BLOG DE DEB
           
          Journal politique & littéraire 2008
          Vidéo | Photos | Arts | Critiques
           
          Le blog de Dominique-Emmanuel Blanchard
           
          Accueil site_| Blog 2007_ M'écrire

        Blog quotidien sur Sud Ouest
         
         
        20 décembre 2008 | Clair de lune
        Derrière moi il y a ce piano. Je crois que plus personne n'en soulève le couvercle.
        Les doigts qui couraient sur les touches ne sont plus.
        C'est désormais un piano muet. La seconde voix de l'absente s'est tue, elle aussi.
        Les partitions ont été soigneusement empilées sur le piano.
        La première est ouverte à la page 29.
        Clair de lune.
        Debussy.
        Andante très expressif est-il indiqué.


        Découvrez Philippe Entremont!
         

         

         
        18 octobre 2008 | Plainte pour abus de confiance
        Magnifique : l’époque tient toutes ses promesses. Jusqu’au capitalisme qui a attendu l’élection de Nicolas Sarkozy pour être de la fête. S’il n’y avait pas quelques millions de gens qui ont pâti, qui pâtissent et qui pâtiront encore de ces pratiques-là il y aurait de quoi y aller d’un immense éclat de rire.
        Sarko-parade à tous les étages. Le même qui, il n’y a pas si longtemps donnait la modernité financière de l’Amérique buschienne pour modèle se retrouve à jouer les pompiers pour éteindre un incendie qu’il applaudissait quand ça avait les apparences d’un feu d’artifice de 14 juillet. Le même s’indigne que les RG espionnent. Le même n’en finit plus de porter plainte, faisant virer le patron de presse d’ici, faisant mettre en garde-à-vue le journaliste de là,etc.
        Tout cela est admirable : que ne découvre-t-on pas sous l’ère sarkozy ? que la guerre fait des morts, que le capitalisme est indécent, que les RG ont des renseignements.
        Sarko-Mickey va maintenant nous faire croire qu’il croyait que le monde c’était Disney world !
        Mais ce que l’on découvre, et là, c’est nettement plus étonnant, c’est que les milliards d’euros pour sauver les banques peuvent se trouver.
        La grande révélation, elle est là, patente, sous nos yeux : l’argent pour sauver les riches de la faillite, oui, on peut le trouver.
        L’argent pour sauver les humains de la misère, eh bien non, ce n’est pas possible.
        Et si on portait plainte contre Nicolas Sarkozy pour abus de confiance ?
         
         
        2 mai 2008 | The end pour le clébard
        Drôle de journée. Une de ces journées où le temps vous demande de régler quelques factures. Ça s’appelle le temps qui passe, le temps qui a passé et qui doit être désormais archivé dans un coin du cimetière qu’on se trimballe tous, ce cimetière intérieur qui se peuple pute borgne qui se peuple, mine de rien, en loucedé.
        Cette fois, c’est le vieux qui s’est tiré. Pouvait plus se lever, se chiait dessus, puait tant que c’en était une horreur. Lui qui arrachait avec les dents les fils barbelés de ce petit portail qu’il empruntait pour aller se faire un cul bien disposé à le recevoir dans le voisinage. Et même que les voisins venaient gueuler : nous fait peur votre colosse.
        Pas si colosse que ça, et gentil comme tout. Mais je cavalais pour le ramener au bercail. Mais, quand même, une fois, à cause de ce con je me suis retrouvé aux urgences, la jambe en charpie. Faut jamais s’occuper des bagarres des autres. Moi, je m’en suis mêlé et l’autre, pas mon pote, l’autre un Allemand qui n’a jamais été berger me l’a planté dans la viande sa mâchoire de tueur.
        S’appelait Bouba le vieux clébard
        Allez, j’arrête, je commence à chialer…

        1er mai 2008 | Quant à Kant
        Roger-Pol Droit est un formidable exégète de la philosophie.
        Kant, quant à lui, l’inspire particulièrement :
        « La loi morale, selon lui, est connue intuitivement et immédiatement de tous les êtres humains. La moralité d’une action n’est donc en aucune manière une affaire de science ou d’éducation. Il existe toujours, pour quiconque, un critère simple, immédiat et direct de cette moralité : puis-je transformer la maxime de mon action en loi universelle ? Pour que mon action soit morale, je dois pouvoir transformer la règle à partir de laquelle j’agis en une loi valable pour tous. Il y a moralité dès lors que ce que je fais contient une loi que je peux rationnellement proposer à tous comme universelle. Aucune exception. »

        30 avril 2008 | Macadam
        Drôle d’impression. Étrange étrangeté, dirait Freud.
        On dirait que mes problèmes d’identité ne s’arrangent pas. Plus ça va moins je sais ce que c’est que ce moi qui m’accompagne depuis si longtemps. Et en voici la preuve : fouillant sur mon ordinateur j’arrive sur un dossier textes perso. Je tombe sur Macadam.
        Macadam date, si j’en suis bien l’auteur, d’une époque où j’écrivais n’importe quoi pour n’importe qui à condition d’être payé. J’ai de la sorte enchaîné scénario sur scénario pour des sommes dérisoires entre cigarettes et whyskies. Je finissais mes nuits bourré et le cerveau rincé.
        Beaucoup de ces scénaris ont disparu. Je me souviens vaguement des histoires, mais quand je dis que c’est vague dans mon souvenir, c’est très très vague. Je me souviens quand même qu’un de ces scénaris était destiné à Élie et Dieudonné. J’ai dû faire une douzaine de versions. Donc, tombant sur un de ces textes, Macadam, me voici incapable de savoir si c’est moi qui l’ai écrit ou pas. C’est que, dans ce genre de travail pour le cinéma à visée strictement commerciale on te donne les noms des personnages, une idée générale du truc et tu fournis au fur et à mesure ce que tu écris, et un gros con, inculte, super content de lui te dit que oui, c’est pas mal, mais qu’il faut laisser le public pour : une vache à lait.
        Parfois, dans ce texte, Macadam, tantôt, je reconnais un peu une de mes manières d’écrire tantôt rien du tout. Je me fais l’effet d’un amnésique qui serait sur le point de retrouver un souvenir en se demandant s’il se souvient réellement ou s’il n’est pas en train d’inventer un souvenir qu’on lui a raconté.
        Je me demande ce qui m’empêche de le deleter ce truc…

        29 avril 2008 | Flash : Beyrouth 83
        Souvenez-vous : le Liban, l’ambassade américaine qui saute, 200 kg de TNT, signé Jihad islamique.
        J’y étais au Liban. Deux jours après. 1983.
        Je me souviens.
        Arrivée à Beyrouth par avion. Dès l’atterrissage tout s’éteint. Je ne pleure plus. Ce n’est plus Bologne. J’ai renoncé à Julia. Je la laisse à son mari, à ses enfants. Je ne pleure plus. Beyrouth ça n’a rien à voir avec Bologne. Tout s’éteint. L’aéroport est plongé dans le noir. Une Plymouth est là, qui m’attend. Une vieille Plymouth noire, toute cabossée. J’ai un chauffeur. Et qui parle français. C’était très français encore, le Liban, en ce temps-là. 1983, de mémoire. Faudrait que je consulte le journal, mon carnet de bord. 83. Je viens de quitter Marianne. Et j’arrive dans un pays en guerre.
        Défense de photographier.
        Quand même je braque le grand Christ sur la colline. J’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé quoi que ce soit sur ce grand Christ au-dessus d’une guerre civile à Beyrouth. Qu’est-ce que je fous là ? Je bosse. Business, travail, work. Et me voilà dans la Plymouth, noire, cabossée. Tous les cent mètres, un arrêt. Il y a des montagnes de sacs de sable partout. Et derrière ces murs de sacs de sable, des militaires. Des types en uniforme qui ont le droit d’être armés et de te foutre le bout du canon de leur mitraillette sous le nez. Comme en Italie, tiens, pareil, ce flic qui me braquait au volant de ma Fiat. Plymouth-Fiat et un type qui te fout le canon de son arme entre les yeux. Et même pas peur.
        Maintenant, oui, quand j’y pense je me dis que j’aurais dû avoir peur. Mais j’en avais rien à foutre. La peur, je n’y ai jamais cru. En Algérie non plus je n’avais pas peur. Balade dans la Casbah, seul, et pas peur. Même pas peur. Idiot tu vois. La buse le DEB. Jamais peur. Jamais peur de ce genre de trucs. Pas de ça, d’autre chose oui, mais pas de ça. Le canon entre les yeux et pas peur, je le jure.

        28 avril 2008 | De ch’val !
        En vrai sagittaire que je suis je devrais être en empathie avec les chevaux, non ?
        Mais voilà que la partie cheval de mon signe zodiacal ne s’entend pas du tout avec les canassons. Ou alors les chevaux que j’ai connus étaient tous des bourrins.
        Tenez, celui de la photo, un Camarguais de promenade pourtant, eh bien tout ce qu’il pouvait inventer pour m’emmerder il le faisait. S’il y avait une branche basse il s’arrangeait pour passer dessous histoire que je me la prenne en pleine tronche. Une haie ? Il s’y frottait. Une jument en rut il lui filait des coups de tête. Du coup tout le monde, du groupe, et l’amazone volcanique qui m’accompagnait n’avait d’yeux que pour moi. Mais ça c’est une autre histoire, intime, que pour faire plaisir à Angoustrine, mon âne préféré, je raconterai peut-être un jour ici. Pour en revenir aux chevaux il faudra que je fasse tirer en vidéo cette bande super 8 où tout un groupe de chevaux me charge alors que je les filme, toutes dents dehors en un sorte de rictus moqueur et carnassier.
        Bon, j’avais de l’allure à cheval pourtant, non ?

        27 avril 2008 | Ce petit bureau d’où je vous écris parfois
        C’est donc de là, assis à ce petit bureau, devant cette fenêtre comme à l’avant d’un bateau en perpétuelle rade, que je vous
        écris parfois.
        Ce matin, le matin même de cette photo - dans cette étrangeté de voir sur l’écran ce que j’ai, pour de vrai, sous les yeux - ce matin est très clair et presque silencieux. Des oiseaux, et à côté quelqu’un, un enfant peut-être s’exerce à un instrument de musique. Peut-être de l’accordéon. Juste quelques notes et c’est de nouveau ce faux silence : une voiture qui passe, un éclat de voix au loin.
        Moi qui ai toujours connu cet endroit dans la petite grisaille un rien nostalgique des automnes et des hivers, me voici, en somme, dans une histoire baignée d’une lumière qui la métamorphose.
        Voilà que j’ai été interrompu par le vieil homme. Il porte une robe de chambre légère, l’infirmière, d’autorité lui a passé un pantalon. Il veut faire une balade. Le petit jardin devant la maison, le portail, la route, et le voilà qui continue. Nous passons devant le 34, la maison voisine, qui lui appartenait à cet homme qui trottine à côté de moi. Je lui prends la main lorsque la route s’accidente. J’entends alors ce que je distinguais mal et que je prenais pour un accordéon. C’est une clarinette, et l’enfant n’est pas un enfant. Celui qui joue, j’ai le temps de l’apercevoir dans la véranda. C’est un jeune homme qui n’apparait, dans une vision plutôt romantique.
        Nous voici au carrefour. A droite, au bout, à quelques dizaines de mètres, la plage où je ne pousse même plus mes pas depuis bien longtemps. La mer est haute (enfin, la mer : le bassin !, n’exagérons pas).
        D’avoir vécu jadis dans ce que l’on appelait une station balnéaire me rend l’endroit familier. Les maisons, ici, comme là-bas, dans cette enfance dont je parle, les maisons, ces résidences secondaires, ont le même air mélancolique, quelque chose de l’abandon pas complètement consenti. Ces maisons, la plupart du temps, sont inoccupées, ça se sent, ça se voit, je ne sais pas à quoi mais ça se voit, ça se sent. C’est comme une éternité d’emprunt, une parenthèse ouverte qui ne se ferme jamais vraiment.
        Nous traversons le carrefour pour aller saluer la voisine. Elle ne sait pas très bien où en est le vieil homme. Elle dit qu’elle a appris la maladie de Christiane. Elle y va sur la pointe des pieds. Le vieil homme lui dit ce qu’il m’a dit la veille : qu’il est merveilleusement entouré (ne sommes-nous pas deux, trois, voire trois personnes à nous relayer près de lui ?) mais qu’il est seul, que depuis que sa femme est décédée il a tout perdu. Il dit cette évidence-là. Je le presse de rentrer. C’est qu’il y a un petit vent coulis qui m’inquiète. Je ne veux pas qu’il prenne mal.
        Au retour sa foulée est plus ample. La route, en effet, descend un peu.
        La clarinette s’est tue.
        Je retrouve l’ordinateur, cette place que montre la photo.
        Le fils (de Christiane et du vieil homme) et la fille (de Christiane) vont arriver. Encore une heure et je reprendrai la route de Bordeaux.

        26 avril 2008 | Retour de flamme
        J’étais presque décidé à ne plus le revoir, lui, le vieil homme, le vieil ami. L’amitié n’a pas les accommodements de l’amour.
        Je n’avais plus envie de revenir à Claouey, dans la petite maison de bois, je n’avais plus envie qu’il fût question de lui, cet homme que j’avais accompagné sur le chemin du retour à la vie : j’avais fait mon travail. Il n’avait plus besoin de moi. Je pouvais me retirer. Je ne voulais pas sombrer dans l’utilitaire, je ne voulais pas devenir la commodité d’un week-end sur deux.
        Quand même, je suis venu. Je me disais que c’était peut-être la dernière fois. Et je n’en éprouvais aucune nostalgie. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, c’est bien connu.
        En cette fin d’avril 2008, c’est plein soleil sur le bassin d’Arcachon. Alors les routes se peuplent de voitures. J’aperçois une Rolls et un coupé Mercedes décapotable décapoté. Je croyais que ça n’existait plus. Cheveux au vent. Comme une séquence d’un roman de Sagan. Il y a dans l’air comme une invite à la débauche. C’est en aôut qu’on baise le plus : les naissances de mai en témoignent. Je ne sais pas si j’aime ça, cette chaleur, ce sentiment d’inanité, cette excitation testiculaire sans objet, bêtement animale.
        Je suis surtout venu en automne, en hiver, par ici, chez le vieil homme, du temps de son épouse. L’été c’était la famille. Alors, je ne venais pas.
        Je n’ai jamais aimé la plage et tout ça autour. Du temps perdu, de l’inconfort, et puis maintenant il y a l’outrage du temps sur les corps et le mien en particulier. Les corps nus, exhibés, relâchés suscitent chez moi un petit dégoût dont je ne suis pas fier, mais qui est là, bien réel.
        Je redoutais quelque peu ces retrouvailles avec le vieil homme. Je trouvais qu’il y avait beaucoup de ruptures sur le terrain de l’amitié, plus ou moins fondée, plus ou moins vraie, mais quand même, pour moi, présente- depuis ces dernières années : BHL, qui ne fait plus partie de mon réseau d’affection, Didier P., qui, devenu big boss à *** qui n’est plus là non plus.
        De la distance s’est faite dont je ne souffre pas que par intermittences (les fameuses intermittences du coeur deProust !) : je constate c’est tout. Dégradation inéluctable. Juste l’ombre d’un certain ennui, dirait George Steiner.
         
