du fond bien englués dans leur torpeur qui se réveillent juste pour t’emmerder, pour démolir ce que tu as commencé à construire.
      Un demi-siècle que je me les coltine ces résistants de la dernière heure, ces “armons-nous et partez !” ces coucous emblématiques qui se démerdent toujours pour récolter ce que tu as semé. Et voulez-vous que je vous dise : il y a des gens vachement bien qui sont comme ça ; des intellos, des politiques, arrrrrrrrhhhhhhhhhh, même des gens que t’aimes bien.
      Cherchez, je suis sûr que vous en connaissez des gens comme ça.
      N’est-ce pas ?
      À part ça, vous ça va ?

      16 avril 2008 | Marienbad
      J’étais à Marienbad aujourd’hui. Avec l’homme en noir. Dans ce château que je n’avais pas revu depuis près de cinquante ans. Je pensais avoir retrouvé le raidillon qui va de Guermantes à Méséglise. Je pensais comme Anatole France voir ce petit garçon qui traversait le jardin du Luxembourg. Mais j’étais à Marienbad. J’avais dans la tête le texte de Robbe-Grillet, lancinant, obsessionnel. J’ai dit à l’homme en noir que je ferai dans ce château, si près de Bordeaux un remake de L’année dernière à Marienbad.
      L’homme en noir m’a offert aujourd’hui un sacré voyage…
      De retour, je suis parti à la recherche de Marienbad, de Delphine…

      15 avril 2008 | L’art de se faire des amis
      J’aurais bien écrit quelque chose sur le Tibet.
      Mais défendre la théocratie me gêne aux entournures. Déjà que la mascarade du Vatican me fout des boutons ! Je n’y peux rien : je trouve complètement ridicule ce pape en jupe, couvert de fanfreluches comme une vieille pute à moitié folle. (Encore que la vieille pute à moitié folle qui plus est, je la kifferais grave.)
      Obsolète le machin. La baudruche enfarinée. L’hypocrite despote, le degré zéro de la vie.
      À pisser de rire.
      Anti papiste je suis. Anti curé, anti bonze, anti flics, anti militariste, anti tout ce qui se met au-dessus de la mêlée et veut administrer des leçons au monde, faire marcher le monde au pas. Une deux, une deux ! Sauf quand ça vient de moi. Mais moi je ne veux faire marcher personne au pas.
      Anti JO, aussi, j’oubliais. Cette immense usine à tester la chimie que sont les athlètes devrait quelque peu modérer dans leur emportement le chœur des vierges dans leur célébration aux dieux de l’Olympe.
      Rien à faire, je n’ai même pas d’humour sur ce coup-là.
      Tiens, pourquoi il ne défile pas le pape à la cérémonie d’ouverture ?
      Mais qu’on ne s’y trompe pas : si c’est pour défendre la liberté alors je défends le Tibet.

      14 avril 2008 | “Théorème” selon DEB
      Après le maire, le curé.
      La semaine prochaine : le sacristain.
      Je vais tous me les faire.
      Je fais équipe avec ma bonne vieille PD 170. C’est l’amour fou nous deux. Puis il y aura le cimetière, la boulangère et, si je tiens la forme, le gendarme municipal et les postières. Vont toutes et tous y passer. Je suis le Pasolini de Latresne. Théorème selon DEB.
      Yes.
      Aujourd’hui, c’était le curé. 96 ans. J’eusse préféré un jeune et glabre séminariste mais je suis bien obligé de faire avec ce que j’ai sous la main.
      Né en 1912 mon curé dont je ne sais du reste toujours pas le nom. On dit le curé, son état-civil on s’en fout. Cherchez bien : comment s’appelait-il votre curé, celui qui… (Quoi ? Mais je n’ai rien dit — J’ai été tenté par les ordres vous savez, et voyez mes prénoms : Dominique-Emmanuel, qui dit mieux ?)
      Je constitue la mémoire audiovisuelle de mon patelin.
      Il s’inquiète le vieux vieux curé d’oublier quelques noms. S’il savait que je me mélange dans les prénoms de mes petites-filles ! Se souvient de Monseigneur Feltin (ben moi aussi je m’en souviens de l’Archêque de Bordeaux !). Et de cet autre prélat : Monseigneur Donnay : il avait été enterré vivant. Donné pour mort (Donnay pour mort — vous avez noté ?) et là, paf, dans le cercueil là il se réveille.
      Pour étayer mon propos je viens d’aller faire un saut chez Google : rien sur mon Monseigneur Donnay…
      Pute borgne, mais qui donc m’a raconté cette histoire ?
      Pute borgne : je plains celles et ceux qui dans 40 ans viendront dans les transes de l’admiration recueillir mes souvenirs. Viendront pour rien : comme je sais que j’aurai tout oublié je me hâte de les semer au vent du web…
      Je finis comment ici d’habitude ?
      Ah oui !
      Et vous ça va ?
      PS : C’est le cardinal Donnet… (et non Donnay, troublé que j’étais par Maurice…)

      12 avril 2008 | On ira tous au Paradis
      Temps suspendu.
      Retour chez le vieil homme. Il est comme un phénix ce drôle de bonhomme.
      86 ans et il tient toujours la barre. Il me dit qu’il n’y en a plus beaucoup devant lui (sous-entendu : plus vieux que lui). Je cite Jean Lacouture. Il est de 21, Lacouture. Comme ma mère, mais ma mère est morte depuis dix ans. Je l’ai aperçu à L’Escale du livre Jean Lacouture. À part celui-là, non, je n’en vois pas beaucoup pour ouvrir la route devant Francis.
      Je me souviens d’une époque où je “gardais” la nuit une Madame Schneider gavée de Laxilix (ça fait pisser et j’étais précisément là pour l’aider à se rendre aux toilettes, environ toutes les heures 1/2) je l’appelais Madame Schnèdre ; elle aimait cela, que je l’appelasse ainsi. Comme le duc de Castries, voyez-vous, qu’il faut dire Castres, ou de Broglie qu’il faut prononcer de Breuil. Enfin, si mes souvenirs sont bons : une éternité que l’on n’en parle plus de ces gens-là !
      Cette Madame Schnèdre, donc, ne fréquentait pas ses voisines alors qu’elle habitait une résidence spéciale personnes âgées vers la fin de la rue de L’Abbé de L’Épée (inventeur langage de signes méthodique utilisable par les personnes atteintes de surdité), à Bordeaux. Pourquoi ne fréquentait-elle pas ses voisines Madame Schnèdre ? “Que des vieilles”, répliquait-elle d’un ton un peu pincé. Mais Madame Untelle ? insistais-je (comme je sais si bien le faire pour me rendre agaçant) “Madame Untelle ? cette vieille !”
      Il n’y avait guère plus d’un an ou deux entre Madame Schnèdre et Madame Untelle…
      J’aime les jeunes de 15 à 20 ans, et les vieux. Entre les deux c’est moins évident.
      Entre les deux, il y a moi, et c’est peut-être ce qui me déplaît.