        Et puis, dans l’instant d’après tout cela n’est plus vrai. Je me dis qu’il y en a de nouvelles, d’amitiés. Je pourrais les dire, mais je ne veux gêner personne. Mon amitié n’est peut-être pas ce qui leur arriver de mieux après tout. On verra, à l’usage. On verra.
        Dans l’instant d’après, pour en revenir à lui, il me dit qu’il s’est rapproché de ce projet de livre qui lui était un peu étranger au départ. Il me dit que peu à peu, jour après jour, eh bien cela devient important. Il me dit qu’il est encore là, qu’il veut participer à cette publication de ses textes éparpillés.
        Nous parlons de ce texte “Violence et liberté” qui nous a divisés et que je voyais en texte inaugural. Ce côté brut de décoffrage qui me plaît tant, lui, lui déplaît. Il me dit que c’est une transcription d’une conférence, qu’il avait oubliée et qu’il ne veut pas commencer comme ça.
        En somme je suis l’arroseur arrosé : ce livre que je voulais pour remettre le pied à l’étrier de mon vieil ami, voilà que ça fonctionne mais plus vite que je l’avais prévu. Me voilà, en somme, pris à mon propre piège. Et je me laisse prendre de bonne grâce.
        Nous finirons de déjeuner sur ce pacte resigné : nous continuons ensemble.
        Nous continuons, toi et moi.
        Je reviendrai.
        Je lui dit aussi que nous ferons ce film commencé il y a tellement longtemps, ce film à l’escale qui, pour aboutir, demande un gros financement. Je lui dit que nous nous en occupons, que nous avons le partenaires pour la coproducion, que nous avons la chaîne de télévision pour tout déclencher… Je lui dis que je vois le film comme cela : avec cette jeune femme de 27 ans, si brune, si jolie et qui vient le voir plusieurs fois par semaine. Elle s’appelle Stéphanie. Elle pourrait être ce fil rouge que je ne peux plus être.
        Le film serait cette jeune femme en face du vieil homme. Ce serait ça le film : pourquoi cette jeune femme s’intéresse-t-elle à la pensée de ce vieil homme ?
        Et plus tard, alors que je suis à cet ordinateur, écrivant ce texte même, j’entends qu’il pleure, à côté, le vieil homme. Il pleure comme on pleure quand on ne peut plus retenir ses larmes.
        Alors, je suis en face de lui, je prends ces mains tavelées, presque parcheminées, avec ces larges plaques de sang séché, là, sous la peau, de sorte que c’est comme une seconde peau, mais noirâtre.
        Je le touche à pleines paumes mon vieil ami, et je ne dis rien. Nous sommes face à face et ses sanglots au milieu. Je sais que je ne peux rien, je sais que les mots ne servent à rien, je sais qu’il pense à cette compagne qui n’est plus là, qui ne sera jamais plus là. Il dit qu’il est seul, et que c’est injuste alors qu’il est entouré, alors que, toujours, jour et nuit quelqu’un est là. Mais pas elle. Pas cette compagne de quelque 47 ans. C’est à elle qu’il voudrait parler, c’est avec elle qu’il voudrait partager ces maigres espérances que nous suscitons et entretenons en lui.
        Au dîner, il y aura du thon mayonnaise, et du lapin chasseur en plat préparé. Et un Médoc 2000 qui, comme d’habitude ne sera pas fameux. Et de la macédoine de fruits, au déssert.
        J’ai fait les couses au Petit Piquey. Parmi des estivans en short, des cons encore plus cons que d’habitude. D’être en vacances, au bord de la mer semble les gonfler de suffisance. Ils se sentent libres, sans doute. Et pour eux, la liberté, c’est l’arrogance : les cons.

        25 avril 2008 | Marre de tout
        Je suis certain que vous connaissez ça : ces périodes dégueulasses où vous avez l’impression que tout vous foire entre les doigts.
        Tout se ligue contre vous ; et vous avez envie de tout envoyer balader et de vous retirer dans un coin peinard avec personne pour vous emmerder. Quelqu’un, jadis, appelait ça ma période « jonquilles », allez savoir pourquoi ? Ça fleurit à quelle époque de l’année les jonquilles ? Plusieurs fois, non ?
        Je connais ça depuis quelques jours : le ras le bol ! Marre du vieil homme qui me gonfle un max avec ses coquetteries ; marre de DailyMotion qui déconne dans ses codes ; marre de la télé où il n’y a que des conneries ; marre des mômes qui se prennent pour des petits dieux ; marre des anonymes qui me donnent des leçons sur les blogs ; marre de la banque qui me décide que mon compte doit repasser créditeur au bout de 15 jours alors qu’il n’y a pas si longtemps encore c’était tous les 30 jours ; marre de moi qui rate mes rendez-vous ; marre de moi qui en ai marre de moi ; marre de mon clébard qui pue, qui chie partout, qui est aveugle et qui ne se décide pas à crever ; marre de moi qui vais regretter demain d’avoir écrit ce post à la con.

        24 avril 2008 | Tous en Patagonie
        Je ne sais pas, vous, mais moi, je la trouve un peu tristounette cette période que nous vivons depuis quelques semaines.
        Est-ce que Sarkozy ne me manquerait pas des fois ?
        Au moins quand il occupait tous les médias on avait l’impression qu’il faisait quelque chose, mais là, comme on ne le voit presque plus, comme on le l’entend presque plus, j’éprouve comme un sentiment d’abandon. Comme si, de ce pays, tout le monde s’en foutait. Comme s’il n’était plus dirigé. Navire sans capitaine, livré à des seconds qui auraient tendance à s’en tamponner le coquillard.
        Sauf les financiers.
        Dorment jamais ceux-là, nous pourrissent la vie tranquillement ceux-là. La preuve, même à Sarko ils lui gâchent le plaisir.
        Jamais après un an de pouvoir un homme politique n’a été aussi impopulaire. Quels ingrats nous faisons ! Lui qui nous disait je vous aime | je ne veux laisser personne sur le bas côté de la route | d’ici cinq ans 0% de chômage (ce qui traduit en langue sarkozienne veut pire : pas plus de 5%).
        Bref, je ne voudrais pas être à la place de toutes celles et tous ceux qui ont voté Sarko il n’y a même pas un an…
        Tout ce bla bla que l’envie de pouvoir inspire. Ce magnifique écran de projection phantasmatique populaire qu’est une élection. Sentiment de communion, d’œuvrer pour l’avenir des peuples, et tout aussitôt cette petite mort comme après une baisade qui a foiré. (Baisade : le mot est de Flaubert.) Ah, je suis triste, je suis triste comme un enfant | il n’y a que la patagonie — sans Florent Pagny — qui convienne à mon immense mélancolie. (En italique : Blaise Cendrars.)
        Je plaisante.
        Sarko, j’en attendais le pire, alors, au moins, je ne suis pas déçu.

        18 avril 2008 | Le vieil homme et l’amer
        Le vieil homme m’agace. Sa santé est désormais bonne et il devient pénible. Rien ne sera possible je crois. Il y a chez lui de l’ordre de la déconstruction. Une décision est prise qu’il remet en cause quelques jours plus tard.
        Il m’agace.
        Les mythes ne me conviennent pas, je crois. D’abord parce que je n’y crois pas, aux mythes. Je crois encore moins aux mythes qui disent qu’ils ne sont pas de mythes. C’est de la posture ça.
        Il y a de la posture partout.
        Posture d’écrivain, posture de philosophe. “Miroir mon beau miroir.” Je suis un miroir commode jusqu’au jour où ça m’agace de renvoyer les images qu’on me demande de renvoyer. Je suis un miroir affectif qui ne réfléchit pas avant de renvoyer une image. J’essaie de soigner les âmes et les corps. Mais je ne suis pas dupe. Je sais très bien jouer les dupes, mais je ne suis pas dupe, jamais.
        Le vieil homme tient à son image. Beaucoup plus qu’il ne le dit. Il a ses coquetteries. Voilà qu’il ramène Sartre sur le tapis alors que justement il ne devait plus en être question. Il avait fait le tour de la question, disait-il. Quatre livres sur le sujet, pour moi cela suffisait. Je pensais qu’il pouvait penser sans filet. Sans notes de bas de page. Sans s’autociter. Du texte neuf. Du texte de conférence par exemple. Du texte inédit. Du texte qui a été dit devant des gens. Voilà ce que je voulais publier : du texte d’un jeune philosophe de 86 ans.
        Basta !
        Moi je voulais traiter de la violence. De la violence et de la liberté. M’en fout de répéter que pour Sartre “l’histoire et l’éthique se confondent “. On peut lire tout ça dans Les Temps modernes. C’est très bien Les temps modernes. Mais je ne veux pas republier des articles des Temps modernes, moi ! Plus tard peut-être, mais pas maintenant. Ce qui m’intéresse c’est la prise de risques, l’inconnu, les zones à défricher. Je ne suis pas un recycleur, ou le moins possible. C’est une position difficile à tenir.
        J’essaierai de tenir.

        17 avril 2008 | Coup d’boule
        Je vais, si vous le voulez bien, et parce qu’il faut que j’honore cet engagement que j’ai pris d’écrire ici chaque jour, je vais faire dans l’évitement. Surtout parce que le cœur n’y est pas, et à plus forte parce que j’ai envie de pousser un monumental coup de gueule. Mais il y a des devoirs de réserve, des limites au “presque tout dire”.
        Mon problème c’est que je suis un peu buldozer sur les bords, pas fin du tout, plutôt butor et que quand une décision est prise je m’y tiens. En un mot, je crois qu’il n’y a pas moins pinailleur que moi. Or ça pullule les pinailleurs, les hésitants, les embusqués du fond bien englués dans leur torpeur qui se réveillent juste pour t’emmerder, pour démolir ce que tu as commencé à construire.
        Un demi-siècle que je me les coltine ces résistants de la dernière heure, ces “armons-nous et partez !” ces coucous emblématiques qui se démerdent toujours pour récolter ce que tu as semé. Et voulez-vous que je vous dise : il y a des gens vachement bien qui sont comme ça ; des intellos, des politiques, arrrrrrrrhhhhhhhhhh, même des gens que t’aimes bien.
        Cherchez, je suis sûr que vous en connaissez des gens comme ça.
        N’est-ce pas ?
        À part ça, vous ça va ?

        16 avril 2008 | Marienbad
        J’étais à Marienbad aujourd’hui. Avec l’homme en noir. Dans ce château que je n’avais pas revu depuis près de cinquante ans. Je pensais avoir retrouvé le raidillon qui va de Guermantes à Méséglise. Je pensais comme Anatole France voir ce petit garçon qui traversait le jardin du Luxembourg. Mais j’étais à Marienbad. J’avais dans la tête le texte de Robbe-Grillet, lancinant, obsessionnel. J’ai dit à l’homme en noir que je ferai dans ce château, si près de Bordeaux un remake de L’année dernière à Marienbad.
        L’homme en noir m’a offert aujourd’hui un sacré voyage…
        De retour, je suis parti à la recherche de Marienbad, de Delphine…

        15 avril 2008 | L’art de se faire des amis
        J’aurais bien écrit quelque chose sur le Tibet.
        Mais défendre la théocratie me gêne aux entournures. Déjà que la mascarade du Vatican me fout des boutons ! Je n’y peux rien : je trouve complètement ridicule ce pape en jupe, couvert de fanfreluches comme une vieille pute à moitié folle. (Encore que la vieille pute à moitié folle qui plus est, je la kifferais grave.)
        Obsolète le machin. La baudruche enfarinée. L’hypocrite despote, le degré zéro de la vie.
        À pisser de rire.
        Anti papiste je suis. Anti curé, anti bonze, anti flics, anti militariste, anti tout ce qui se met au-dessus de la mêlée et veut administrer des leçons au monde, faire marcher le monde au pas. Une deux, une deux ! Sauf quand ça vient de moi. Mais moi je ne veux faire marcher personne au pas.
        Anti JO, aussi, j’oubliais. Cette immense usine à tester la chimie que sont les athlètes devrait quelque peu modérer dans leur emportement le chœur des vierges dans leur célébration aux dieux de l’Olympe.
        Rien à faire, je n’ai même pas d’humour sur ce coup-là.
        Tiens, pourquoi il ne défile pas le pape à la cérémonie d’ouverture ?
        Mais qu’on ne s’y trompe pas : si c’est pour défendre la liberté alors je défends le Tibet.

        14 avril 2008 | “Théorème” selon DEB
        Après le maire, le curé.
        La semaine prochaine : le sacristain.
        Je vais tous me les faire.
        Je fais équipe avec ma bonne vieille PD 170. C’est l’amour fou nous deux. Puis il y aura le cimetière, la boulangère et, si je tiens la forme, le gendarme municipal et les postières. Vont toutes et tous y passer. Je suis le Pasolini de Latresne. Théorème selon DEB.
        Yes.
        Aujourd’hui, c’était le curé. 96 ans. J’eusse préféré un jeune et glabre séminariste mais je suis bien obligé de faire avec ce que j’ai sous la main.
        Né en 1912 mon curé dont je ne sais du reste toujours pas le nom. On dit le curé, son état-civil on s’en fout. Cherchez bien : comment s’appelait-il votre curé, celui qui… (Quoi ? Mais je n’ai rien dit — J’ai été tenté par les ordres vous savez, et voyez mes prénoms : Dominique-Emmanuel, qui dit mieux ?)
        Je constitue la mémoire audiovisuelle de mon patelin.
        Il s’inquiète le vieux vieux curé d’oublier quelques noms. S’il savait que je me mélange dans les prénoms de mes petites-filles ! Se souvient de Monseigneur Feltin (ben moi aussi je m’en souviens de l’Archêque de Bordeaux !). Et de cet autre prélat : Monseigneur Donnay : il avait été enterré vivant. Donné pour mort (Donnay pour mort — vous avez noté ?) et là, paf, dans le cercueil là il se réveille.
        Pour étayer mon propos je viens d’aller faire un saut chez Google : rien sur mon Monseigneur Donnay…
        Pute borgne, mais qui donc m’a raconté cette histoire ?
        Pute borgne : je plains celles et ceux qui dans 40 ans viendront dans les transes de l’admiration recueillir mes souvenirs. Viendront pour rien : comme je sais que j’aurai tout oublié je me hâte de les semer au vent du web…
        Je finis comment ici d’habitude ?
        Ah oui !
        Et vous ça va ?
        PS : C’est le cardinal Donnet… (et non Donnay, troublé que j’étais par Maurice…)

        12 avril 2008 | On ira tous au Paradis
        Temps suspendu.
        Retour chez le vieil homme. Il est comme un phénix ce drôle de bonhomme.
        86 ans et il tient toujours la barre. Il me dit qu’il n’y en a plus beaucoup devant lui (sous-entendu : plus vieux que lui). Je cite Jean Lacouture. Il est de 21, Lacouture. Comme ma mère, mais ma mère est morte depuis dix ans. Je l’ai aperçu à L’Escale du livre Jean Lacouture. À part celui-là, non, je n’en vois pas beaucoup pour ouvrir la route devant Francis.
        Je me souviens d’une époque où je “gardais” la nuit une Madame Schneider gavée de Laxilix (ça fait pisser et j’étais précisément là pour l’aider à se rendre aux toilettes, environ toutes les heures 1/2) je l’appelais Madame Schnèdre ; elle aimait cela, que je l’appelasse ainsi. Comme le duc de Castries, voyez-vous, qu’il faut dire Castres, ou de Broglie qu’il faut prononcer de Breuil. Enfin, si mes souvenirs sont bons : une éternité que l’on n’en parle plus de ces gens-là !
        Cette Madame Schnèdre, donc, ne fréquentait pas ses voisines alors qu’elle habitait une résidence spéciale personnes âgées vers la fin de la rue de L’Abbé de L’Épée (inventeur langage de signes méthodique utilisable par les personnes atteintes de surdité), à Bordeaux. Pourquoi ne fréquentait-elle pas ses voisines Madame Schnèdre ? “Que des vieilles”, répliquait-elle d’un ton un peu pincé. Mais Madame Untelle ? insistais-je (comme je sais si bien le faire pour me rendre agaçant) “Madame Untelle ? cette vieille !”
        Il n’y avait guère plus d’un an ou deux entre Madame Schnèdre et Madame Untelle…
        J’aime les jeunes de 15 à 20 ans, et les vieux. Entre les deux c’est moins évident.
        Entre les deux, il y a moi, et c’est peut-être ce qui me déplaît.

        11 avril 2008 | Next
        Je viens de regarder, dix minutes, un truc, sur une chaîne qui s’appelle Vigin17.
        17, peut-être pour le QI.
        L’émission s’appelle “Next”. Next ça veut dire prochain.
        Il y a un bus en pleine campagne, et dans le bus, cinq pétasses, genre boudin, assez pute quand même. Mais c’est même pas des vraies putes. C’est des putes de putes si vous voyez ce que je veux dire. Très vulgaires ces filles-là, avec des seins qui dégoulinent partout et la connerie qui ruisselle. Je suis sûr que ça n’existe pas des filles comme ça. Je crois que ce sont des actrices. Et elles jouent merveilleusement. Elles ont dans les 20-22 ans mais elles doivent avoir davantage.
        A l’extérieur il y a un mec.
        Il est bien lui, la preuve il a réfuté les cinq pétasses.
        Partez pas ; y a la version gay.
        Cinq mecs dans le bus, encore, et un mec dehors. La cage aux folles revue façon open. Ils sont mignons à croquer.
        Bref, moi je prends tous les mecs.
        Conclusion, c’est du marché aux esclaves.
        Voulez que je vous dise : ça me fout le gerbe leur truc.

        10 avril 2008 | Tu vois c’que j’veux dire ?
        Alors quoi ? Alors quoi, tu regardes plus la télé, t’écoutes plus la radio, tu lis plus, tu fais quoi alors ? Ben, je me le demande. Je vois les jours défiler à tout berzingue, je cavale comme un dératé entre les vidéos les envois de presse les blogs et ce petit con qui se casse la jambe et tout ça à un moment t’en as marre tu vois tu te dis que quelque chose a changé surtout quand un rappeur que tu as rencontré à Paris avec qui tu as eu un super contact te dit que quand même il va signer son bouquin chez un gros éditeur pour avoir une plus grande lisibilité — et toi tu entends plus de thunes, mais c’est pas grave pas grave on avance avec la bite et le couteau à la main pour couper des tranches de saucisson tu vois.
        Tu vois ce que je veux dire ?

        9 avril 2008 | 10 en 1 le DEB
        Programme (incomplet) du mercredi 9 avril 2008 :
        1) Un entretien vidéo à réaliser avec le maire contre lequel vous vous êtes présenté lors des élections municipales, en début de matinée.
        2) Mettez un fils de 19 ans qui s’est cassé la jambe à Marmande à “garorock” et qu’on opérait en fin de matinée (donc saut de la mairie à la clinique, juste le temps de le voir partir sur son chariot en salle d’opération).
        3) Ajoutez un travail d’éditeur à faire malgré tout (et passionnant aujourd’hui : faire des envois-presse).
        4) Un rendez-vous pas prévu qui se pointe.
        5) Continuez par les appels à la clinique pour savoir si le petit a quitté la salle de réveil. Inquiétude parce qu’il tarde à revenir dans sa chambre.
        6) Voiture pour aller voir ce qu’ils foutent à la clinique. Et paf, vous arrivez pile au moment où on le transporte dans sa chambre.
        7) Retour au bureau pour continuer les envois-presse.
        8) Reprendre la vidéo réalisée le matin pour la monter, mixer, coder, transcoder, etc…
        9) Quelques mots sur les deux blogs pour rassurer ses fan-clubs.
        10) Et voilà.

        7 avril 2008 | Vrac
        Avec tout ça, et je raconterai (aperçu : fils avec jambe dans le plâtre après concert Garorok à Marmande (47) ; mes vidéos à décoder ; mes RDV qui doivent se décaler, bref, c’est le foutoir).
        Avec ce qui se passe à Paris, avec cette connerie de flamme olympique qu’on éteint et qu’on rallume (pute borgne que je voudrais y être au Trocadéro), j’enrage de ne pouvoir me gaver à la télé de ces images de la contestation, de ce bonheur que j’éprouve à voir ces gens en révolte parce qu’ils pensent qu’un peuple a le droit d’exister.
        JO de 36 : souvenez-vous, ces Etats faisant la courbette devant Hitler !
        Symbole de la paix, les jeux qu’ils disent symbole de la Paix et qui devraient s’accommoder qu’une minorité opprimée ! N’en parlent même pas les Chinois au pouvoir des manifestations. Et ce consensus qui se profile : bouder la cérémonie d’ouverture des JO ; mais non : c’est les JO de Pékin tout entier qu’il faut boycotter. Et ça coûtera ce que ça coûtera, mais on s’endormira l’âme en paix, du moins, sur cette histoire-là !
        J’aurai à vous parler de ces écrivains parisiens avec qui j’ai débattu (que j’ai combattus ?) à L’escale du livre de Bordeaux et qui m’auraient traité de frustré si je n’avais pas été éditeur, publié, quelque peu connu etc., en somme de leur bord. Ah les vilains, les sales petits bourgeois avec l’ego dans la braguette…
        Allez, j’arrête.

        5 avril 2008 | Out of order
        Out of order, ça veut dire, hors service.
        Temporairement off order, le DEB, enfin, presque.
        Encore un jour de salon du live.
        Voilà.
        Je vous raconterai : amb55, comment elle est venue spécialement de la plus petite commune de Charente pour me réduire au silence ; comment Isa, de son regard immensément bleu m’a soumis à la torture pour me faire avouer l’inavouable ; comment le maître de l’Olympe, blog him-sel, a tenté de me faire croire que personne ne venait voir mon blog et que c’est lui qui cliquait pour que je garde le moral , comment caféine a râté toutes les photos qu’elle a faites de moi en prétendant que j’y mettais de la mauvaise volonté.
        Tout, je raconterai tout : les pressions que j’ai subies, combien j’ai été acheté pour dire du bien du clan “blog SO”.
        C’est un univers impitoyable.
        Ajoutez le Singe Vert
        et George Lennick…
        Sauf toi, Guillaume qui n’es pas venu, toi Guillaume, le seul poète que je lis.
        Les Atrides vous dis-je…
        Bref, je les embrasse.
        A demain, comment dit notre cher blog…

        4 avril 2008 | Bientôt sur cet écran
        Donc DEB existe, certaines et certains l’ont rencontré ce vendredi 4 avril 2008 aux Escales du livre à Bordeaux. Il partage le vin, le pain et le pâté (de lapin, fait maison en provenance directe du Lot-et-Garonne). Je ne citerai pas de noms mais je suis sûr que c’est déjà pour elles et eux un merveilleux souvenir.
        Plus sérieusement, si je suis quelque peu aux abonnés absents jusqu’à lundi, vous ne perdez rien pour attendre, à venir au prgramme : des vidéos de stars, du rire, des larmes, l’annonce en exclusivité du prochain directeur de la Villa Médicis, le philosophe et poète Jean-Paul Michel en lévitation, Alain Juppé en pleine interrogation métaphysique, Alain Rousset en gentlemean farmer, les coulisses de TV7, Stéphane sur le parking de Quick, oui, tout cela est enregistré et sera bientôt sur cet écran.
        Ne zappez pas.
        Et vous, ça va ?

        3 avril 2008 | La pensée du jour
        “Je suis né malheureux ; je veux mourir heureux.”
        (DEB)
         
        3 avril 2008 | Encres d’absolu
         
        Le salon du livre de Bordeaux, (Les Escales du livre) commence demain vendredi 4 avril. J’aime ça, moi, ces salons. Pour une fois que l’on n’a pas le nez dans le guidon. Pas l’ordi sous les yeux près de dix heures par jour… Non, là y a des gens, de vraies gens comme ils disent… Qui, quelquefois, vous donnent de l’argent contre un livre dont vous n’êtes pas l’auteur certes, mais quand même, que vous avez aidé à venir au monde, et pas qu’un peu.
        On est entre soi aussi, entre « confrères ». Il est con ce mot, je ne l’utilise jamais. Ni confrères, ni professionnels. Ces termes me sembleront toujours incongrus. C’est sérieux et pas sérieux l’édition, c’est en somme un truc qui a une existence forcée. On produit des choses que personne ne nous demande. On ne nous demande pas de publier des livres.
        Les films, eux, c’est autre chose : il y a des rendez-vous. « On va au cinoche », souvent on ne sait pas ce qu’on va voir mais on y va. On va se faire une toile. Les livres ils arrivent en débandade. N’importe quoi les livres ! Des petits, des gros, des jolis, des vilains, des romans, des essais, des bio, des autobio, pute borgne, quel bordel c’est, les livres !
        Et qu’est-ce que c’est bien ce bordel-là, cette liberté-là, cette encre-là, ces ancres du réel et du pas réel.
        Ces ancres d’absolu.

        2 avril 2008 | Piano piano
        Et dire que tout cela est vrai, et que je retrouve, naufragé sur le disque dur de mon ordinateur…
        Petit moment de nostalgie alors que se prépare une drôle de musique : la clique Sarkozy n’en est pas à une fausse note près…
         
        Imagine les années 50-60, que tu n’as probablement pas connues. En ce temps-là, dans ma vie d’enfant il y avait ça : un piano…
        Que je te dise… là, en face du cimetière… dans un garage.
        Non, pas vraiment un garage… c’était plutôt un coin oublié dans l’atelier du sculpteur… celui du cimetière… Alors le piano, à cause de la poudre de marbre…une poudre blanche… on l’avait recouvert d’une bâche.
        Là… tu vois… le cimetière… et, en face, l’atelier du sculpteur.
        Il était un peu fou, le sculpteur. Et ce piano, là… Pas un grand piano, non, un vilain piano peut-être… Avec plein de fausses notes sans doute. Mais moi, tu comprends, je ne savais pas que c’étaient des fausses notes.
        J’attendais qu’il fût parti le sculpteur… dans le cimetière. Un grand cimetière, bien trop grand pour une si petite ville. Si grand que je n’y allais jamais dans ce cimetière… Pas peur des morts, non, peur de me perdre…
        Mais je longeais si souvent le mur, et vois-tu, tout autour de ce cimetière, il y avait des vignes. Et il y avait aussi un château d’eau et je ne sais quoi encore.
        Ce qui m’intéressait, si près du cimetière, moi, c’était le piano… Plein de poussière, malgré la bâche.
        Je venais là tous le jeudis. Parce qu’en ce temps-là, c’était le jeudi qu’on n’allait pas à l’école…
        Et tous les jeudis, je retrouvais le piano… L’après midi.
        Quand l’église sur la place de F. sonnait deux coups… A cette heure-là le sculpteur était dans le cimetière, et moi je soulevais la bâche… et je mettais plein de poudre blanche partout, sur mon sarreau… Tu sais ces affreux tabliers tout rugueux qu’on nous obligeait à porter…
        Alors je commençais à effleurer les touches… Tout doucement d’abord… Au cas où il m’aurait entendu, le sculpteur, là-bas, dans le cimetière…
        C’était toujours la même chose qui me venait aux doigts…Une vieille chanson que tu ne dois pas connaître… une histoire de clair de lune et d’ami Pierrot…
        Bien sûr, petit à petit j’en ai eu assez du clair de lune et tout ça… Mais je ne connaissais rien d’autre… Alors le plus simple, le plus simple n’est-ce pas, était d’inventer… Je me suis mis à me raconter des choses dans ma tête… j’irai pas à l’école demain… le maître est un vilain canard qui fait coin-coin… Toute ma vie passait sous mes doigts… Et quand je m’énervais… parce que, parfois je me mettais vraiment en colère à cause du maître et de l’école que je n’aimais pas du tout, alors, alors je tapais comme un sourd sur le piano… D’un bout à l’autre du clavier… Et la poudre de marbre se soulevait… me piquait les yeux, le nez, j’éternuais…
        Voilà, c’était il y a des années et des années… Je ne sais pas comment elle se termine cette histoire du petit garçon et du vieux piano chez le sculpteur funéraire… Mais je sais qu’elle a duré longtemps cette petite histoire.
        Peut-être que le sculpteur savait que je venais jouer sur son piano… Il est sans doute mort depuis longtemps cet homme… Peut-être qu’on l’a vendu ce piano, peut-être que…
        Non, je ne suis pas devenu musicien… Je vais même te faire un aveu : je ne sais toujours pas le piano, mais, si tu viens chez moi… Tu verras, il y en a un… un piano… avec plein de fausses notes et toute cette poussière, toute cette poussière dedans…
        (PS : non, il n’y a plus de piano chez moi, je l’ai donné.)

        31 mars 2008 | Marion, Robert et Xavier
        Ce matin, n’ai-je pas appris que Robert Redeker avait été limogé de l’éducation nationale ?
        Et par Xavier Darcos him-self qui n’aurait pas apprécié l’article de RR sur Marion Cotillard, (paru dans le Monde) un peu allumée avec sa certitude de la théorie du complot concernant le 11 septembre.
        L’erreur, c’est de lire en diagonale.
        A peine avais-je envoyé un mail et un message téléphonique à Robert que les dernières lignes du blog révélaient qu’il s’agissait d’un canular.
        Pas évident, si près du 1er avril d’aller faire ses courses sur le net.
        Robert ne s’en est pas ému
        “Cher Dominique,
        C’est une farce !
        Mais le 1er avril, c’est demain.
        Je t’embrasse.
        Robert
        ”
        Je voulais ce soir vous faire partager cette “farce”.
        Le blogger l’a fait disparaître...

        29 mars 2008 | “Au clair de la lune”
        “C’est l’histoire d’une résurrection sonore. Un enregistrement d’Au clair de la lune vieux de près de cent cinquante ans, reconstitué par des chercheurs américains du Lauwrence Berkeley National Laboratory. L’enregistrement, le plus ancien connu à ce jour, date de 1860, soit 17 ans avant l’invention du phonographe par Thomas Edison. L’auteur en est un typographe français, Edouard-Léon Scott de Martinville, qui en 1857 a mis au point une technique baptisée «phonautographe». L’appareil pouvait enregistrer les sons, sans les reproduire, en transmettant les vibrations sonores à un stylet qui gravait alors les courbes sonores sur un cylindre enduit de fumée noire. Retrouvée par les soins de l’association américaine First Sounds, qui s’emploie à constituer une bibliothèque sonore des plus vieux enregistrements à travers le monde, le «phonautogramme» d’Au clair de la lune a été décrypté grâce à une technologie de reconstitution des sons à partir d’images numériques.”
        Résultat, [Cliquer pour écouter]
        un enregistrement de dix secondes à écouter ici. Attention, ça grésille…
        (Source : Libération.fr)

        28 mars 2008 | “L'Omelette”
        Je crois que nous commençons à être heureux ensemble mon vieil ami et moi.
        C’est-à-dire que cela devient de plus en plus simple. L’animal reprend un sacré poil de la bête ! Et moi aussi. Près de lui, je ne somatise plus, ou presque plus. Le retour à la vie du vieil homme me fait, moi aussi, aller mieux.
        Il vient de programmer nos repas de la journée. C’est qu’il se méfie de mes qualités culinaires et il a raison. Je suis un homme pressé, et ça ne fait pas un bon cuisinier un homme pressé. Il faut de la patience pour bien cuisiner, il faut avoir un rapport au temps très précis, il faut avoir la mémoire du goût. Je n’ai rien de tout ça en magasin. Mais je prends des cours.
        Toute la semaine je me suis renseigné sur l’omelette. Pour une omelette pour deux, combien d’oeufs? Et faut-il séparer le blanc du jaune ? Faut-il que la poelle soit très chaude ? Un peu d’huile ? Faut-il retourner l’omelette en cours de cuisson ? Comment réussit-on une omelette baveuse ? Un peu de lait ? Des lardons ? On le voit j’ai des préoccupations culturelles qui méritent d’être signalées ! Mais, vous demanderez-vous : était-elle réussie cette omelette ? Qu’en a dit le vieil homme ? Eh bien oui, mangeable, très mangeable, avec des dés de jambon blanc, dit de Paris, dit jambon cuit… Peut-être aurait-il fallu la faire cuire davantage (et je mentionne ici mon rejet lorsque je lis : cuire un oeuf, cuire ceci ou cela. Non : on fait cuire. Quand on cuit, c’est au soleil ou dans un bain de vapeur, non mais !).
        La semaine prochaine, c’est l’escale du livre à Bordeaux, et c’est donc d’une autre cuisine qu’il s’agit, mais la semaine suivante, retour à Claouey, et je me demande quel plat je vais préparer…
        Si vous avez des idées, et les recettes qui vont avec, je suis preneur,et le vieil homme vous en saura gré.
        Et vous, l’appétit, ça va ?