      11 avril 2008 | Next
      Je viens de regarder, dix minutes, un truc, sur une chaîne qui s’appelle Vigin17.
      17, peut-être pour le QI.
      L’émission s’appelle “Next”. Next ça veut dire prochain.
      Il y a un bus en pleine campagne, et dans le bus, cinq pétasses, genre boudin, assez pute quand même. Mais c’est même pas des vraies putes. C’est des putes de putes si vous voyez ce que je veux dire. Très vulgaires ces filles-là, avec des seins qui dégoulinent partout et la connerie qui ruisselle. Je suis sûr que ça n’existe pas des filles comme ça. Je crois que ce sont des actrices. Et elles jouent merveilleusement. Elles ont dans les 20-22 ans mais elles doivent avoir davantage.
      A l’extérieur il y a un mec.
      Il est bien lui, la preuve il a réfuté les cinq pétasses.
      Partez pas ; y a la version gay.
      Cinq mecs dans le bus, encore, et un mec dehors. La cage aux folles revue façon open. Ils sont mignons à croquer.
      Bref, moi je prends tous les mecs.
      Conclusion, c’est du marché aux esclaves.
      Voulez que je vous dise : ça me fout le gerbe leur truc.

      10 avril 2008 | Tu vois c’que j’veux dire ?
      Alors quoi ? Alors quoi, tu regardes plus la télé, t’écoutes plus la radio, tu lis plus, tu fais quoi alors ? Ben, je me le demande. Je vois les jours défiler à tout berzingue, je cavale comme un dératé entre les vidéos les envois de presse les blogs et ce petit con qui se casse la jambe et tout ça à un moment t’en as marre tu vois tu te dis que quelque chose a changé surtout quand un rappeur que tu as rencontré à Paris avec qui tu as eu un super contact te dit que quand même il va signer son bouquin chez un gros éditeur pour avoir une plus grande lisibilité — et toi tu entends plus de thunes, mais c’est pas grave pas grave on avance avec la bite et le couteau à la main pour couper des tranches de saucisson tu vois.
      Tu vois ce que je veux dire ?

      9 avril 2008 | 10 en 1 le DEB
      Programme (incomplet) du mercredi 9 avril 2008 :
      1) Un entretien vidéo à réaliser avec le maire contre lequel vous vous êtes présenté lors des élections municipales, en début de matinée.
      2) Mettez un fils de 19 ans qui s’est cassé la jambe à Marmande à “garorock” et qu’on opérait en fin de matinée (donc saut de la mairie à la clinique, juste le temps de le voir partir sur son chariot en salle d’opération).
      3) Ajoutez un travail d’éditeur à faire malgré tout (et passionnant aujourd’hui : faire des envois-presse).
      4) Un rendez-vous pas prévu qui se pointe.
      5) Continuez par les appels à la clinique pour savoir si le petit a quitté la salle de réveil. Inquiétude parce qu’il tarde à revenir dans sa chambre.
      6) Voiture pour aller voir ce qu’ils foutent à la clinique. Et paf, vous arrivez pile au moment où on le transporte dans sa chambre.
      7) Retour au bureau pour continuer les envois-presse.
      8) Reprendre la vidéo réalisée le matin pour la monter, mixer, coder, transcoder, etc…
      9) Quelques mots sur les deux blogs pour rassurer ses fan-clubs.
      10) Et voilà.

      7 avril 2008 | Vrac
      Avec tout ça, et je raconterai (aperçu : fils avec jambe dans le plâtre après concert Garorok à Marmande (47) ; mes vidéos à décoder ; mes RDV qui doivent se décaler, bref, c’est le foutoir).
      Avec ce qui se passe à Paris, avec cette connerie de flamme olympique qu’on éteint et qu’on rallume (pute borgne que je voudrais y être au Trocadéro), j’enrage de ne pouvoir me gaver à la télé de ces images de la contestation, de ce bonheur que j’éprouve à voir ces gens en révolte parce qu’ils pensent qu’un peuple a le droit d’exister.
      JO de 36 : souvenez-vous, ces Etats faisant la courbette devant Hitler !
      Symbole de la paix, les jeux qu’ils disent symbole de la Paix et qui devraient s’accommoder qu’une minorité opprimée ! N’en parlent même pas les Chinois au pouvoir des manifestations. Et ce consensus qui se profile : bouder la cérémonie d’ouverture des JO ; mais non : c’est les JO de Pékin tout entier qu’il faut boycotter. Et ça coûtera ce que ça coûtera, mais on s’endormira l’âme en paix, du moins, sur cette histoire-là !
      J’aurai à vous parler de ces écrivains parisiens avec qui j’ai débattu (que j’ai combattus ?) à L’escale du livre de Bordeaux et qui m’auraient traité de frustré si je n’avais pas été éditeur, publié, quelque peu connu etc., en somme de leur bord. Ah les vilains, les sales petits bourgeois avec l’ego dans la braguette…
      Allez, j’arrête.

      5 avril 2008 | Out of order
      Out of order, ça veut dire, hors service.
      Temporairement off order, le DEB, enfin, presque.
      Encore un jour de salon du live.
      Voilà.
      Je vous raconterai : amb55, comment elle est venue spécialement de la plus petite commune de Charente pour me réduire au silence ; comment Isa, de son regard immensément bleu m’a soumis à la torture pour me faire avouer l’inavouable ; comment le maître de l’Olympe, blog him-sel, a tenté de me faire croire que personne ne venait voir mon blog et que c’est lui qui cliquait pour que je garde le moral , comment caféine a râté toutes les photos qu’elle a faites de moi en prétendant que j’y mettais de la mauvaise volonté.
      Tout, je raconterai tout : les pressions que j’ai subies, combien j’ai été acheté pour dire du bien du clan “blog SO”.
      C’est un univers impitoyable.
      Ajoutez le Singe Vert
      et George Lennick…
      Sauf toi, Guillaume qui n’es pas venu, toi Guillaume, le seul poète que je lis.
      Les Atrides vous dis-je…
      Bref, je les embrasse.
      A demain, comment dit notre cher blog…

      4 avril 2008 | Bientôt sur cet écran
      Donc DEB existe, certaines et certains l’ont rencontré ce vendredi 4 avril 2008 aux Escales du livre à Bordeaux. Il partage le vin, le pain et le pâté (de lapin, fait maison en provenance directe du Lot-et-Garonne). Je ne citerai pas de noms mais je suis sûr que c’est déjà pour elles et eux un merveilleux souvenir.
      Plus sérieusement, si je suis quelque peu aux abonnés absents jusqu’à lundi, vous ne perdez rien pour attendre, à venir au prgramme : des vidéos de stars, du rire, des larmes, l’annonce en exclusivité du prochain directeur de la Villa Médicis, le philosophe et poète Jean-Paul Michel en lévitation, Alain Juppé en pleine interrogation métaphysique, Alain Rousset en gentlemean farmer, les coulisses de TV7, Stéphane sur le parking de Quick, oui, tout cela est enregistré et sera bientôt sur cet écran.
      Ne zappez pas.
      Et vous, ça va ?