        26 mars 2008 | Traquenards du destin
        Je serais plutôt dans le soft moi ce soir. D’autant que si j’avais à me foutre en boule, l’ami Angoustrine (les sentiers de l’âne) s’en est chargé pour moi. Tout raplapla je suis côté vite aperçu, vite pensé, vite jugé.
        Des fois, la réalité, quand vous l’avez au bout des doigts, palpable, incarnée par quelqu’un qui est là, en face de vous, vous vous dites que c’est sacrément compliqué.
        La vérité ? C’est quoi la vérité ? Est-ce que les faits c’est la vérité ? Les faits, rien que les faits qu’ils disent…
        Il y a de pieux mensonges, de pieux silences que je respecte, moi, et sur lesquels je n’irai pas philosopher à l’emporte-pièce. Les scandales de l’humanitaire en Afrique, par exemple - on vient juste de m’en parler au téléphone… Je me souviens : les « illuminés » de l’Arche de Zoé… (pour m’en tenir aux généralités), tiens, la vraie bonne question, pour moi, à chaque fois, c’est plutôt celle-là : à qui profite le crime ? À qui profite le crime de ces gens de bien qui, pour une raison ou une autre dérapent ? Et c’est quoi ces dérapages ? Qui fait ses choux gras des nobles causes qui, humainement, à un moment donné tombent dans ce que j’appellerai ici, faute d’une autre expression : un traquenard du destin ?

        24 mars 2008 | Métaphore de l’orgasme
        N’y a-t-il pas dans une campagne électorale quelque chose de l’ordre de l’orgasme qui se cherche, qui hésite à aboutir ?
        C’est qu’il s’agit d’un immense champ de projections fantasmatiques que ce jeu qui consiste à promettre qu’il va se passer “quelque chose”. C’est quoi ce quelque chose ? Un orgasme, rien de moins.
        En somme, élection, à une lettre près, c’est érection. Érection du désir. Nous sommes là dans le désir. Désir de soi. Un onanisme collectif, un comble ! Une immense partouze qui ne dit pas son nom, une boîte échangiste où l’on est dûment sélectionné à l’entrée. Les vigiles ont des critères très particuliers, et ils ne se trompent que très rarement. D’abord parce que ceux qui viennent savent qu’ils ne pourront s’exciter que si l’on est entre soi. On ne jouit pas avec n’importe qui. On ne jouit pas encore. Ou par petits frissons, inquiets. Une éjaculation précoce et c’est risquer une petite mort, un moment d’absence, le gaspillage de ses forces.
        La jouissance, on ne sait pas quand elle a lieu. Mais elle a lieu. On sait qu’elle a eu lieu parce que sitôt l’élection faite, confirmée, officielle, quelque chose, ce désir, ce désir qui a été là, des jours et des jours, des nuits et des nuits, ce désir n’est plus là. Gare à celles et ceux qui n’ont pas prévu un amant, une maîtresse, voire un nouveau godemiché pour repartir sur un autre désir, un autre fantasme !
        Les élections, métaphore de l’orgasme ?

        23 mars 2008 | Journal de son corps
        Pourquoi ne ferait-on pas le journal de son corps ?
        Oserai-je écrire “mon corps” ? Tout ce que j’en sais ? Non pas mon corps, celui des médecins, mais celui que je me connais. Je ne sais rien au-delà de lui. Il est ma science, et je crois bien la limite de toute science, lui, ses affaires, ses gênes, ses besoins et leurs ennemis, ses régularités et leurs écarts, ses digestions, ses règles, et les sales détails humides de l’Amor. Pourquoi sales ? Et quoi donc est sale ? Sale !
         
         
        Paul Valéry, Journal d’Emma, nièce de Monsieur Teste (in La Jeune Parque et poèmes en prose, Gallimard).

        22 mars 2008 | Violence et liberté
        Retour à mon camp de base de Claouey. Le vieil homme va de mieux en mieux. Il paraît toujours heureux de me revoir, oserais-je dire : rassuré ? Il a, comme Sartre, cette générosité qui consiste à vous approuver largement. Mon action politique sur Latresne lui plaît, me semble-t-il, beaucoup. Nous notons ces similitudes dans nos parcours, “ce là-bas si j’y suis” qui nous caractérise. L’un comme l’autre nous sommes allés, d’une certaine manière, d’une vie l’autre.
        Pour Francis, en gros, quatre axes :
        1) la philosophie (Sartre, Les temps Modernes, les livres) ;
        2) l’engagement politique (le réseau de soutien au Fln en France, etc.) ;
        3) l’action culturelle dans la Cité (Chalons, la maison de la culture sur une inspiration de Malraux ;
        4) la psychiatrie (séjour chez Jean-Pierre Losson à Lyon, puis création de la SOFOR).
        Ce qui nous différencie, note Francis, c’est qu’à chaque fois, lui, a été invité à aller “ailleurs”. Moi, on ne m’a jamais rien demandé vraiment. Les invitations la plupart du temps consistaient à faire de la figuration. La dernière en date, d’invitation, de Charles Dussort, sur la liste de gauche dans mon patelin, c’était pour faire acte de présence, plus ou moins virtuelle. Pour Francis, c’était à chaque fois un engagement lourd. Cette cohérence de sa vie, et qu’il souligne, c’est cela : on est venu me chercher.
        Comme d’habitude, après le passage de l’infirmier, nous prenons notre petit déjeuner ensemble. Lait et céréales pour lui, café au lait pour moi. C’est juste le moment où se fait un soleil clair qui nous saisit, lui et moi, dans cette petite maison où nous retrouvons désormais deux fois par mois. Nous parlons culpabilité. Je sais comme Francis l’a toujours refusée. Et il sait comme j’y suis englué moi, dans ce machin. On me fait si facilement culpabiliser. Pour un rien, je me sens coupable de tout. Christiane, ça la rendait furieuse.
        Et c’est à propos de Christiane qui a été sa compagne pendant près de 47 ans que Francis dit se sentir coupable. C’est bien la première fois que j’entends ça. Je ne lui demande pas de préciser, mais je crois que c’est ainsi : on se reproche de ne pas avoir assez aimé quelqu’un qui vient de mourir. Je lui cite alors ceci (dont le nom de l’auteur m’échappe), quand il découvre le chagrin que lui cause la perte d’un être qu’il ne lui savait pas si cher : “Si j’avais su que je l’aimais autant je l’aurais aimé davantage.”
        Curieusement, je n’ai pas, moi, ces embarras. Il me semble que je n’ai jamais caché mes sentiments à qui j’aimais, que je les ai même clairement affichés. J’ai même aimé des gens qui ne m’aimaient pas - mais quand même, à un moment, je les ai envoyés, affectivement, se faire foutre. Et quand j’ai tiré l’échelle c’est fini.
        Sur le plan affectif, je crois bien que je ne m’en suis pas trop mal tiré après Vanina. (Un jour je dirai pour Vanina.)
        En terres existentialistes, j’ai toujours été réticent à reconnaître à Sartre, Beauvoir et C°, et même à Francis, de réels sentiments affectifs. Il me semble que cela a toujours été plus ou moins tenu à distance, un peu vécu comme une infirmité ou je ne sais quoi. D’où mon écartèlement entre Sartre et Camus. J’en veux, malgré tout, un peu, je l’avoue, à Francis d’avoir “exécuté” Camus. Mais c’était les règles du jeu. Je veux bien comprendre qu’ils étaient, les uns et les autres pris dans un tourbillon d’idées, de succès, d’argent, n’empêche, j’ai mal à mon Camus.
        Je l’ai dit, je le répète avec la puérilité que je ne cherche même plus à dissimuler depuis bien longtemps maintenant : pour moi, il y avait Sartre pour l’intellect et Camus pour l’affect. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours un peu mélangé les deux dans ma vie, jusqu’à mêler le privé et le professionnel.
        “La liberté c’est l’émergence du sujet“, me dit Francis, alors que dans son long bureau où il règle des problèmes d’ordre adminsitratif je lis, près de lui, dans ce fauteuil où je l’ai si souvent filmé, je lis les feuillets dactylographiés sur papier pelure le texte d’une conférence qu’il a donnée en 1970 au “Studio 70? à Chalon et intitulée “Violence et non-violence“.
        Ce que dit ce texte? En substance, ceci : la violence est l’expression de la liberté…
        Je n’en dirai pas davantage. Il faut bien que j’en garde pour moi, du moins pour l’instant, de ce texte si “politiquement incorrect”.

        20 mars 2008 | Dédé le philosophe
        Comme il en parle bien de mon Dédé, Roger-Pol Droit !
        Qui c’est Dédé ?
        Denis Diderot, Dédé, pas Didi. Cette manie maintenant qu’ils ont de tout angliciser ! Né deux siècles tout rond avant Albert Camus, Diderot donc, dont certains se demandent si c’était un philosophe. À ceux-là, Roger-Pol Droit répond : « Si le nom de philosophe ne doit s’appliquer qu’aux auteurs de traités austères, constructeurs de systèmes et inventeurs de concepts, on ne rangera pas Diderot parmi eux. Au contraire, si l’on admet, comme le fait le siècle des Lumières qu’il convient d’appeler aussi “philosophes” des stylistes, des diffuseurs d’idées, des auteurs multiformes travaillant de mille manières à faire progresser la conscience de leur temps, alors Diderot est au premier rang. »
        (Roger-Pol Droit, présentation de l’édition Diderot, Le Monde de la Philosophie | Flammarion, 2008.)
        Excusez-moi, je file sur le blog de Diderot.
        Et vous, ça va ?

        19 mars 2008 | Là-bas si j’y suis
        Les autres, ceux de tous les jours, ils s’imaginent des choses. Ils croient qu’ils vous connaissent, ils croient que vous êtes toujours le même, la même… Ils ont décidé une fois pour toutes de ce que vous êtes, sans vous demander votre avis.
        Justement, celui que je suis, c’est toujours le même, au fond : celui qui un jour fait ses valises et se barre. Allez, bye, ciao, basta, je me casse…
        Celui-là, celui qui un jour se tire de là, ils savent pourtant qu’il est capable de ça. Mais ils se disent : il est trop vieux maintenant, il tient trop à ses habitudes, à son confort…
        Ils ne savent rien. Ils n’ont du reste jamais voulu savoir. Ils ont juste voulu que je sois là quand ils avaient besoin de moi.
        C’est commode un mec comme moi : c’est comme un os où les jeunes chiens viennent se faire les dents, comme un grand frère qui se laissera bousculer parce qu’il ne veut pas faire de peine, jamais. Juste un peu provoc, mais si prompt à s’excuser s’il sent qu’il a fait de la peine… Un gentil au fond, on peut y aller. Même si on lui dit, même si on lui fait les pires saloperies, il ne vous en voudra pas.
        Alors, ma manière à moi de remettre les compteurs à zéro, d’effacer l’ardoise, de refaire mes neurones à neuf, de solder les pauvres petites rancoeurs qui s’obstinent, ma méthode, ma méthode à moi, à la fin, à la toute fin, je n’en connais pas d’autre, c’est d’aller voir ailleurs si j’y suis.
        Généralement j’y suis. Jusqu’à présent, j’y ai toujours été…
        Mais promis, le jour où je vais aller poser mes malles ailleurs, je vous le dirai…
        On continuera de s’écrire…

        19 mars 2008 | CBS = Carla Bruni Sarkozy
        Je suis très content de cela : CBS news = Carla Bruni Sarkozy news.
        CBS écrit dans le Monde : “Désormais l’affaire du faux SMS est close; mon mari vient de retirer sa plainte contre Le Nouvel Observateur après réception de la lettre d’excuses qu’Airy Routier m’a adressée”, explique Carla Bruni-Sarkozy dans une tribune publiée dans Le Monde daté de jeudi [13 mars 2008] et intitulée Halte à la calomnie!”
        CBS oublie de signaler qu’Airy Routier s’excuse à titre personnel…

        18 mars | En échecs
        Il faut des disjonctions. Entendez par-là qu’il faut faire des breaks.
        Moi, ce sont les échecs.
        Les échecs sont une leçon de philosophie et de psychologies. Règle philosophique n°1 : ne jamais sous-estimer son adversaire. Les débuts de partie peuvent être trompeuses. En effet, le novice et le grand joueur peuvent commencer pareil, tout pareil. La naïveté rejoint la stratégie la plus fine. Au début. Au début du moins.
        Côté psychologie, sur le net, là, on en est débarrassé : on ne voit pas l’autre. On peut ignorer jusqu’à son élo. Contre un partenaire en chair et en os, pour moi, c’est redoutable. Il m’est arrivé de disputer quelques tournois. J’ai vu, un jour, mon compétiteur suer à grosses gouttes, trembler des mains parce qu’il était en mauvaise position. J’ai perdu. Je ne peux pas rendre quelqu’un malheureux. J’ai perdu aussi contre un enfant de 12 ans. Il était peut-être plus fort que moi. Je ne saurai jamais : quelque chose en moi refusait ce « duel ».
        Je ne serai jamais un bon joueur d’échecs.
        Et vous vous disjonctez comment ?

        17 mars 2008 | Alerte
        Dimanche 16 mars 2008, le salon du livre a été évacué vers 17 heures en raison d’une alerte à la bombe. Un peu plus d’une heure après, il ouvrait à nouveau ses portes. Malgré le public venu nombreux, il n’y a pas eu de mouvements de panique. Avant son ouverture le salon, dont l’invité d’honneur est Israël, avait déjà fait parler de lui. Les pays arabes, critiquant ce choix, ont boycotté l’événement en soutien au peuple palestinien. logo Il est 16h45. L’ambiance est conviviale au salon du livre. En ce dimanche après-midi, les visiteurs, souvent en famille, flânent dans les allées. Une voix féminine annonce : « En raison d’un problème technique, tous les visiteurs doivent sortir du salon. » Le message est répété plusieurs fois. Mathilde Rimaud, responsable du stand de l’Arpel s’empresse de débrancher les écrans. Les éditeurs recouvrent les livres en exposition d’un drap. Incrédules, les visiteurs se dirigent tranquillement vers les sorties. Un agent de sécurité près d’une porte insiste : « Allez, allez, on se dépêche de sortir » ! Répondant à un visiteur qui évoque un colis piégé, l’homme ne dément pas.
         
        Une camionnette de déminage attend
        En moins d’une demi-heure, la majorité des visiteurs se retrouve dehors. Les policiers repoussent la foule hors des grilles du Parc des Expositions. Face à des visiteurs récalcitrants, un officier de police lance : « C’est une alerte à la bombe, c’est du sérieux » ! Sur le parking une camionnette de déminage attend. Juste à côté, un groupe d’exposants fait sauter le bouchon d‘une bouteille de champagne, pas vraiment contrariés par les événements. Les policiers s’activent et forcent le public à sortir de l‘enceinte du Parc. La foule, sur le trottoir devant l’entrée n°1, attend dans l’espoir d’une réouverture du Salon. Entourée d’une dizaine de fans, Anna Gavalda, auteur de La Consolante et du célèbre Ensemble c’est tout, continue sa séance de dédicace sur une borne de parking. Quelques journalistes terminent leurs interviews d’écrivains sous la pluie. Après plusieurs coups de fil, les éditeurs aquitains pensent pouvoir bientôt regagner leur stand. Mais ce ne sera possible qu’une heure plus tard, vers 18h45.
         