      3 avril 2008 | La pensée du jour
      “Je suis né malheureux ; je veux mourir heureux.”
      (DEB)
       
      3 avril 2008 | Encres d’absolu
       
      Le salon du livre de Bordeaux, (Les Escales du livre) commence demain vendredi 4 avril. J’aime ça, moi, ces salons. Pour une fois que l’on n’a pas le nez dans le guidon. Pas l’ordi sous les yeux près de dix heures par jour… Non, là y a des gens, de vraies gens comme ils disent… Qui, quelquefois, vous donnent de l’argent contre un livre dont vous n’êtes pas l’auteur certes, mais quand même, que vous avez aidé à venir au monde, et pas qu’un peu.
      On est entre soi aussi, entre « confrères ». Il est con ce mot, je ne l’utilise jamais. Ni confrères, ni professionnels. Ces termes me sembleront toujours incongrus. C’est sérieux et pas sérieux l’édition, c’est en somme un truc qui a une existence forcée. On produit des choses que personne ne nous demande. On ne nous demande pas de publier des livres.
      Les films, eux, c’est autre chose : il y a des rendez-vous. « On va au cinoche », souvent on ne sait pas ce qu’on va voir mais on y va. On va se faire une toile. Les livres ils arrivent en débandade. N’importe quoi les livres ! Des petits, des gros, des jolis, des vilains, des romans, des essais, des bio, des autobio, pute borgne, quel bordel c’est, les livres !
      Et qu’est-ce que c’est bien ce bordel-là, cette liberté-là, cette encre-là, ces ancres du réel et du pas réel.
      Ces ancres d’absolu.

      2 avril 2008 | Piano piano
      Et dire que tout cela est vrai, et que je retrouve, naufragé sur le disque dur de mon ordinateur…
      Petit moment de nostalgie alors que se prépare une drôle de musique : la clique Sarkozy n’en est pas à une fausse note près…
       
      Imagine les années 50-60, que tu n’as probablement pas connues. En ce temps-là, dans ma vie d’enfant il y avait ça : un piano…
      Que je te dise… là, en face du cimetière… dans un garage.
      Non, pas vraiment un garage… c’était plutôt un coin oublié dans l’atelier du sculpteur… celui du cimetière… Alors le piano, à cause de la poudre de marbre…une poudre blanche… on l’avait recouvert d’une bâche.
      Là… tu vois… le cimetière… et, en face, l’atelier du sculpteur.
      Il était un peu fou, le sculpteur. Et ce piano, là… Pas un grand piano, non, un vilain piano peut-être… Avec plein de fausses notes sans doute. Mais moi, tu comprends, je ne savais pas que c’étaient des fausses notes.
      J’attendais qu’il fût parti le sculpteur… dans le cimetière. Un grand cimetière, bien trop grand pour une si petite ville. Si grand que je n’y allais jamais dans ce cimetière… Pas peur des morts, non, peur de me perdre…
      Mais je longeais si souvent le mur, et vois-tu, tout autour de ce cimetière, il y avait des vignes. Et il y avait aussi un château d’eau et je ne sais quoi encore.
      Ce qui m’intéressait, si près du cimetière, moi, c’était le piano… Plein de poussière, malgré la bâche.
      Je venais là tous le jeudis. Parce qu’en ce temps-là, c’était le jeudi qu’on n’allait pas à l’école…
      Et tous les jeudis, je retrouvais le piano… L’après midi.
      Quand l’église sur la place de F. sonnait deux coups… A cette heure-là le sculpteur était dans le cimetière, et moi je soulevais la bâche… et je mettais plein de poudre blanche partout, sur mon sarreau… Tu sais ces affreux tabliers tout rugueux qu’on nous obligeait à porter…
      Alors je commençais à effleurer les touches… Tout doucement d’abord… Au cas où il m’aurait entendu, le sculpteur, là-bas, dans le cimetière…
      C’était toujours la même chose qui me venait aux doigts…Une vieille chanson que tu ne dois pas connaître… une histoire de clair de lune et d’ami Pierrot…
      Bien sûr, petit à petit j’en ai eu assez du clair de lune et tout ça… Mais je ne connaissais rien d’autre… Alors le plus simple, le plus simple n’est-ce pas, était d’inventer… Je me suis mis à me raconter des choses dans ma tête… j’irai pas à l’école demain… le maître est un vilain canard qui fait coin-coin… Toute ma vie passait sous mes doigts… Et quand je m’énervais… parce que, parfois je me mettais vraiment en colère à cause du maître et de l’école que je n’aimais pas du tout, alors, alors je tapais comme un sourd sur le piano… D’un bout à l’autre du clavier… Et la poudre de marbre se soulevait… me piquait les yeux, le nez, j’éternuais…
      Voilà, c’était il y a des années et des années… Je ne sais pas comment elle se termine cette histoire du petit garçon et du vieux piano chez le sculpteur funéraire… Mais je sais qu’elle a duré longtemps cette petite histoire.
      Peut-être que le sculpteur savait que je venais jouer sur son piano… Il est sans doute mort depuis longtemps cet homme… Peut-être qu’on l’a vendu ce piano, peut-être que…
      Non, je ne suis pas devenu musicien… Je vais même te faire un aveu : je ne sais toujours pas le piano, mais, si tu viens chez moi… Tu verras, il y en a un… un piano… avec plein de fausses notes et toute cette poussière, toute cette poussière dedans…
      (PS : non, il n’y a plus de piano chez moi, je l’ai donné.)

      31 mars 2008 | Marion, Robert et Xavier
      Ce matin, n’ai-je pas appris que Robert Redeker avait été limogé de l’éducation nationale ?
      Et par Xavier Darcos him-self qui n’aurait pas apprécié l’article de RR sur Marion Cotillard, (paru dans le Monde) un peu allumée avec sa certitude de la théorie du complot concernant le 11 septembre.
      L’erreur, c’est de lire en diagonale.
      A peine avais-je envoyé un mail et un message téléphonique à Robert que les dernières lignes du blog révélaient qu’il s’agissait d’un canular.
      Pas évident, si près du 1er avril d’aller faire ses courses sur le net.
      Robert ne s’en est pas ému
      “Cher Dominique,
      C’est une farce !
      Mais le 1er avril, c’est demain.
      Je t’embrasse.
      Robert
      ”
      Je voulais ce soir vous faire partager cette “farce”.
      Le blogger l’a fait disparaître...

      29 mars 2008 | “Au clair de la lune”
      “C’est l’histoire d’une résurrection sonore. Un enregistrement d’Au clair de la lune vieux de près de cent cinquante ans, reconstitué par des chercheurs américains du Lauwrence Berkeley National Laboratory. L’enregistrement, le plus ancien connu à ce jour, date de 1860, soit 17 ans avant l’invention du phonographe par Thomas Edison. L’auteur en est un typographe français, Edouard-Léon Scott de Martinville, qui en 1857 a mis au point une technique baptisée «phonautographe». L’appareil pouvait enregistrer les sons, sans les reproduire, en transmettant les vibrations sonores à un stylet qui gravait alors les courbes sonores sur un cylindre enduit de fumée noire. Retrouvée par les soins de l’association américaine First Sounds, qui s’emploie à constituer une bibliothèque sonore des plus vieux enregistrements à travers le monde, le «phonautogramme» d’Au clair de la lune a été décrypté grâce à une technologie de reconstitution des sons à partir d’images numériques.”
      Résultat, [Cliquer pour écouter]
      un enregistrement de dix secondes à écouter ici. Attention, ça grésille…
      (Source : Libération.fr)

      28 mars 2008 | “L'Omelette”
      Je crois que nous commençons à être heureux ensemble mon vieil ami et moi.
      C’est-à-dire que cela devient de plus en plus simple. L’animal reprend un sacré poil de la bête ! Et moi aussi. Près de lui, je ne somatise plus, ou presque plus. Le retour à la vie du vieil homme me fait, moi aussi, aller mieux.
      Il vient de programmer nos repas de la journée. C’est qu’il se méfie de mes qualités culinaires et il a raison. Je suis un homme pressé, et ça ne fait pas un bon cuisinier un homme pressé. Il faut de la patience pour bien cuisiner, il faut avoir un rapport au temps très précis, il faut avoir la mémoire du goût. Je n’ai rien de tout ça en magasin. Mais je prends des cours.
      Toute la semaine je me suis renseigné sur l’omelette. Pour une omelette pour deux, combien d’oeufs? Et faut-il séparer le blanc du jaune ? Faut-il que la poelle soit très chaude ? Un peu d’huile ? Faut-il retourner l’omelette en cours de cuisson ? Comment réussit-on une omelette baveuse ? Un peu de lait ? Des lardons ? On le voit j’ai des préoccupations culturelles qui méritent d’être signalées ! Mais, vous demanderez-vous : était-elle réussie cette omelette ? Qu’en a dit le vieil homme ? Eh bien oui, mangeable, très mangeable, avec des dés de jambon blanc, dit de Paris, dit jambon cuit… Peut-être aurait-il fallu la faire cuire davantage (et je mentionne ici mon rejet lorsque je lis : cuire un oeuf, cuire ceci ou cela. Non : on fait cuire. Quand on cuit, c’est au soleil ou dans un bain de vapeur, non mais !).
      La semaine prochaine, c’est l’escale du livre à Bordeaux, et c’est donc d’une autre cuisine qu’il s’agit, mais la semaine suivante, retour à Claouey, et je me demande quel plat je vais préparer…
      Si vous avez des idées, et les recettes qui vont avec, je suis preneur,et le vieil homme vous en saura gré.
      Et vous, l’appétit, ça va ?

      26 mars 2008 | Traquenards du destin
      Je serais plutôt dans le soft moi ce soir. D’autant que si j’avais à me foutre en boule, l’ami Angoustrine (les sentiers de l’âne) s’en est chargé pour moi. Tout raplapla je suis côté vite aperçu, vite pensé, vite jugé.
      Des fois, la réalité, quand vous l’avez au bout des doigts, palpable, incarnée par quelqu’un qui est là, en face de vous, vous vous dites que c’est sacrément compliqué.
      La vérité ? C’est quoi la vérité ? Est-ce que les faits c’est la vérité ? Les faits, rien que les faits qu’ils disent…
      Il y a de pieux mensonges, de pieux silences que je respecte, moi, et sur lesquels je n’irai pas philosopher à l’emporte-pièce. Les scandales de l’humanitaire en Afrique, par exemple - on vient juste de m’en parler au téléphone… Je me souviens : les « illuminés » de l’Arche de Zoé… (pour m’en tenir aux généralités), tiens, la vraie bonne question, pour moi, à chaque fois, c’est plutôt celle-là : à qui profite le crime ? À qui profite le crime de ces gens de bien qui, pour une raison ou une autre dérapent ? Et c’est quoi ces dérapages ? Qui fait ses choux gras des nobles causes qui, humainement, à un moment donné tombent dans ce que j’appellerai ici, faute d’une autre expression : un traquenard du destin ?

      24 mars 2008 | Métaphore de l’orgasme
      N’y a-t-il pas dans une campagne électorale quelque chose de l’ordre de l’orgasme qui se cherche, qui hésite à aboutir ?
      C’est qu’il s’agit d’un immense champ de projections fantasmatiques que ce jeu qui consiste à promettre qu’il va se passer “quelque chose”. C’est quoi ce quelque chose ? Un orgasme, rien de moins.
      En somme, élection, à une lettre près, c’est érection. Érection du désir. Nous sommes là dans le désir. Désir de soi. Un onanisme collectif, un comble ! Une immense partouze qui ne dit pas son nom, une boîte échangiste où l’on est dûment sélectionné à l’entrée. Les vigiles ont des critères très particuliers, et ils ne se trompent que très rarement. D’abord parce que ceux qui viennent savent qu’ils ne pourront s’exciter que si l’on est entre soi. On ne jouit pas avec n’importe qui. On ne jouit pas encore. Ou par petits frissons, inquiets. Une éjaculation précoce et c’est risquer une petite mort, un moment d’absence, le gaspillage de ses forces.
      La jouissance, on ne sait pas quand elle a lieu. Mais elle a lieu. On sait qu’elle a eu lieu parce que sitôt l’élection faite, confirmée, officielle, quelque chose, ce désir, ce désir qui a été là, des jours et des jours, des nuits et des nuits, ce désir n’est plus là. Gare à celles et ceux qui n’ont pas prévu un amant, une maîtresse, voire un nouveau godemiché pour repartir sur un autre désir, un autre fantasme !
      Les élections, métaphore de l’orgasme ?

      23 mars 2008 | Journal de son corps
      Pourquoi ne ferait-on pas le journal de son corps ?
      Oserai-je écrire “mon corps” ? Tout ce que j’en sais ? Non pas mon corps, celui des médecins, mais celui que je me connais. Je ne sais rien au-delà de lui. Il est ma science, et je crois bien la limite de toute science, lui, ses affaires, ses gênes, ses besoins et leurs ennemis, ses régularités et leurs écarts, ses digestions, ses règles, et les sales détails humides de l’Amor. Pourquoi sales ? Et quoi donc est sale ? Sale !
       
       
      Paul Valéry, Journal d’Emma, nièce de Monsieur Teste (in La Jeune Parque et poèmes en prose, Gallimard).