        Charlotte Lazimi et Estelle Maussion, Aqui

        16 mars 2008 | Ce discours que je n’ai jamais prononcé…
        “Je devrais sans doute m’interroger, d’abord, sur les raisons qui ont pu vous incliner à recevoir, ici, un sujet incertain, dans lequel, chaque attribut est en quelque sorte combattu par son contraire. C’est donc, manifestement, un sujet impur qui est accueilli dans une maison où règnent la science, le savoir, la rigueur et l’invention disciplinée.”
        Si vous le voulez bien, je placerai cette petite causerie sous l’égide de Barthes que j’ai paraphrasé jusqu’ici. C’est la première fois que je fais cela, la première fois que j’écris ce qu’il faut bien appeler un discours. Barthes appelle ça une leçon. Je veux bien appeler ça une leçon, mais c’est à moi qu’elle s’adresse.
        J’ai eu envie de vous faire part d’un sentiment dont on parle assez peu finalement. J’ai envie de vous parler de cette joie que j’éprouve à venir ici deux fois par mois. C’est que j’ai l’impression que ma présence est “hors-pouvoir”. Je vais, je viens, je n’ai pas de comptes à rendre, je peux inventer au fur et à mesure ce que je fais.
        Au-dessus de tout cela, j’ai placé un mot que j’aime beaucoup : bienveillance.
        J’ai placé ce qu’on nomme — parce qu’il faut toujours trouver un terme pour désigner les choses que l’on produit — j’ai placé mes ateliers d’écriture, ici sous le signe de la bienveillance certes, mais aussi sous celui de la recherche de la liberté. J’apprends donc au fur et à mesure que j’enseigne. Mais qu’est-ce que j’enseigne ? La réponse est immédiate: rien. Rien, c’est aussi tout. J’enseigne donc tout et rien. Du reste, je n’enseigne pas. J’anime. Le mot me plaît bien : j’essaie d’animer des mots, de leur donner du corps, de les faire changer de corps quand il me semble que les mots, même et surtout les mots de tous les jours, sont à l’étroit dans leurs habits quotidiens.
        J’ai donc, devant, autour, à côté de moi, deux fois par mois, lors de “regroupements”, des stagiaires, autrement dit, pour moi : des sujets. Vous aurez saisi qu’il n’y a pas là, de ma part, la plus petite provocation puisque c’est comme ça que se désigne Barthes dans sa leçon inaugurale au Collège de France, en 1977. Mais la langue veut que ce mot, sujet, soit le contraire de ce que l’on entend. En voilà justement un mot dont il faut retoucher le costume à chaque instant : le sujet ! Et qui, dans la foulée, conduit tout droit à ce dont il ne cesse d’être question dès lors qu’il s’agit de langue, écrite aussi bien que parlée. Je veux bien entendu parler du pouvoir.
        “Cet objet en quoi s’inscrit le pouvoir, de toute éternité humaine, c’est le langage — ou pour être plus précis, son expression obligée : la langue.” “Parler, et à plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer comme on le répète trop souvent, parler c’est assujettir.”
        Ne vous inquiétez pas, je vais faire court. Mes stagiaires, je veux les voir comme des sujets en ce sens que le sujet s’oppose à ce qu’on nous assène sans cesse : l’être. Sois toi-même. Justement, le sujet c’est le devenir de l’être, c’est une volonté, un combat, et comme on ne fait rien sans rien, il faut ici quelque chose, et ce sont les mots. On sait maintenant que “la pensée est structuré comme un langage, une langue”, alors structurons la langue, qu’elle soit écrite ou parlée, aidons-là à se dire, à se raconter, à se foutre des maladresses, à se foutre des fautes de grammaire, à se foutre de ce qu’on peut penser d’elle, aidons la parole, le mot, sans l’obliger, sans la contraindre, parce que (décidément il a tout dit Barthes) : “[…] car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire.“
        Ouf…
        Donc, ne pas obliger à dire, mais susciter le désir de dire, délivrer de la peur de dire, que le silence ne soit pas le rempart de la honte. Dites, comme vous le voulez, l’exigence viendra d’elle-même. Sans pathos, sans artifice, avec juste une consigne, une indication faire sortir les mots, les donner à entendre aux autres, juger de leur effet ou de leur non-effet. C’est ce que je fais. Ecrire, parler c’est pareil. “Les mots, les armes, c’est pareil, disait Ferré, ça tue pareil“. Mais ça fait revivre aussi, ça ressuscite, ça vous met au monde, ça sert tous les jours, pour tout signifier, des petites aux grandes choses.
        Alors, je leur dit à mes sujets, moi qui ne suis absolument pas leur souverain, moi qui ne suis alors que l’écho de leur propre voix, je leur dit : ne dites rien, n’écrivez rien si vous n’en éprouvez pas le désir. Mais ne me parlez pas d’inspiration, ça n’existe pas l’inspiration, pas comme ça, pas venant de n’importe où. La plus belle des inspirations c’est celle que vous vous inspirerez, que vous vous travaillerez, que vous polirez, et alors vous connaîtrez une joie toute spinoziste qui vous délivrera de beaucoup de vieilles peurs. On fait tout ça mine de rien en apprenant les autres à s’écouter.
        Pour finir, cette brève pensée qui demanderait réflexion : est-ce qu’écouter ce n’est pas déjà écrire ?
        Ce discours que je n’ai pas prononcé à l’IRTS (Institut Régional des Travailleurs Sociaux) en 1999…
        Les extraits en italiques sont, bien sûr de Barthes “Leçon” (le Seuil) qui nommé professeur au Collège de France, le 7 janvier 1977, prononce la « Leçon inaugurale » de la chaire de sémiologie littéraire.

        14 mars 2008 | Le C cédille et moi
        La fureur de lire m’habite encore. Et voilà qu’emporté par la superbe écriture de François Léotard, Ca va mal finir (désolé, je ne sais pas comment faire ici, le c cédille grandes capitales). Et il commence bien son livre : Ca a débuté comme ça. (Pute borgne, il est ou ç majuscule ?) ben oui, Céline, bien sûr : Ca a commencé comme ça.
        Je l’ai pas toujours kiffé grave le François. Forcé : avoir le Philippe Léotard pour frère… Ah bon, mais c’était pas François le frère, l’a pas fait le séminaire François ? Wouarrffff.
        Je vais faire court.
        Juste ça : […] la chasse aux nigauds baptisée modestement “ouverture”…
        Et pour finir cette citation de René Char : “Ne te courbe que pour aimer…”
        Bon, je me remets à ma lecture. Je sens que je vais adorer ce bouquin.

        13 mars 2008 | Pas le coeur à rire
        Pour la première fois depuis quelque 13 ans, je ne serai pas au salon du livre de Paris (du 14 au 19 mars). Il me semble que j’ai quelque chose à faire par ici, que je raconte sur un autre blog… Mais je suis informé de ce qui se passe porte de Versailles à quelques heures de son inauguration par Nicolas Sarkozy et Shimon Perez.
        Chaque année un pays est l’invité d’honneur. En 2008, c’est au tour d’Israël.
        Mes envoyés spéciaux me racontent qu’un nombre impressionnant de forces de l’ordre sont déployées autour de ce lieu où se tenait, il n’y a pas si longtemps, le salon de l’agriculture où le « Casse-toi pauv’con » sarkozien nous a fait tant rire.
        Ce soir, parce que le stand de notre maison d’édition est près, très près du stand Israël, et qu’il y a sur ce stand des êtres auxquels je tiens beaucoup, beaucoup, ce soir, je n’ai pas le cœur à rire…
        Et vous, ça va ?

        12 mars 2008 | Rousseau, Barthes et moi
        J’ai des fulgurances — je ne veux pas dire par là que je suis fulgurant — mais viennent de fulgurer simultanément en moi Rousseau et Barthes, excusez du peu. Car, oui, j’ose l’avouer j’ai beaucoup lu les deux. De Rousseau je ne connaissais pas son Discours sur les arts et les sciences. C’est là que tout a commencé pour Jean-Jacques — oui, je l’appelle Jean-Jacques — en 1750 — lorsqu’il écrit ce discours pour l’Académie des Sciences de Dijon. Et qu’est-ce qu’il fait J.J : il joue les nigauds, et mine de rien il critique tout, au nom de celui qui « ne sait rien, et qui ne s’en estime pas moins ».
        Barthes, Roland, fait la même chose, plus de deux siècles plus tard lorsque — proposé par Michel Foucault — nommé professeur au Collège de France, le 7 janvier 1977, il prononce la « Leçon inaugurale » de la chaire de sémiologie littéraire.
        Là va s’arrêter le parallèle, parce que c’est un tel foutoir dans mes livres que je n’ai pas pu mettre la main sur Leçon (publié au Seuil).
        Ce sera pour une autre fois, d’accord ?
        Et vous, ça va ?

        11 mars 2008 | Les Oiseaux vont mourir au Pérou
        Les Oiseaux vont mourir au Pérou
        Hein, qui connaît ce film ? The first movie to receive an X rating from the MPAA. (Traduction Google : « Le premier film pour recevoir une estimation de X du MPAA. ») Où le trouver ? Vaines recherches sur le net. C’est comme ça que je me suis aperçu qu’on était quelques-uns à rechercher Les Oiseaux vont mourir au Pérou. Voilà trente, trente-cinq ans au moins que je l’ai vu et qu’il me hante. Couleurs, 1968, avec Jean Seberg, Pierre Brasseur, Jean-Pierre Kalfon, Maurice Ronet, ce vrai dépravé dont Rémo Forlani dresse un merveilleux et épouvantable portrait dans Toujours vif et joyeux, et enfin Danielle Darrieux.
        Tiens, voilà ce que je devrais faire : aller demander à Danielle Darrieux de quoi elle se souvient. Je vous assure, je ne peux là qu’y aller de mémoire… Film plein de sexe et d’angoisse. Je revois Pierre Brasseur derrière cette immense baie vitrée. Les oiseaux, après une interminable migration, épuisés viennent s’écraser contre la vitre. Et c’est sans doute de cette même place qu’il regardera, Brasseur père, sa femme, Jean Seberg, épouse Gary, se donner sur la plage à des pêcheurs portant des masques.
        Pourquoi ce film ? Pourquoi est-il encore là après tout ce temps ? Pourquoi ne peut-on jamais le voir ? Qu’est-ce que c’est que cette vindicte qui s’exerce sur les plus doués ?
        Gary, double Goncourt, couvert des plus belles femmes du monde, mytho paraît-il, «clown lyrique», trop de talent, trop beau, trop tout ; et à qui on le fait payer cher. Lui qu’on ne cite jamais.
        Petit dîner avec son éditeur Gallimard et hop, rentre chez lui, «Je me suis bien amusé, au revoir et merci.» Canon dans la bouche : fini. Finita la tragédia. The end.
        Je ne crois pas moi qu’il se soit amusé. La vie n’est pas amusante. Elle est terrible la vie. C’est plein de peurs, de trucs qui te traversent et que tu ne fais que fuir.
        La nuit de Gary, maintenant, durera très longtemps.

        10 mars 2008 | Mauriac et moi

        Mauriac, journalisme politique littérature
        D’accord, je doublonne un peu avec le blog “Nouvelle Gauche”, mais ainsi parlait Mauriac : journalisme, politique et littérature même combat. Bon, je crois que cela se sait : 13,4% de voix pour la liste “Nouvelle gauche”, à Latresne (où je ne suis qu’en deuxième position), sans avoir fait campagne, cela tient du prodige. Cela me réconforte figurez-vous : le miroir aux alouettes commence à ternir. Il me semble que le regard s’affine…
        Et vous, ça va ?

        9 mars 2008 | Election, où ça ?
        Très drôle. On dirait qu’il y va d’une question de vie ou de mort.
        Je raconte : Latresne, presque midi. Bureau de vote. C’est bourré. Elles sont là, les quatre têtes de liste. Je serre la paluche de la mienne (de tête de liste), puis celle de monsieur Delcros, affable, plutôt sympa lui. Mon ex co-listier — qui ne veut pas que je prononce son non, donc je le tais — me la serre, la paluche, sans me regarder. Je ne suis rien moins que Judas dans son esprit à ce moment-là.
        C’est peu de dire que les lieux ne transpirent pas la sympathie. J’aperçois le baronnet du coin, hautain, très droit dans la haute opinion qu’il a de lui-même, Jean-Luc Hoguet him-self. Je ne sais pas pourquoi mais, voyez-vous, il ne tient pas à me rencontrer cet homme. Il avait promis qu’il passerait me voir. Il ne l’a pas fait. Voilà au moins une promesse non tenue.
        Peut-être a t-il pris des renseignements sur moi : pas fréquentable le DEB : peuh, un éditeur, qui a même écrit des livres (plutôt licencieux ces trucs) qui fait des vidéos bizarres, avec quelquefois des gens célèbres, mais le pire, c’est ça : que des gens de gauche, ou presque, même célèbres des gens de gauche, ici, c’est suspect.
        Je sens bien que je lui pose problème à JLH. Il ne devrait pas être inquiet : il va être élu. Il en rêve depuis des mois. Il n’a que ça à faire du reste : la retraite ça laisse du temps même si on cultive son jardin. Entre un monsieur Loyal qui se la pète grave et un type improbable (moi) il n’y a pas photo. Il aura beau dire, il est UMP le monsieur, pour moi c’est rédhibitoire. Alors, le monsieur UMP va être élu. Et je vais vous dire : ils ont tort d’élire cet homme — pour lequel au demeurant je n’ai pas d’acrimonie, mais bon, quand même : il se la joue, mais il est peut-être timide, comme moi — mais moi, je suis sympathique. Si j’avais été élu je m’en serais bien occupé des vieux moi (j’en ai l’habitude) je me serais battu pour qu’il y ait des repas à domicile, je me serais battu pour aider les plus démunis. Je me serais battu pour qu’il y ait des logements sociaux, et de la culture. J’aurais fait de la mairie une vraie maison citoyenne. Rien à foutre de mon image moi, je suis d’une nature altruiste, et j’aurais traité ma fonction municipale comme j’ai traité ma vie : à bras le corps.
        Sans compter, que sur cette liste, il y a 14 femmes. Et ça manque dans les mairies les femmes.
        Ce sera pour la prochaine fois.
        En 2014, si je suis vivant, je me présenterai, tête de liste, liste de gauche pur sucre, pur citoyen, ce n’est qu’un au-revoir mes ami(e)s.
        La suite, plus tard. je vous raconterai le dépouillement, les coulisses. Et le score dérisoire de cette liste “Nouvelle gauche”.
        19h45 : J’en reviens. C’est assez étrange. Très ritualisé, très compliqué, surtout avec ces histoires de panachage. La liste “Nouvelle gauche” comme il se doit sera marginale.
        Petite réconciliation avec mon ex-colistier, Alain Lachamp (c’est quand même lui et moi la même famille politique). Nous n’avons pas été l’un et l’autre bien brillant, trop idéalistes sans doute. Pas très porteur l’idéalisme. Alors, le réalisme, à savoir une bonne vieille droite bien ringarde, va continuer sa route…
        On a peut-être les élus qu’on mérite. Va savoir Charles !
        21h05 : 47,5% à gauche sur le plan national.
        Lundi 13 mars 2008 : 0h20 | la cata n’a pas eu lieu “Nouvelle gauche” (à la louche) fait 10% (alors que nous étions plutôt du coté de 3%).
        Donc, il ne faut jamais perdre espoir en l’humain…