      22 mars 2008 | Violence et liberté
      Retour à mon camp de base de Claouey. Le vieil homme va de mieux en mieux. Il paraît toujours heureux de me revoir, oserais-je dire : rassuré ? Il a, comme Sartre, cette générosité qui consiste à vous approuver largement. Mon action politique sur Latresne lui plaît, me semble-t-il, beaucoup. Nous notons ces similitudes dans nos parcours, “ce là-bas si j’y suis” qui nous caractérise. L’un comme l’autre nous sommes allés, d’une certaine manière, d’une vie l’autre.
      Pour Francis, en gros, quatre axes :
      1) la philosophie (Sartre, Les temps Modernes, les livres) ;
      2) l’engagement politique (le réseau de soutien au Fln en France, etc.) ;
      3) l’action culturelle dans la Cité (Chalons, la maison de la culture sur une inspiration de Malraux ;
      4) la psychiatrie (séjour chez Jean-Pierre Losson à Lyon, puis création de la SOFOR).
      Ce qui nous différencie, note Francis, c’est qu’à chaque fois, lui, a été invité à aller “ailleurs”. Moi, on ne m’a jamais rien demandé vraiment. Les invitations la plupart du temps consistaient à faire de la figuration. La dernière en date, d’invitation, de Charles Dussort, sur la liste de gauche dans mon patelin, c’était pour faire acte de présence, plus ou moins virtuelle. Pour Francis, c’était à chaque fois un engagement lourd. Cette cohérence de sa vie, et qu’il souligne, c’est cela : on est venu me chercher.
      Comme d’habitude, après le passage de l’infirmier, nous prenons notre petit déjeuner ensemble. Lait et céréales pour lui, café au lait pour moi. C’est juste le moment où se fait un soleil clair qui nous saisit, lui et moi, dans cette petite maison où nous retrouvons désormais deux fois par mois. Nous parlons culpabilité. Je sais comme Francis l’a toujours refusée. Et il sait comme j’y suis englué moi, dans ce machin. On me fait si facilement culpabiliser. Pour un rien, je me sens coupable de tout. Christiane, ça la rendait furieuse.
      Et c’est à propos de Christiane qui a été sa compagne pendant près de 47 ans que Francis dit se sentir coupable. C’est bien la première fois que j’entends ça. Je ne lui demande pas de préciser, mais je crois que c’est ainsi : on se reproche de ne pas avoir assez aimé quelqu’un qui vient de mourir. Je lui cite alors ceci (dont le nom de l’auteur m’échappe), quand il découvre le chagrin que lui cause la perte d’un être qu’il ne lui savait pas si cher : “Si j’avais su que je l’aimais autant je l’aurais aimé davantage.”
      Curieusement, je n’ai pas, moi, ces embarras. Il me semble que je n’ai jamais caché mes sentiments à qui j’aimais, que je les ai même clairement affichés. J’ai même aimé des gens qui ne m’aimaient pas - mais quand même, à un moment, je les ai envoyés, affectivement, se faire foutre. Et quand j’ai tiré l’échelle c’est fini.
      Sur le plan affectif, je crois bien que je ne m’en suis pas trop mal tiré après Vanina. (Un jour je dirai pour Vanina.)
      En terres existentialistes, j’ai toujours été réticent à reconnaître à Sartre, Beauvoir et C°, et même à Francis, de réels sentiments affectifs. Il me semble que cela a toujours été plus ou moins tenu à distance, un peu vécu comme une infirmité ou je ne sais quoi. D’où mon écartèlement entre Sartre et Camus. J’en veux, malgré tout, un peu, je l’avoue, à Francis d’avoir “exécuté” Camus. Mais c’était les règles du jeu. Je veux bien comprendre qu’ils étaient, les uns et les autres pris dans un tourbillon d’idées, de succès, d’argent, n’empêche, j’ai mal à mon Camus.
      Je l’ai dit, je le répète avec la puérilité que je ne cherche même plus à dissimuler depuis bien longtemps maintenant : pour moi, il y avait Sartre pour l’intellect et Camus pour l’affect. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours un peu mélangé les deux dans ma vie, jusqu’à mêler le privé et le professionnel.
      “La liberté c’est l’émergence du sujet“, me dit Francis, alors que dans son long bureau où il règle des problèmes d’ordre adminsitratif je lis, près de lui, dans ce fauteuil où je l’ai si souvent filmé, je lis les feuillets dactylographiés sur papier pelure le texte d’une conférence qu’il a donnée en 1970 au “Studio 70? à Chalon et intitulée “Violence et non-violence“.
      Ce que dit ce texte? En substance, ceci : la violence est l’expression de la liberté…
      Je n’en dirai pas davantage. Il faut bien que j’en garde pour moi, du moins pour l’instant, de ce texte si “politiquement incorrect”.

      20 mars 2008 | Dédé le philosophe
      Comme il en parle bien de mon Dédé, Roger-Pol Droit !
      Qui c’est Dédé ?
      Denis Diderot, Dédé, pas Didi. Cette manie maintenant qu’ils ont de tout angliciser ! Né deux siècles tout rond avant Albert Camus, Diderot donc, dont certains se demandent si c’était un philosophe. À ceux-là, Roger-Pol Droit répond : « Si le nom de philosophe ne doit s’appliquer qu’aux auteurs de traités austères, constructeurs de systèmes et inventeurs de concepts, on ne rangera pas Diderot parmi eux. Au contraire, si l’on admet, comme le fait le siècle des Lumières qu’il convient d’appeler aussi “philosophes” des stylistes, des diffuseurs d’idées, des auteurs multiformes travaillant de mille manières à faire progresser la conscience de leur temps, alors Diderot est au premier rang. »
      (Roger-Pol Droit, présentation de l’édition Diderot, Le Monde de la Philosophie | Flammarion, 2008.)
      Excusez-moi, je file sur le blog de Diderot.
      Et vous, ça va ?

      19 mars 2008 | Là-bas si j’y suis
      Les autres, ceux de tous les jours, ils s’imaginent des choses. Ils croient qu’ils vous connaissent, ils croient que vous êtes toujours le même, la même… Ils ont décidé une fois pour toutes de ce que vous êtes, sans vous demander votre avis.
      Justement, celui que je suis, c’est toujours le même, au fond : celui qui un jour fait ses valises et se barre. Allez, bye, ciao, basta, je me casse…
      Celui-là, celui qui un jour se tire de là, ils savent pourtant qu’il est capable de ça. Mais ils se disent : il est trop vieux maintenant, il tient trop à ses habitudes, à son confort…
      Ils ne savent rien. Ils n’ont du reste jamais voulu savoir. Ils ont juste voulu que je sois là quand ils avaient besoin de moi.
      C’est commode un mec comme moi : c’est comme un os où les jeunes chiens viennent se faire les dents, comme un grand frère qui se laissera bousculer parce qu’il ne veut pas faire de peine, jamais. Juste un peu provoc, mais si prompt à s’excuser s’il sent qu’il a fait de la peine… Un gentil au fond, on peut y aller. Même si on lui dit, même si on lui fait les pires saloperies, il ne vous en voudra pas.
      Alors, ma manière à moi de remettre les compteurs à zéro, d’effacer l’ardoise, de refaire mes neurones à neuf, de solder les pauvres petites rancoeurs qui s’obstinent, ma méthode, ma méthode à moi, à la fin, à la toute fin, je n’en connais pas d’autre, c’est d’aller voir ailleurs si j’y suis.
      Généralement j’y suis. Jusqu’à présent, j’y ai toujours été…
      Mais promis, le jour où je vais aller poser mes malles ailleurs, je vous le dirai…
      On continuera de s’écrire…

      19 mars 2008 | CBS = Carla Bruni Sarkozy
      Je suis très content de cela : CBS news = Carla Bruni Sarkozy news.
      CBS écrit dans le Monde : “Désormais l’affaire du faux SMS est close; mon mari vient de retirer sa plainte contre Le Nouvel Observateur après réception de la lettre d’excuses qu’Airy Routier m’a adressée”, explique Carla Bruni-Sarkozy dans une tribune publiée dans Le Monde daté de jeudi [13 mars 2008] et intitulée Halte à la calomnie!”
      CBS oublie de signaler qu’Airy Routier s’excuse à titre personnel…