        7 mars 2008 | X, Y, Z…
        J’aime cette histoire que rapporte Danièle Sallenave à propos de Sartre et les femmes et qu’a racontée Simone de Beauvoir :
        « SDB : À quel âge, Sartre, avez-vous eu votre première expérience sexuelle ?
        Sartre : J’étais jeune, en terminale.
        SDB : Avec qui ?
        Sartre : Je ne sais plus très bien. Une amie de ma tante je crois.
        SDB : Quel âge avait-elle ?
        Sartre : 30, 35 ans.
        SDB : C’était bien?
        Sartre : Oui.
        SDB : Cette femme a voulu recommencer avec vous ?
        Sartre : Non.
        SDB : Donc ce n’était pas si bien que ça. »
        C’était le 7 mars 2008, (veille de la journée de la Femme, je vous le rappelle) dans la grande salle du Conseil Régional, à Bordeaux. Plus de 200 personnes. Que des femmes, presque. Nous, les mecs, une minorité de chez mini, on serrait les genoux. Je crois qu’ils le savent depuis le début les hommes qu’ils ne pèsent pas lourds en face des femmes. Et ça se confirme. Rien ne nous aura été épargné à nous cette génération qu’ils appellent celle des « papy boomers ». En gros, nés entre 45 et 50, à la louche. Juste le temps de la libération sexuelle avec la pilule et paf, rideau, fermez vos braguettes les gars, la récré est finie.
        Elles ont parlé : Sylvie Chaperon, Nicky Le Feuvre, Fabienne Brugère, Françoise Cartron et la brillantissime, magnifique, enjouée, charmeuse Danièle Sallenave (bref, vous l’avez compris la Danièle, je la kiffe grave céans). Nous (Jean-Luc et moi, à côté, sur la tribune, on était là comme potiches — pour une fois que des mecs servent de potiches !) on la ramenait pas, on était là juste pour montrer qu’on existait, ce qui en soi, n’est déjà pas si mal.
        À un moment j’ai compris qu’il était question du numéro de sécu : 1 pour les hommes et 2 pour les femmes, tiens, je n’y avais jamais pensé à cette hiérarchie numérique.
        Quand Alain Rousset est arrivé elles lui ont dit ça : faudrait remplacer le 1 et le 2 par H et F.
        J’ai glissé en douce à Rousset qu’il y avait peut-être aussi à considérer le troisième sexe, mais ce n’était pas écrit sur son discours alors il ne m’a pas écouté. Sont comme ça les politiques : «Déjà qu’on s’emmerde à écrire des dicours si, en plus, faut improviser !» Dommage, cette histoire du «troisième sexe» (parce que le Deuxième sexe, vous voyez, il avait dû en être question toute la matinée — je suis arrivé, très, très en retard, même les potiches ont
        une vie privée, hein, hein ?). Donc faudrait s’en tenir à la biologie ? Les chromosomes alors : XX, XY ? Alors ? pourquoi pas X pour les femmes, et Y pour les hommes ? Non, ça va pas : pourquoi X pour les femmes ? X c’est anonyme et la femme n’est pas anonyme. Et Z pour le troisième sexe pendant qu’on y est ? Et c’est quoi ce Z , ? les génétiquement hommes qui se sentent femmes et inversement ? Les bi ?
        Je fatigue là, je fatigue… Et je vois la superbe Sallenave qui s’éloigne…
        Danièle, attends, j’arrive…
        PS : Danièle Sallenave vient de publier chez Gallimard : Castor de guerre


        Le Mepris de Godard, version 2008

        6 mars 2008 | Chardonne, de gauche ?
        “François Mauriac est un magnifique écrivain ; c’est aussi pour moi un ami très ancien. Déjà, aux environs de 1900, il ne ressemblait à personne.
        Nous n’avons jamais été du même bord politique; divergence minime. Je fus un “dreyfusard” sans savoir pourquoi ; homme de gauche il me semble, dressé contre la guerre de 1914 dont je voyais les conséquences lointaines. Une secte nationaliste, Péguy, Barrès et quelques autres de cette famille ne m’ont jamais plu.”
        Jacques Chardonne, Propos comme ça (Grasset)

        4 mars 2008 | Ainsi parle Sollers
        « Non, un écrivain n’a rien à redouter d’une enquête minutieuse sur sa vie et du récit de cette vie, au contraire. Une existence d’écrivain est, par définition, pleine de bombes à retardement. Ses ruses, ses dissimulations, ses mensonges, ses bonnes actions cachées, ses vices, ses lâchetés, ses abandons, son héroïsme, bref sa tactique et sa stratégie font partie intégrante de ses livres. »
        La plupart du temps on s’acharne à affubler l’écrivain d’une identité qu’il n’a pas. Le moi social est une construction des autres. Donc, en s’intéressant à la biographie d’un écrivain, on trouve quantité de choses qui n’ont jamais été dites, tout simplement.

        Philippe Sollers
        J’étendrai cela, moi DEB, à tout créateur. Je dis cela quand je vois la foire d’empoigne sur les blogs des candidats aux municipales. Je me dis alors que j’ai bien de la chance, quand tout cela me casse infiniment les pieds, d’aller à ma bibliothèque : Montaigne, Voltaire, Descartes et tant d’autres sont là pour me rappeler la vanité des choses. Mes vrais amis ce sont eux. Sans eux, sans les livres je serais mort, physiquement et intellectuellement depuis mes jeunes années. Ils seront toujours là. Maintenant je le sais.
        Rien, hormis la mort de qui j’aime, ne peut échapper à l’inanité la plus profonde après quelques pages de Rousseau, par exemple.
        Et vous savez, quand je ne lis pas, parfois j’écris…

        03 mars 2008 | Balzac et moi
        Le hasard — et aussi quelqu’un que je connais bien, et qui est près de moi depuis plus de sept ans — à propos de la collection Les Cahiers rouges que je croyais chez Julliard, me met sous les yeux Propos comme ça, de Jacques Chardonne, las, c’est chez Grasset !
        Au temps pour moi (et non autant pour moi comme je le lis plus que je ne voudrais). Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit (et non dont il s’agit comme je l’entends plus que je ne le souhaiterais).
        C’est de Chardonne qu’il s’agit. D’un vieux souvenir. Du souvenir d’un monsieur, mort depuis longtemps et dont une rue de Bordeaux porte le nom.
        Ce monsieur, alors que j’avais quelque quinze ans me trouvait un petit talent littéraire, et surtout, un grand charme physique. Il avait écrit des livres, je voulais en écrire. Le vieux monsieur était d’un autre siècle, un de ces siècles où, pour les femmes on arrivait par des hommes âgés et fortunés, et où, pour les jeunes gens on arrivait par des femmes mûres et influentes. Aussi — et je crois bien que c’est la première fois que je raconte ce souvenir — mon vieil écrivain, pas encore mort en ces années soixante-cinq avait résolu de me présenter à d’anciennes maîtresses, trop vieilles pour lui, afin qu’elles fissent mon éducation sentimentale et mondaine.
        Pendant des jours j’ai tremblé à l’idée du premier rendez-vous qu’il fixerait pour moi. Je ne répondis pas à sa, ou ses, lettres.
        Les choses en restèrent là cinq ans.
        Je repris contact avec lui pour lui faire part de mes petits succès, non pas en littérature, mais en journalisme. Il vint chez moi, je n’y étais pas. La brune ombrageuse qui partageait ma vie à cette époque, oui. Il lui déplut. J’avais dû lui raconter l’histoire.
        Elle le mit dehors.
        C’est ainsi que je ne suis pas devenu un personnage de Balzac.

        2 mars 2008 | Colette, la flognarde et les livres
        C’est sous l’Occupation que Colette écrit Paris de ma fenêtre. Rien n’est plus délicieux que ce petit livre-là, préfacé par Francis Carco et paru en 1944 aux éditions du Milieu du monde (Genève).
        Avant d’ouvrir cet ouvrage, couvrez-vous : c’est un hiver très rude que celui de 1940. Le froid est partout, même au Palais-Royal où l’auteur des Claudine habite :
        "Le Louvre, et ses plates-bandes, Rivoli et ses arcades, la Bourse et la Banque libèrent à midi le flot limité d’une foule laborieuse, qui prend en moins de deux heures son repas et sa récréation."
        Il sera question de cela : du froid, encore du froid :
        "Il fait froid. Ces deux f, vous les lisez dans la double bouffée d’haleine qui sort des bouches. Ce sont deux mots qui se voient de loin. : « Fait froid… » […] Les combles du Palais-Royal prennent jour par leurs toits à pente faible, par l’œil carré des «tabatières ». Sous l’ardoise vivent des employés modestes, des travailleuses solitaires. Point de cheminées dans ces combles où le gaz n’a pas droit de cité, où l’électricité recule devant l’ombre de Richelieu."
        Pour lutter contre la faim, Colette propose la flognarde : juste deux œufs, un verre de farine, de l’eau froide, une bonne pincée de sel et trois cuillerées de sucre en poudre. "Après quoi, en vingt minutes de cuisson, la flognarde devient une énorme boursouflure qui emplit le four, se dore, brunit, crève ici, gonfle là…"
        Heureuse époque, du moins, pour les livres :
        "Debout, enchaînée à son rêve, une partie de la jeunesse de Paris lit passionnément. Elle a toujours lu aux étalages, et le long des quais, prise sous le couvercle des « boîtes » comme passereau à la trappe. […] On me remontrera que les jeunes gens des deux sexes, avides de lire — c’est-à-dire soulevés par une aspiration douloureuse, un besoin de fuir en esprit vers une lumière mentale, de délasser leur besogne quotidienne — sont précisément en train de lire « n’importe quoi » ? D’accord. Je m’en suis assurée par moi-même. Où est le mal ? […] Qu’ils lisent donc n’importe quoi. Ainsi fis-je dans mon jeune âge, lâchée à travers une bibliothèque où tout se fit pâture, et où l’on n’aurait rien trouvé qui convînt à mes six ans, à mes dix, à mes quatorze ans… Livres défendus, livres trop graves, livres trop légers aussi, livre assez ennuyeux, livres éblouissants, qui au hasard s’illuminent… […] Le désordre de la lecture lui-même est noble. Chaque livre, mal annexé d’abord, est une conquête."

        1er mars 2008 | Ah, Lorette, lorettes
        J'aime ce mot d'une lorette épistolière : Viens de bonne heure, le mien est de te voir.
        Je ne sais pas si c'était chouette chez Lorette (j'y étais pas). Pour moi une lorette n'est ni une bonne soeur ni une tenancière de bistrot (un t, je vous prie à bistrot, ça m'agace moi ces bistros où il n'y a pas de t - notez qu'aller au bistrot pour boire du thé !).
        Pour moi la lorette, c'est d'abord la grisette, la femme entretenue en somme, celle qui a plusieurs amants à qui elle est fidèle.
        Et celle-ci (de Ponson du Terrail) : Il trouva le lit vide et le devint aussitôt.
        De dormir seul deux fois par semaine ne me vaut rien. Même pas le moindre film de cul à la télé pour s'exciter sur une Lorette de pacotille.
        Viens ici Lorette
        et dodo...

        29 février 2008 | Retour à Claouey
        Retour au bassin d'Arcachon dont, comme d'habitude je ne verrai rien.
        Mais, mon vieil ami va de mieux en mieux. Je lui ai apporté les notes que nous avions prises ensemble la semaine dernière sur le thème des "fondamentaux". Le voilà très impatient de poursuivre. Peut-être cela donnera-t-il, enfin, le livre qu'il a mis vingt ans à ne pas écrire.
        La maison est calme, quelque chose de l'ordre du tourment s'est éloigné. L'été arrive et cela me convient. Peut-être reverrai-je demain matin, à l'heure du petit déj les deux écureuils courir sur les cables électriques. Déjà les oiseaux font des heures sup alors que la nuit est déjà là.
        Voilà que ça s'apaise, que je me sens retrouver une force qui m'avait quelque peu déserté.
        Je n'aime pas les mois de février, ils ne me réussissent pas. Allez savoir pourquoi.

        28 février 2008 | ras le bol à la fin
        Y a des jours on aimerait que tout aille bien. Parce que, parce que c’est gonflant à la fin tous ces trucs qui se détraquent partout. D’être dans l’alarme, jour après jour, comme ça, c’est plus supportable. Et avec l’autre (hein, vous voyez qui je veux dire ?) qu’on se demande chaque matin ce qu’il va inventer pour nous pourrir la vie, oui, à la longue ça épuise. On est à peine remis de l’élection présidentielle voilà ces élections municipales qui bouffent tout le terrain, tout l’oxygène, à croire qu’on ne fait que ça voter où être dans l’attente de voter.
        Un peu de calme, oui, un peu de calme, de réflexion, de sérénité, ah que ça ferait du bien. Vous, je ne sais pas, mais depuis qu’il est élu président notre feu-follet je ne suis pas tranquille moi, pas tranquille du tout.
        Et si on le virait ?

        27 février 2008 | l'Esprit et la lettre
        La blogueuse et le blogueur sont en somme une sorte de Shéhérazade.
        « À la différence près, me souffle mon Persan, que vous vous entretenez le désir chez vos lectrices et vos lecteurs qui sont, me dites-vous, nombreux, alors que ma compatriote ne faisait que raconter des histoires pour reculer le moment où elle devrait passer à la casserole. »
        Je trouve que mon Persan, à trop commenter notre chat de gouttière de Président, s’encanaille bien vite. Je lui fais remarquer son relâchement dans le propos.
        «Les chats (parce que figurez-vous je connais vos glissements sémantiques : du Persan vers le chat — persan, bien sûr — vers le shah et pour finir vers le chat de gouttière) les chats mon cher ami, et je filerai volontiers la métaphore pour vous être agréable, les chats retrouvent leur dignité dès que le temps du rut est passé… »
        Sur ce, mon Persan est parti avec mon tapis.
        J’étais furieux, j’étais furieux, alors je me suis souvenu des paroles de notre Président :
        « Casse-toi pauv’con. »
        Montesquieu a de quoi être jaloux.

        26 février 2008 | Rapido
        Rapido, yes, because je suis charrette (j'y mets de r, pas le temps de vérifier, vous me direz), avec ça le banc de montage vidéo qui déraille (et moi un peu aussi à force de m'énerver), pis la liste, ouais, ouais ça y est, avec plein de nanas : 14 nanas sur la liste Nouvelle Gauche... Si vous saviez : c'est presque devenu un gros mot, une injure, une indignité ce mot : gauche... Des fois je me demande où sont passés les 47% de Ségolène (j'suis même pas allé la voir alors qu'elle était ici. Bah, elle s'en remettra).
        Rapido, presto...
        Fine...

        25 février 2008 | Pied de grues
        J’ai aperçu Vincent aujourd’hui. Curieux que pour le désigner il faille en recourir à SDF, lui qui, justement, crèche depuis des années au même endroit, mais sur le trottoir.
        Aujourd’hui, tiens, il en avait changé de trottoir : il était sur celui d’en face, appuyé au mur du pont, fumant sa pipe, cool le mec. Je vais vous dire : il m’a bien semblé qu’à ce moment-là, avec sa pipe, il souriait, je n’en jurerai pas, mais il m’a semblé heureux cet homme.
        Quoi d’autre ? Ah si, mais c’est professionnel, alors, pour l’instant, motus…
        Sarko ? Bof, ça devient pathétique, un peu nulle cette histoire.
        Cottillard ? César et oscar. Pas envie de le voir ce film. J’ai une idée, pour un autre oscar l’année prochaine : un film sur Maurice Chevalier. Pour l’acteur, c’est vous qui voyez…
        Bref, pas brillant tout ça.
        Ah si, je les ai vues les grues qui se barraient à tire d’ailes vers le Nord. Un peu confus par moments leur déploiement. Il y en avait quelques-unes qui faisaient demi-tour, d’où un brin de panique dans les rangs puis, après quelques secondes de démocratie participative, paf elles se remettaient en ordre de marche. Perdent pas le Nord les grues (cendrées, paraît-il).
        J’espère être un peu plus inspiré demain.