      18 mars | En échecs
      Il faut des disjonctions. Entendez par-là qu’il faut faire des breaks.
      Moi, ce sont les échecs.
      Les échecs sont une leçon de philosophie et de psychologies. Règle philosophique n°1 : ne jamais sous-estimer son adversaire. Les débuts de partie peuvent être trompeuses. En effet, le novice et le grand joueur peuvent commencer pareil, tout pareil. La naïveté rejoint la stratégie la plus fine. Au début. Au début du moins.
      Côté psychologie, sur le net, là, on en est débarrassé : on ne voit pas l’autre. On peut ignorer jusqu’à son élo. Contre un partenaire en chair et en os, pour moi, c’est redoutable. Il m’est arrivé de disputer quelques tournois. J’ai vu, un jour, mon compétiteur suer à grosses gouttes, trembler des mains parce qu’il était en mauvaise position. J’ai perdu. Je ne peux pas rendre quelqu’un malheureux. J’ai perdu aussi contre un enfant de 12 ans. Il était peut-être plus fort que moi. Je ne saurai jamais : quelque chose en moi refusait ce « duel ».
      Je ne serai jamais un bon joueur d’échecs.
      Et vous vous disjonctez comment ?

      17 mars 2008 | Alerte
      Dimanche 16 mars 2008, le salon du livre a été évacué vers 17 heures en raison d’une alerte à la bombe. Un peu plus d’une heure après, il ouvrait à nouveau ses portes. Malgré le public venu nombreux, il n’y a pas eu de mouvements de panique. Avant son ouverture le salon, dont l’invité d’honneur est Israël, avait déjà fait parler de lui. Les pays arabes, critiquant ce choix, ont boycotté l’événement en soutien au peuple palestinien. logo Il est 16h45. L’ambiance est conviviale au salon du livre. En ce dimanche après-midi, les visiteurs, souvent en famille, flânent dans les allées. Une voix féminine annonce : « En raison d’un problème technique, tous les visiteurs doivent sortir du salon. » Le message est répété plusieurs fois. Mathilde Rimaud, responsable du stand de l’Arpel s’empresse de débrancher les écrans. Les éditeurs recouvrent les livres en exposition d’un drap. Incrédules, les visiteurs se dirigent tranquillement vers les sorties. Un agent de sécurité près d’une porte insiste : « Allez, allez, on se dépêche de sortir » ! Répondant à un visiteur qui évoque un colis piégé, l’homme ne dément pas.
       
      Une camionnette de déminage attend
      En moins d’une demi-heure, la majorité des visiteurs se retrouve dehors. Les policiers repoussent la foule hors des grilles du Parc des Expositions. Face à des visiteurs récalcitrants, un officier de police lance : « C’est une alerte à la bombe, c’est du sérieux » ! Sur le parking une camionnette de déminage attend. Juste à côté, un groupe d’exposants fait sauter le bouchon d‘une bouteille de champagne, pas vraiment contrariés par les événements. Les policiers s’activent et forcent le public à sortir de l‘enceinte du Parc. La foule, sur le trottoir devant l’entrée n°1, attend dans l’espoir d’une réouverture du Salon. Entourée d’une dizaine de fans, Anna Gavalda, auteur de La Consolante et du célèbre Ensemble c’est tout, continue sa séance de dédicace sur une borne de parking. Quelques journalistes terminent leurs interviews d’écrivains sous la pluie. Après plusieurs coups de fil, les éditeurs aquitains pensent pouvoir bientôt regagner leur stand. Mais ce ne sera possible qu’une heure plus tard, vers 18h45.
       
      Charlotte Lazimi et Estelle Maussion, Aqui

      16 mars 2008 | Ce discours que je n’ai jamais prononcé…
      “Je devrais sans doute m’interroger, d’abord, sur les raisons qui ont pu vous incliner à recevoir, ici, un sujet incertain, dans lequel, chaque attribut est en quelque sorte combattu par son contraire. C’est donc, manifestement, un sujet impur qui est accueilli dans une maison où règnent la science, le savoir, la rigueur et l’invention disciplinée.”
      Si vous le voulez bien, je placerai cette petite causerie sous l’égide de Barthes que j’ai paraphrasé jusqu’ici. C’est la première fois que je fais cela, la première fois que j’écris ce qu’il faut bien appeler un discours. Barthes appelle ça une leçon. Je veux bien appeler ça une leçon, mais c’est à moi qu’elle s’adresse.
      J’ai eu envie de vous faire part d’un sentiment dont on parle assez peu finalement. J’ai envie de vous parler de cette joie que j’éprouve à venir ici deux fois par mois. C’est que j’ai l’impression que ma présence est “hors-pouvoir”. Je vais, je viens, je n’ai pas de comptes à rendre, je peux inventer au fur et à mesure ce que je fais.
      Au-dessus de tout cela, j’ai placé un mot que j’aime beaucoup : bienveillance.
      J’ai placé ce qu’on nomme — parce qu’il faut toujours trouver un terme pour désigner les choses que l’on produit — j’ai placé mes ateliers d’écriture, ici sous le signe de la bienveillance certes, mais aussi sous celui de la recherche de la liberté. J’apprends donc au fur et à mesure que j’enseigne. Mais qu’est-ce que j’enseigne ? La réponse est immédiate: rien. Rien, c’est aussi tout. J’enseigne donc tout et rien. Du reste, je n’enseigne pas. J’anime. Le mot me plaît bien : j’essaie d’animer des mots, de leur donner du corps, de les faire changer de corps quand il me semble que les mots, même et surtout les mots de tous les jours, sont à l’étroit dans leurs habits quotidiens.
      J’ai donc, devant, autour, à côté de moi, deux fois par mois, lors de “regroupements”, des stagiaires, autrement dit, pour moi : des sujets. Vous aurez saisi qu’il n’y a pas là, de ma part, la plus petite provocation puisque c’est comme ça que se désigne Barthes dans sa leçon inaugurale au Collège de France, en 1977. Mais la langue veut que ce mot, sujet, soit le contraire de ce que l’on entend. En voilà justement un mot dont il faut retoucher le costume à chaque instant : le sujet ! Et qui, dans la foulée, conduit tout droit à ce dont il ne cesse d’être question dès lors qu’il s’agit de langue, écrite aussi bien que parlée. Je veux bien entendu parler du pouvoir.
      “Cet objet en quoi s’inscrit le pouvoir, de toute éternité humaine, c’est le langage — ou pour être plus précis, son expression obligée : la langue.” “Parler, et à plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer comme on le répète trop souvent, parler c’est assujettir.”
      Ne vous inquiétez pas, je vais faire court. Mes stagiaires, je veux les voir comme des sujets en ce sens que le sujet s’oppose à ce qu’on nous assène sans cesse : l’être. Sois toi-même. Justement, le sujet c’est le devenir de l’être, c’est une volonté, un combat, et comme on ne fait rien sans rien, il faut ici quelque chose, et ce sont les mots. On sait maintenant que “la pensée est structuré comme un langage, une langue”, alors structurons la langue, qu’elle soit écrite ou parlée, aidons-là à se dire, à se raconter, à se foutre des maladresses, à se foutre des fautes de grammaire, à se foutre de ce qu’on peut penser d’elle, aidons la parole, le mot, sans l’obliger, sans la contraindre, parce que (décidément il a tout dit Barthes) : “[…] car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire.“
      Ouf…
      Donc, ne pas obliger à dire, mais susciter le désir de dire, délivrer de la peur de dire, que le silence ne soit pas le rempart de la honte. Dites, comme vous le voulez, l’exigence viendra d’elle-même. Sans pathos, sans artifice, avec juste une consigne, une indication faire sortir les mots, les donner à entendre aux autres, juger de leur effet ou de leur non-effet. C’est ce que je fais. Ecrire, parler c’est pareil. “Les mots, les armes, c’est pareil, disait Ferré, ça tue pareil“. Mais ça fait revivre aussi, ça ressuscite, ça vous met au monde, ça sert tous les jours, pour tout signifier, des petites aux grandes choses.
      Alors, je leur dit à mes sujets, moi qui ne suis absolument pas leur souverain, moi qui ne suis alors que l’écho de leur propre voix, je leur dit : ne dites rien, n’écrivez rien si vous n’en éprouvez pas le désir. Mais ne me parlez pas d’inspiration, ça n’existe pas l’inspiration, pas comme ça, pas venant de n’importe où. La plus belle des inspirations c’est celle que vous vous inspirerez, que vous vous travaillerez, que vous polirez, et alors vous connaîtrez une joie toute spinoziste qui vous délivrera de beaucoup de vieilles peurs. On fait tout ça mine de rien en apprenant les autres à s’écouter.
      Pour finir, cette brève pensée qui demanderait réflexion : est-ce qu’écouter ce n’est pas déjà écrire ?
      Ce discours que je n’ai pas prononcé à l’IRTS (Institut Régional des Travailleurs Sociaux) en 1999…
      Les extraits en italiques sont, bien sûr de Barthes “Leçon” (le Seuil) qui nommé professeur au Collège de France, le 7 janvier 1977, prononce la « Leçon inaugurale » de la chaire de sémiologie littéraire.

      14 mars 2008 | Le C cédille et moi
      La fureur de lire m’habite encore. Et voilà qu’emporté par la superbe écriture de François Léotard, Ca va mal finir (désolé, je ne sais pas comment faire ici, le c cédille grandes capitales). Et il commence bien son livre : Ca a débuté comme ça. (Pute borgne, il est ou ç majuscule ?) ben oui, Céline, bien sûr : Ca a commencé comme ça.
      Je l’ai pas toujours kiffé grave le François. Forcé : avoir le Philippe Léotard pour frère… Ah bon, mais c’était pas François le frère, l’a pas fait le séminaire François ? Wouarrffff.
      Je vais faire court.
      Juste ça : […] la chasse aux nigauds baptisée modestement “ouverture”…
      Et pour finir cette citation de René Char : “Ne te courbe que pour aimer…”
      Bon, je me remets à ma lecture. Je sens que je vais adorer ce bouquin.

      13 mars 2008 | Pas le coeur à rire
      Pour la première fois depuis quelque 13 ans, je ne serai pas au salon du livre de Paris (du 14 au 19 mars). Il me semble que j’ai quelque chose à faire par ici, que je raconte sur un autre blog… Mais je suis informé de ce qui se passe porte de Versailles à quelques heures de son inauguration par Nicolas Sarkozy et Shimon Perez.
      Chaque année un pays est l’invité d’honneur. En 2008, c’est au tour d’Israël.
      Mes envoyés spéciaux me racontent qu’un nombre impressionnant de forces de l’ordre sont déployées autour de ce lieu où se tenait, il n’y a pas si longtemps, le salon de l’agriculture où le « Casse-toi pauv’con » sarkozien nous a fait tant rire.
      Ce soir, parce que le stand de notre maison d’édition est près, très près du stand Israël, et qu’il y a sur ce stand des êtres auxquels je tiens beaucoup, beaucoup, ce soir, je n’ai pas le cœur à rire…
      Et vous, ça va ?

      12 mars 2008 | Rousseau, Barthes et moi
      J’ai des fulgurances — je ne veux pas dire par là que je suis fulgurant — mais viennent de fulgurer simultanément en moi Rousseau et Barthes, excusez du peu. Car, oui, j’ose l’avouer j’ai beaucoup lu les deux. De Rousseau je ne connaissais pas son Discours sur les arts et les sciences. C’est là que tout a commencé pour Jean-Jacques — oui, je l’appelle Jean-Jacques — en 1750 — lorsqu’il écrit ce discours pour l’Académie des Sciences de Dijon. Et qu’est-ce qu’il fait J.J : il joue les nigauds, et mine de rien il critique tout, au nom de celui qui « ne sait rien, et qui ne s’en estime pas moins ».
      Barthes, Roland, fait la même chose, plus de deux siècles plus tard lorsque — proposé par Michel Foucault — nommé professeur au Collège de France, le 7 janvier 1977, il prononce la « Leçon inaugurale » de la chaire de sémiologie littéraire.
      Là va s’arrêter le parallèle, parce que c’est un tel foutoir dans mes livres que je n’ai pas pu mettre la main sur Leçon (publié au Seuil).
      Ce sera pour une autre fois, d’accord ?
      Et vous, ça va ?

      11 mars 2008 | Les Oiseaux vont mourir au Pérou
      Les Oiseaux vont mourir au Pérou
      Hein, qui connaît ce film ? The first movie to receive an X rating from the MPAA. (Traduction Google : « Le premier film pour recevoir une estimation de X du MPAA. ») Où le trouver ? Vaines recherches sur le net. C’est comme ça que je me suis aperçu qu’on était quelques-uns à rechercher Les Oiseaux vont mourir au Pérou. Voilà trente, trente-cinq ans au moins que je l’ai vu et qu’il me hante. Couleurs, 1968, avec Jean Seberg, Pierre Brasseur, Jean-Pierre Kalfon, Maurice Ronet, ce vrai dépravé dont Rémo Forlani dresse un merveilleux et épouvantable portrait dans Toujours vif et joyeux, et enfin Danielle Darrieux.
      Tiens, voilà ce que je devrais faire : aller demander à Danielle Darrieux de quoi elle se souvient. Je vous assure, je ne peux là qu’y aller de mémoire… Film plein de sexe et d’angoisse. Je revois Pierre Brasseur derrière cette immense baie vitrée. Les oiseaux, après une interminable migration, épuisés viennent s’écraser contre la vitre. Et c’est sans doute de cette même place qu’il regardera, Brasseur père, sa femme, Jean Seberg, épouse Gary, se donner sur la plage à des pêcheurs portant des masques.
      Pourquoi ce film ? Pourquoi est-il encore là après tout ce temps ? Pourquoi ne peut-on jamais le voir ? Qu’est-ce que c’est que cette vindicte qui s’exerce sur les plus doués ?
      Gary, double Goncourt, couvert des plus belles femmes du monde, mytho paraît-il, «clown lyrique», trop de talent, trop beau, trop tout ; et à qui on le fait payer cher. Lui qu’on ne cite jamais.
      Petit dîner avec son éditeur Gallimard et hop, rentre chez lui, «Je me suis bien amusé, au revoir et merci.» Canon dans la bouche : fini. Finita la tragédia. The end.
      Je ne crois pas moi qu’il se soit amusé. La vie n’est pas amusante. Elle est terrible la vie. C’est plein de peurs, de trucs qui te traversent et que tu ne fais que fuir.
      La nuit de Gary, maintenant, durera très longtemps.