        24 février 2008 | Confidences
        Le silence comme expression suprême du trop à dire !
        Il me semble. Oui, il me semble que parfois je préfère le silence à quelque chose de très pertinent mais, en, somme quelque peu dangereux que je pourrais dire et, a fortiori, écrire. Il y va de la responsabilité. Sartre me colle donc toujours à la peau. Cette souffrance, qui est là, je m’empêche souvent de la dire. Pour ne pas désespérer Billancourt ? Oui, il y a de ça. Trop c’est trop. Parfois, on sent que l’on va mourir, très bientôt.
        À passer ces week end avec le vieil homme je sens que je me dégrade, que je me détériore. Comme si, un peu de la proximité de la mort qui est en lui, j’en absorbais une partie. Je sais en même temps que je somatise. Qu’en quelque sorte, je me rends malade. J’en viens à souffrir de maux identiques aux siens : j’ai, comme lui, les tripes en capilotade. Je suis au diapason. Je deviens le vieil homme. Je pourrais dire que je vis ma vieillesse par procuration, par anticipation. Avec la peur au ventre à certains moments. Cette peur au ventre n’est pas ce que l’on pourrait croire. Je ne suis pas certain que je pourrais tenir longtemps à venir vivre avec le vieil homme chaque week end. Mais je me suis engagé. Trop vite. Comme on dit : à la légère. Je ne peux plus reculer. Il me dit que mes séjours l’aident. Je deviens son scribe. J’écris quelques phrases qu’il ne dicte. Mais il se perd dans ses phrases sinueuses. La phrase proustienne s’enlise, se casse net. Il ne parvient plus à reboucler comme il savait si bien le faire et comme ça m’agaçait tant quand il renvoyait toujours à la question qu’il pose à peine. Je me demande s’il n’est pas tout simplement obsolète. Il n’y aura peut-être pas de 19e ou 20e livre (je n’ai pas fait le compte exact de ce qu’il a écrit). Sa main se refuse à écrire justement. Je lui dis qu’il devrait essayer avec un ordinateur portable. Il en refuse l’idée avec une certaine suffisance ; comme si c’était indigne de lui. Quand je lui dis que j’ai trouvé certaines informations concernant Tran Duc Thao sur internet il me regarde d’un air désolé. Internet n’est d’aucune réalité pour lui et n’est qu’une vaste mascarade. Pour lui, il n’y a que les livres, et le stylo. Il me dit qu’il a peut-être déjeuné avec Tran Duc Thao dans les années cinquante. C’est tout ce qu’il peut me dire. Je lui parle des cinq entretiens que le philosophe Vietnamien aurait eus avec Sartre et qui deviennent une sorte de légende. Il m’écoute à peine.
        Je lui fais part de ce que m’a écrit Michel Rybalka :
        Cher Dominique-Emmanuel Blanchard,
        Tran Duc Thao a beaucoup circulé dans le milieu existentialo-sartrien à la fin des années quarante et jusqu'en 1951, date à laquelle il est retouné au Vietnam. Il a publié plusieurs articles sur "Existentialisme et marxisme", etc., et il a eu des entretiens assez poussés avec Sartre, Merleau-Ponty et d'autres. A un moment, vers 1950-51, il a été question qu'il fasse un livre d'entretiens avec Sartre, mais l'essentiel de ses discussions a été transféré à un volume à son nom, Phénoménologie et matérialisme dialectique paru au Vietnam en 1951 et republié par la suite, volume que je n'ai jamais vu. Il est possible qu'il existe quelque part un manuscrit où Duc Thao consigne les discussions qu'il a eues avec Sartre. Il y a pas mal d'infos sur Duc Thao par google.
        Amitiés, Michel Rybalka.
        Si Sartre était vivant je crois qu’internet l’intéresserait. Je le crois, c’est tout. Même si je répugne à faire parler les morts. Nous ne parlons plus guère de Sartre avec le vieil homme. Nous parlons de peu de choses. Il y a les rites. Les gestes millimétrés. Les prises de médicaments. La manière de l’asseoir à table pour le déjeuner et le dîner. Je l’interroge pour savoir s’il préfère sa robe de chambre ou sa veste d’intérieur. Il faut, sur la chaise, des coussins disposés d’une certaine manière. Il faut le plaid quand il est dans son fauteuil durant la journée. Il faut la bière brune sur sa table de chevet, tournée dans un sens précis, il faut aussi le verre d’eau, le verre de jus de fruit. Il faut que les oreillers, quand je lui donné son somnifère soit à une certaine hauteur. J’ai acheté une sonnette sans fil. Comme ça, la nuit comme le jour il peut se rendre aux toilettes seul ; s’il tombe il y a le bouton poussoir qu’il porte désormais au bout d’un cordon autour du cou. Car s’il tombe il ne pourra pas se relever, il est si maigre, si fragile, si peu assuré sur ce squelette parfaitement perceptible sous la peau. Sa peau est étonnamment jeune, à peine fripée. Il a gardé, malgré tout, un corps de jeune homme.
        Quand je l’aide à marcher dans le jardin, quand je l’aide à faire ses exercices de kiné il me dit parfois : Dire que j’ai été un humain. Comme ça, en passant.
        Il ne se plaint pas. Ou juste de ses intestins, de ses tripes en capilotade. Je ne lui dis pas que je ne vais pas bien non plus. Je ne lui dis rien de moi, ou presque.
        Peu à peu, à côté de lui, je cesse d’exister.
        Je me détruis.

        23 février 2008 | MD, again
        On sait l’épisode Lacan, lacan qui écrit sur Le ravisssment de Lol.V Stein un article auquel Marguerite ne comprend rien.
        Alors Marguerite propose à Jeanik de faire un roman photo sur Lol. V Stein.
        Tout de go : «Jeanik, on va en faire un roman photo.»
        Curieux non ? l’un des plus célèbres psychanalystes écrit un article sur son roman et Marguerite veut en faire quoi ? Un roman-photo !
        Marguerite lira donc Le Ravissement sur des photos de Jeanik Ducot.
        Le récit de cette tentative de roman-photo existe sous forme de vidéo noir et blanc. Durée 26 minutes. Le titre semble être Chambre noire, indique la fiche de l’INA. Mais pas de date, et l’interviewer de Marguerite (non cité au générique) semble être… Michel Tournier.
        Avis aux amateurs...

        20 février 2008 | Champagne
        Finalement il se pourrait bien qu’elle y aille cette liste où je suis.
        Nouvelle gauche ça s’appelle.
        Pas tête de liste le DEB, non, pas cette fois-ci.
        Élections municipales donc.
        Voyez-vous cela : quatre listes pour 3.300 habitants ! Plutôt fou, non ?
        Deux listes de gauche et deux listes de droite.
        Et je suis sûr que les deux listes de droite vont dire qu’il y a des gens de gauche chez elles. En poussant un peu le bouchon on en arriverait peut-être à constituer trois listes de gauche. Malgré tout ça, la droite va passer. C’est à n’y rien comprendre.
        Alors, comme ça, ce soir du 20 février 2008 il va y avoir une réunion des 23 colistières et listiers de cette liste Nouvelle gauche. Champagne, vin, jus d’orange, tout est prévu. Un groupe de metal va nous aider à aller jusqu’au bout de la nuit.
        Ségolène Royal va même faire une apparition vers minuit, et TF1 filmera pour Complément d’enquête.
        Si demain je ne suis pas, ici, fidèle au poste c’est que j’aurai raccompagné Ségolène chez elle… Elle est pas belle la vie ?

        19 février 2008 | Merci Nicolas
        Mais qu’est-ce que c’est ces gens qui viennent défendre la publicité quand on sait qu’il y a près d’un siècle qu’elle pourrit la vie de la planète ?
        Regardons les murs des villes, les panneaux, les néons, les magazines, les journaux, les radios…
        Regardons ce quotidien saturé d’invites à l’achat : exister c’est acheter.
        Je n’achète plus ni Télérama, ni le Nouvel Obs, je n’ai jamais de toute ma vie écouté ni Europe ni RTL ni aucune de ces radios dites périphériques gavées de publicité…
        Ce qu’a fait la publicité est visible partout, s’entend partout…
        Une poubelle...
        Eh bien , je le dis tout net : bravo Nicolas Sarkozy pour la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publique…
        C’est tout, merci…

        17 février 2008 | Soirée de gala
        C’est généralement les soirs de grand désarroi existentiel qu’il débarque. Certes, je l’appelle un peu de tous mes vœux, mais quelquefois le bougre est aux abonnés absents. Ce soir-là, c’était un samedi j’étais seul, ou presque, près du bassin d’Arcachon auprès d’un vieil, vieil ami qu’un somnifère avait entraîné loin de moi. Aussi, me suis-je calé, verre de bordeaux en main devant un magnifique et grand écran plasma.
         
        ACTE I
         
        Je suis tombé sur la deuxième chaîne de télévision française du service public. Là, j’ai vu des gens s’égosiller (je pense qu’ils essayaient de chanter). C’était une émission de variétoche plutôt moche comme ils savent si bien en produire, avec des lumières bleues qui dégueulent partout. Il y avait une blonde qui riait bêtement, mais très très bêtement. Il y avait Laurent Ruquier (que je vois bien en successeur de Michel Drucker — au secours, il y en a pour 30 ans —) et surtout il y avait ce présentateur (Nagui) qui visiblement se fout de la gueule de tout le monde, qui vous regarde en ayant l’air de dire : « Je vous emmerde, et je prends le fric. Vous êtes tellement cons que je n’ai même plus à dissimuler la joie que j’éprouve à vous présenter cette émission de merde qui va me rapporter un max de pognon. »
        C’est à ce moment que le Persan est arrivé.
        — Vous n’avez pas honte ? m’a t-il demandé.
        — Non, je n’ai pas honte : je suis humilié.
        — Je comprends cela, poursuivit-il. Comment le pays des Lumières a t-il pu tomber si bas ?
        J’en étais bien d’accord. Sur l’écran, Ruquier et la blondasse en karaoké massacraient Harley Davidson. Ils semblaient beaucoup s’amuser. Nagui irradiait, et soudain, la bande son s’arrête : le texte qui défile à l’écran est amputé de deux mots (même moi, je savais les deux mots qui manquaient : terrible engin — le terrible engin, c’est la moto où BB était comme une sphinge (sphinge est le féminin de sphinx, précise mon Persan, un peu pédant à l’occasion). Et les autres, ils ne savent pas. Nagui explique que d’ n’est pas un mot, que ça ne compte pas pour un mot. « Ah, bon, je croyais que c’était un mot d ! » s’esclaffe la blondasse qui sur ce coup-là partage avec la connerie ambiante l’idée selon laquelle l’ignorance est le degré suprême du raffinement. C’est du direct. Nul doute qu’à l’enregistrement ça aurait sauté, mais là, sur le visage béat de cette idiote (dont je ne connais pas le nom), toute la bêtise du monde, bien grasse, bien satisfaite d’elle-même resplendit…
        — Je me sens humilié, dis-je encore.
        — Mais vous savez, vous n’êtes pas obligé de regarder, rétorque mon Persan qui, à l’occasion prend l’accent de ce que les imbéciles (encore eux !) appellent le bon sens.
         
        ACTE II
         
        Alors j’ai zappé.
        18 ou 20 chaînes. A part itélé et BFM qui font leur boulot d’infos, partout c’était à gerber : de la complaisance, du vide sidéral, du néant concentré, du rien monumental, institutionnalisé.
        Et puis, je suis tombé sur une pièce de théâtre avec Christiana Réali. Qui n’est pas italienne mais d’origine (comme je l’ai d’abord pensé, de même que je croyais que son prénom était Patricia, — mais Google veille sur nos défaillances — femme de Francis Huster.)
        J’ai pensé que c’était une pièce drôle parce que c’était plein de vulgarité. Elle a une jolie voix cette actrice. C’était bien filmé, avec une astuce de mise en scène intéressante : les accessoires, table, chaise, lit, canapé étaient fixés sur un plateau, lequel plateau glissait sur un rail. Il y avait deux voies. Hop, un canapé arrivait du côté cour (ou du côté jardin) sur la scène. (PS. Comme je suis quelqu’un de sérieux, je me suis renseigné : la mise en scène est signée John Malkovich). Il y avait Vincent Elbaz dans cette pièce. Je crois que souvent il se demandait ce qu’il foutait là le Vincent. Mais comme dit le truc : quand le vin est tiré.… J’avais l’impression qu’il n’en avait rien à foutre de cette pièce le Vincent. Il y avait aussi Ariel Wizman, un présentateur de Canal+. Il ne manquait d’Arthur ou Claire Chazal. Bref, cette histoire d’accessoires qui glissaient tout seuls, on voyait que ça occupait pas mal les acteurs. Par exemple, ils sont deux à une table de bistrot, avec deux chaises. Ils posent les chaises à côté de la table, et paf, quand ils ont fini leur scène il faut ranger tout le bordel. Alors ils remettent les chaises sur la table et hop, la table glisse hors de la scène. Vous voyez le truc ? Tout ça parce que les scènes s’enchaînent. Même qu’à la fin le Vincent doit faire le ménage parce qu’il a mis de la crème chantilly dans un gobelet en carton et que la Réali, d’un geste brusque envoie valdinguer le gobelet. (Le mal qu’il se donne le Vincent à faire le ménage !) Je me demande si pour les acteurs ça ne fait pas beaucoup de jouer aussi les accessoiristes.
        Je ne sais pas très bien ce que c’était cette histoire. En gros, il me semble que Christiana écrit des romans qui n’ont pas de succès. A un moment c’est Vincent qui signe un roman de Christiana et bingo c’est un best. Mais la Christiana se drogue et ne veut plus, ne peut plus écrire. Le Vincent fait ce qu’il peut. Il refile même 20.000 dollars (ça doit se passer en Amérique) pour que le dealer qui est un copain à eux se tire ailleurs.
        Malgré tant d’artifices, vers la fin, j’ai trouvé qu’elle était assez exceptionnelle la Christiana dans le genre loque humaine…
        C’est qu’il se passe souvent ceci avec le théâtre : on finit par tomber en sympathie avec les acteurs. C’est qu’ils mouillent la chemise, surtout quand le texte est un peu à la ramasse, surtout quand la gestuelle imposée à certains moments est pour le moins grotesque, surtout quand les astuces de mise en scène tournent au procédé et qu’on se dit : pourvu qu’ils n’oublient pas de tout remettre en place, surtout quand il y a tous ces défauts on s’y attache aux acteurs. Même si, une scène boulversifiante (Christina dos au public et se met à sangloter — on se dit que c’est sans doute une bande son qu’on entend avec ces pleurs déchirants et que c’est tant mieux) même si, à cela qui est plutôt réussi succèdent deux scènes ratées parce qu’inutiles et d’un expressionnisme physique assez ridicule : elle doit bien s’envoyer plusieurs litres d’eau la Christina quand elle décide de se suicider aux détergents, et le pompon, c’est l’agonie… Ah, comme elle agonise bien Cristiana… ces raidissements des membres, ces soubresauts… C’est pas le Cid, c’est le suiCid…
        Quand j’ai demandé son avis à l’ami Persan, il n’était plus là.
        Et vous, vous êtes encore là ?
         