      10 mars 2008 | Mauriac et moi

      Mauriac, journalisme politique littérature
      D’accord, je doublonne un peu avec le blog “Nouvelle Gauche”, mais ainsi parlait Mauriac : journalisme, politique et littérature même combat. Bon, je crois que cela se sait : 13,4% de voix pour la liste “Nouvelle gauche”, à Latresne (où je ne suis qu’en deuxième position), sans avoir fait campagne, cela tient du prodige. Cela me réconforte figurez-vous : le miroir aux alouettes commence à ternir. Il me semble que le regard s’affine…
      Et vous, ça va ?

      9 mars 2008 | Election, où ça ?
      Très drôle. On dirait qu’il y va d’une question de vie ou de mort.
      Je raconte : Latresne, presque midi. Bureau de vote. C’est bourré. Elles sont là, les quatre têtes de liste. Je serre la paluche de la mienne (de tête de liste), puis celle de monsieur Delcros, affable, plutôt sympa lui. Mon ex co-listier — qui ne veut pas que je prononce son non, donc je le tais — me la serre, la paluche, sans me regarder. Je ne suis rien moins que Judas dans son esprit à ce moment-là.
      C’est peu de dire que les lieux ne transpirent pas la sympathie. J’aperçois le baronnet du coin, hautain, très droit dans la haute opinion qu’il a de lui-même, Jean-Luc Hoguet him-self. Je ne sais pas pourquoi mais, voyez-vous, il ne tient pas à me rencontrer cet homme. Il avait promis qu’il passerait me voir. Il ne l’a pas fait. Voilà au moins une promesse non tenue.
      Peut-être a t-il pris des renseignements sur moi : pas fréquentable le DEB : peuh, un éditeur, qui a même écrit des livres (plutôt licencieux ces trucs) qui fait des vidéos bizarres, avec quelquefois des gens célèbres, mais le pire, c’est ça : que des gens de gauche, ou presque, même célèbres des gens de gauche, ici, c’est suspect.
      Je sens bien que je lui pose problème à JLH. Il ne devrait pas être inquiet : il va être élu. Il en rêve depuis des mois. Il n’a que ça à faire du reste : la retraite ça laisse du temps même si on cultive son jardin. Entre un monsieur Loyal qui se la pète grave et un type improbable (moi) il n’y a pas photo. Il aura beau dire, il est UMP le monsieur, pour moi c’est rédhibitoire. Alors, le monsieur UMP va être élu. Et je vais vous dire : ils ont tort d’élire cet homme — pour lequel au demeurant je n’ai pas d’acrimonie, mais bon, quand même : il se la joue, mais il est peut-être timide, comme moi — mais moi, je suis sympathique. Si j’avais été élu je m’en serais bien occupé des vieux moi (j’en ai l’habitude) je me serais battu pour qu’il y ait des repas à domicile, je me serais battu pour aider les plus démunis. Je me serais battu pour qu’il y ait des logements sociaux, et de la culture. J’aurais fait de la mairie une vraie maison citoyenne. Rien à foutre de mon image moi, je suis d’une nature altruiste, et j’aurais traité ma fonction municipale comme j’ai traité ma vie : à bras le corps.
      Sans compter, que sur cette liste, il y a 14 femmes. Et ça manque dans les mairies les femmes.
      Ce sera pour la prochaine fois.
      En 2014, si je suis vivant, je me présenterai, tête de liste, liste de gauche pur sucre, pur citoyen, ce n’est qu’un au-revoir mes ami(e)s.
      La suite, plus tard. je vous raconterai le dépouillement, les coulisses. Et le score dérisoire de cette liste “Nouvelle gauche”.
      19h45 : J’en reviens. C’est assez étrange. Très ritualisé, très compliqué, surtout avec ces histoires de panachage. La liste “Nouvelle gauche” comme il se doit sera marginale.
      Petite réconciliation avec mon ex-colistier, Alain Lachamp (c’est quand même lui et moi la même famille politique). Nous n’avons pas été l’un et l’autre bien brillant, trop idéalistes sans doute. Pas très porteur l’idéalisme. Alors, le réalisme, à savoir une bonne vieille droite bien ringarde, va continuer sa route…
      On a peut-être les élus qu’on mérite. Va savoir Charles !
      21h05 : 47,5% à gauche sur le plan national.
      Lundi 13 mars 2008 : 0h20 | la cata n’a pas eu lieu “Nouvelle gauche” (à la louche) fait 10% (alors que nous étions plutôt du coté de 3%).
      Donc, il ne faut jamais perdre espoir en l’humain…

      7 mars 2008 | X, Y, Z…
      J’aime cette histoire que rapporte Danièle Sallenave à propos de Sartre et les femmes et qu’a racontée Simone de Beauvoir :
      « SDB : À quel âge, Sartre, avez-vous eu votre première expérience sexuelle ?
      Sartre : J’étais jeune, en terminale.
      SDB : Avec qui ?
      Sartre : Je ne sais plus très bien. Une amie de ma tante je crois.
      SDB : Quel âge avait-elle ?
      Sartre : 30, 35 ans.
      SDB : C’était bien?
      Sartre : Oui.
      SDB : Cette femme a voulu recommencer avec vous ?
      Sartre : Non.
      SDB : Donc ce n’était pas si bien que ça. »
      C’était le 7 mars 2008, (veille de la journée de la Femme, je vous le rappelle) dans la grande salle du Conseil Régional, à Bordeaux. Plus de 200 personnes. Que des femmes, presque. Nous, les mecs, une minorité de chez mini, on serrait les genoux. Je crois qu’ils le savent depuis le début les hommes qu’ils ne pèsent pas lourds en face des femmes. Et ça se confirme. Rien ne nous aura été épargné à nous cette génération qu’ils appellent celle des « papy boomers ». En gros, nés entre 45 et 50, à la louche. Juste le temps de la libération sexuelle avec la pilule et paf, rideau, fermez vos braguettes les gars, la récré est finie.
      Elles ont parlé : Sylvie Chaperon, Nicky Le Feuvre, Fabienne Brugère, Françoise Cartron et la brillantissime, magnifique, enjouée, charmeuse Danièle Sallenave (bref, vous l’avez compris la Danièle, je la kiffe grave céans). Nous (Jean-Luc et moi, à côté, sur la tribune, on était là comme potiches — pour une fois que des m