        ÉPILOGUE
         
        Je suis allé voir sur le net ce que c’était cette pièce assez indigente : il s’agit de Good Canary, de Zach Helm, Adaptation de Lulu et Michael Sadler, mise en scène de John Malkovich (y a des moments je ne voudrais pas être dans sa peau (suis-je drôle tout de même !). Théâtre Comedia 4, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris
        J’ai trouvé, après avoir écrit ce texte ceci : http://www.lestroiscoups.com/article-12928443.html.
        Vous êtes toujours là ?
        (Franchement, dites-moi si mon pudding ci-dessus est comestible…)

        16 février 2008 | Sarko : bonnet d’âne
        J’étais sûr qu’il ne s’arrêterait pas Nicolas Sarkozy. Et aujourd’hui, comme Simone Weil, je suis glacé d’effroi à l’idée que 11.000 élèves de CM2, c’est-à-dire des enfants de 10-12 ans aient à endosser l’identité, l’histoire de 11.000 enfants assssinés par les nazis il y a plus de 60 ans.
        Il n’y a pas pour moi d’autre mot que celui-là : monstrueux.
        J’écrivais ceci ici en avril 2007. Cela s’appelait “La haine de soir”. 10 mois plus tard, pas un mot ne me semble de trop :
         
        28 avril 2007
        “Tout ce que tu dis parle de toi, singulièrement quand tu parles des autres.” Paul Valéry
        Je ne doute pas que, dans le privé, Nicolas Sarkozy soit un homme charmant. Je lui reconnais du charme, de l’intelligence, de la sensibilité. Je ne doute pas qu’il puisse être un ami délicieux. Je ne doute pas de ses convictions, ni de sa sincérité. Mais il y a une chose dont je doute - et ce n’est pas lui faire injure ; je doute de sa capacité à diriger un pays, ce pays, par exemple, qui est la France. Je doute que Nicolas Sarkozy ait cette humilité de l’ego qui sied à la fonction de chef d’État. Que Nicolas Sarkozy ait fait un rêve, oui je crois qu’il le fait plus que jamais ce vieux rêve : être président de la République française. Je crois qu’il veut cela, obstinément, maladivement, je crois qu’il est prêt à tout sacrifier pour ce rêve, ce rêve qui est devenu un absolu. Mais l’absolu c’est la mort ! L’absolu n’existe pas. L’absolu n’est pas un lieu de l’âme où l’on se repose. L’absolu n’est pas humain en ce sens qu’il est indépassable. Être président de la République n’est qu’une étape dans le processus du vivant. Si ce pouvoir n’est pas tenu à distance, s’il est le symbole de l’accomplissement de soi, s’il est un but en soi, il y a danger. Et voilà qui m’inquiète : il semble bien que tel soit le cas pour Nicolas Sarkozy. Aussi devra-t-il aller de plus en plus loin, de plus en plus fort, de plus en plus dangereusement.
        La voie qu’il a choisie, il ne pourra pas en déroger, il ne pourra pas bifurquer ; il lui faudra, il sera, il deviendra de plus en plus violent, de plus en plus instable. La violence engendre la violence, tout le monde sait cela. Cette violence, on ne cessera de la lui apporter sur un plateau d’argent. Elle lui collera à la peau. Tout le temps, toujours. Il aura beau invoquer Blum, Jaurès, Camus, plus rien désormais n’y fera. C’est trop tard. L’image est figée. Le tableau est signé de la main du destin. Ce père fouettard-là n’a pas la grande histoire pour l’excuser. Au bout de cela pointe le despotisme. Il pointe déjà, il est déjà là, dans la ligne de mire. Le rapport de force est le fonds de commerce de Nicolas Sarkozy. Rappelons-nous : ” Surveiller et punir ” (Michel Foucault), et ceci encore : ” Ce que vous êtes parle si fort que l’on n’entend plus ce que vous dites. (Jefferson.) Ce qu’est Nicolas Sarkozy, c’est ce qu’il a voulu. Il a voulu cela pour conquérir le pouvoir. Ce pouvoir il l’a. Il l’a eu au prix de la violence. Il l’a voulu au nom de son désir de pouvoir. On voit que ce pouvoir qu’il a aujourd’hui ne lui suffit déjà plus. Celui qu’il pourrait avoir demain (celui de chef d’État) bientôt ne lui suffira pas non plus. Après le pouvoir sur les corps il faut celui des âmes. C’est un refrain connu. Tout dans ce que Nicolas Sarkozy donne à voir de lui-même confirme cela : que tout doit s’articuler autour de sa seule personne. L’espace autour de lui est saturé de son image. Et cette image, je le crois, j’en suis sûr, j’en suis absolument certain, il ne l’aime pas. Il ne l’aime pas pour les raisons que l’on sait. Alors, alors, je vous prie de bien me lire : cette image il n’aura de cesse de la sublimer, d’en faire une icône. ” Le culte du moi ” (et je ne fais ici que citer un livre de Barrès), le culte de soi est avant tout la haine de soi.

        11 février 2008 | Le ciel est bleu
        J’ai l’impression qu’il y a bien longtemps que je n’ai pas taillé un écrivain (enfin, vous savez ces gens qui écrivent ou qui font écrire des livres qu’ils signent de leur célèbre nom).
        Ainsi La Rêveuse d’Ostende d’Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel), dont voici quelques lignes : “J’offris mes pieds à la morsure du sable, puis à la récompense de l’eau” (page 24) ; “Gerda nous apporta deux bols fumants avec fierté, comme si notre envie de bavarder autour de ce breuvage rendait hommage à ses dons de cuisinière“(page 28).
        Mon Dieu qu’elles sont donc bêtes ces deux phrases (et ce ne sont pas les seules) ! Comment peut-on écrire cela après vingt livres ? J’ai une réponse : quand on n’est pas écrivain. Schmitt n’est pas écrivain. Mais il écrit des livres.
        Il n’a peut-être pas d’autre ambition après tout !
        Voyons cela de plus près : J’offris mes pieds à la morsure du sable… Ah bon, ça mord maintenant le sable ?
        J’imagine notre pauvre auteur en train de se demander comment, d’une manière originale, il allait nous raconter qu’il était allé se balader sur le plage… Et ça donne cette phrase complètement idiote. Et, il en remet une couche : la récompense de l’eau… Mais ce n’est pas tout : Gerda nous apporta deux bols fumants avec fierté. Là, on apprend que c’est chaud ce qu’elle apporte cette brave Gerda, et ils fument avec fierté ces deux bols… Mais peut-être est-ce gerda qui était fière…
        Et ce qui suit, alors là, faut s’accrocher : comme si notre envie de bavarder autour de ce breuvage rendait hommage à ses dons de cuisinière. Doit-on en conclure que c’est le breuvage (je crois bien que c’est du chocolat ce breuvage-là — bon sang que le mot est inapproprié, et moche de surcroît) — qui a donné envie de discuter, de parler, non : de bavarder ?
        Et l’on apprend qu’il faut être une sacrée cuisinière pour préparer du chocolat…
        Diantre ! S’est pas foulé le Schmitt (ah oui, « la cuisine c’est Schmitd » — pub gratos).
        Flaubert s’était posé la question : comment écrire que le ciel est bleu…
        Bleu comment d’abord ? bleu nuit ? bleu ceci ? bleu cela ?
        Il réfléchit (et quand on sait qu’il mettait 5 ans à écrire un livre Flaubert) et écrivit : Le ciel est bleu…
         
        Tenez, je propose à Éric de réviser le vieux Molière (Le Bourgeois Gentilhomme - II,4) :
        MONSIEUR JOURDAIN : Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.
        MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre coeur en cendres; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un…
        MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, non, je ne veux point tout cela; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
        MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Il faut bien étendre un peu la chose.
        MONSIEUR JOURDAIN : Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet; mais tournées à la mode ; bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.
        MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
        Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux.
        Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir.
        Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font.
        Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.
        MONSIEUR JOURDAIN : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?
        MAÎTRE DE PHILOSOPHIE: Celle que vous avez dite: Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
         
        Le ciel est bleu,
        la mer est verte
        laisse donc un peu
        la fenêtre ouverte.

        10 février 2008 | Retour d’exil
        C’est en somme comme si je revenais d’outre-tombe.
        Quelques jours dans l’antichambre de la mort.
        Je n’ai rien fait de ce que j’avais prévu : ni photos, ni entretiens. Cette réalité-là, seuls les mots pouvaient s’en approcher, et surtout pas l’image, non, pas l’image. Elle ne dirait rien l’image du bruissement des silences, des voix du silence.
        J’ai passé quelques jours avec ce vieil ami, si faible qu’il est comme un enfant. Mais cet enfant-là sait qu’il pouvait les accomplir ces gestes du quotidien, et qu’il ne peut plus, et qu’il faut l’aider à faire ce qu’il a fait toute sa vie, et qu’il pourra sans doute de moins en moins faire.
        Cette lucidité je ne peux l’éviter. Je vois la mort à l’œuvre chez mon vieil ami et tous les codes sont brouillés. Tantôt je suis l’ami, l’éditeur, tantôt celui qui doit aider aux gestes élémentaires. Je vois la déchéance du corps, et, curieusement j’en suis attendri. Parce que, vaille que vaille il faut faire avec ça. Il n’y a pas d’embarras de Francis par rapport à son propre état. Peut-être a-t-il décidé une fois pour toutes que ça n’avait pas d’importance. Parce que nous savons lui et moi que le sens est ailleurs. Le sens est dans ce qui a été donné, partagé à des moments particuliers. Le spectacle est désormais intérieur.
        Il y a là où il n’y a pas.
        Il a fallu deux jours pour que se dissipe l’effroi que j’ai éprouvé la première nuit, passée dans le petit chalet à peine à l’écart de la maison. Divakar, le fils de Francis qui habite en Inde depuis près de 40 ans venait de vivre deux semaines avec son père et partait le lendemain — j’étais là pour lui succéder, en quelque sort.
        Dans ce chalet où j’ai dormi (si peu, si mal) à mon arrivée, pendaient à un portant sur roulettes les vêtements de Christiane. Il y avait aussi cette porte vitrée dont le verre était cassé : choc du cercueil de Christiane. C’est là que les pompes funèbres avaient entreposé le corps et le cercueil…
        Pourtant, je suis, je crois (quoique), assez serein par rapport à la mort. La mort n’existe pas. La nommer avec parfois une certaine complaisance ne me fait pas oublier qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’un processus du vivant. Une usure, rien de plus, auquel répond le vivant comme il peut. Car le soir de la vie apporte aussi sa lampe.
        Simone de Beauvoir, évoquant Sartre, termine La Cérémonie des adieux sur : «Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C’est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps nous accorder.»
        C’est ainsi, oui, je ne suis plus avec Francis Jeanson celui de ces dix années où nous nous rencontrions pour « travailler ». L’homme à qui je prépare désormais le repas a de longs silences que je cherche plus à combler. Nous restons longtemps sans parler. Puis il y a quelques échanges anodins. Tout à coup, à un moment où je parlais de derby, rugby, Bayonne-Biarritz (Biarritz où j’étais il n’y a pas si longtemps avec JLV pour rencontrer un producteur télé pour, justement, un documentaire sur Francis) Francis donc, évoque le BAB (b.a.b) le tramway, ou train entre Bayonne et Biarritz qu’il a emprunté sous l’Occupation pour rejoindre les Forces françaises en Afrique du Nord.
        La maintenance à domicile des personnes âgées demande beaucoup d’organisation, beaucoup de soin : médecin, infirmier, kinés, aide-ménagère. Ce sont des rendez-vous que la personne âgées ne prend pas à la légère. Il faut que la petite boîte de pilule (le semainier) soit remplie le lundi. Le rite doit être impeccable, la présence constante. Pas question de s’éloigner. C’est une sorte de réclusion à laquelle, après trois jours je commençai à m’habituer.
         
        Quand même, profitant d’un moment où Francis ne serait pas seul j’ai filé au supermarché. J’ai acheté des plats préparés chinois pour notre dîner en tête-à-tête le vieil homme et moi.
        Et du champagne rose.
        Que j’ai bu seul.

        3 février 2008 | Et si le miroir s'inversait...
        Je risque d'être quelque peu absent à partir de mercredi. Je serai près de la mer, enfin presque : sur le bassin d'Arcachon. En cette saison, ce sera plutôt tranquille je crois. Je vais essayer de travailler sérieusement chez, et avec mon vieil ami Francis Jeanson. Nous serons seuls lui et moi. J'ai fait la liste de ce que je dois emporter : l'ordinateur portable, la PD 170 (c'est une caméra vidéo), un tas de cassettes vidéo, l'appareil photo numérique, une imprimante, les chargeurs (c'est fou ce qu'il faut comme chargeurs : d'ordinateur, de téléphone, de caméra, de piles rechargeables). Nous allons travailler. Un peu coupés du monde. Entre Francis et moi, il y a 27 ans d'écart. Je vais l'aider à écrire ce qui sera sans doute son ultime livre, et moi je me mettrai peut-être à ce roman à l'escale depuis tant de mois. Il y a aussi cette équipe de cinéma qui va venir de Paris pour le documentaire sur Simone de Beauvoir. Et ce film que je fais sur Francis depuis plusieurs années. Cela fait beaucoup, mais pas tant que ça si je prends la mesure du temps dont je vais disposer. Plus d'internet (l'ordi de Francis est un mac, et il est en panne. Moi, vous savez, les macs!). Alors j'irai faire un tour dans un cybercafé de Claouey pour lire mes courriels et répondre aux plus urgents.
        Je vais faire ça : prendre du large, et laisser décanter ce que je vais laisser ici : est-ce que d'ici là la liste de gauche aux municipales et que je dois conduire sera bouclée, je ne sais pas.
        Je ne sais pas non plus ce que va être la vie durant quelques jours avec le vieil homme. Il y aura parfois beaucoup de tristesse et de chagrin. Après 47 ans de vie commune, Christiane a quitté son Francis en septembre dernier. (Il y a dans les vidéos, sur ce blog, un petit film que j'ai réalisé avec Christiane.) Et puis, l'homme est fragile, et usé. C'est un petit homme de 86 ans qui se demande à quoi bon continuer de vivre. Il me pose la question, mais n'insiste pas. Il n'attend pas de réponse de moi, il sait aussi qu'il n'y a pas de réponse possible. C'est peut-être l'une des dernières fois où nous nous verrons. Alors il faudra faire le plein. Moi je vais essayer de l'inscrire dans l'avenir comme je tente de le faire depuis plusieurs années maintenant. Je l'embarque dans mes projets : le film sur lui, ce livre qu'il dicte et que je transcris, le film sur Beauvoir… Francis m'appelle DEB. Depuis dix ans, il m'appelle DEB. Comme il appelle son fils Didier, Divakar. Mais Divajar, c'est Mère qui l'a " baptisé " comme ça. Il n'y a que les gens autour de Francis qui m'appellent DEB. Il y a des sphères comme cela. Ici je suis DEB, là je suis Domi, là Dominique, là encore Emmanuel. D'autres y vont de Dominique-Emmanuel. A chaque fois ce sont des sphères différentes.
        Nous parlerons encore une fois de sartre, de Camus, du réseau Jeanson, de Vailland, de Sarajevo : une sorte de bilan, de mise au point. Quelque chose va se terminer et nous le saurons tous les deux. Je filmerai un homme aux portes de la mort mais je mourrai peut-être avant lui. Le miroir inversé vous savez….

        2 février 2008 | Fortissimo ?
        Quand même, j’aimerais bien me prendre au sérieux de temps en temps.
        D’autant que je risque de faire mon entrée en politique. N’est-il pas question que je mène moi (oui, moi, moâ, môa) une liste de gauche, ici, à Latresne, bastion de droite imprenable depuis 40 ans ? J’y songe, j’y songe de plus en plus…
        A cette question : Que faire ? (face à deux listes de droite et deux listes de gauche qui ne parviennent pas à fusionner) Michèle Delaunay m’a répondu :Faire une liste.
        Pas encore trouvé son nom à cette hypothétique liste :
        Clair & Net ?
        Deviens ce que tu es ?
        Agora ?
        Fortissimo ?
        Si vous avez des idées, dis-moi, d’accord ?

        27 janvier 2008 | Qui cause pose
        J’entends qu’un flic s’est déguisé en femme pour être dame de compagnie auprès d’un octogénaire. Comme ce n’était pas Dustin Hoffman il est en taule. | Pas de miracle à Melbourne. C’est toujours comme ça : à chaque fois que je regarde du tennis les Français perdent. Faut dire qu’ils ne gagnent pas souvent. Quand même, quand Noah a remporté Roland Garros j’étais là. Ouf. | Luchini est monstrueux. Je ne sais pas si ça peut faire un réel ami, mais ce type est monumental.| C’était chez Ruquier, ce samedi. Je rentrais d’un dîner en ville chiant de chez chiant et où j’avais un peu joué les emmerdeurs de service histoire de m’ennuyer un peu moi, et devinez : je me suis salement allumer. J’ai l’habitude.|Comme il n’était pas question de fumer je suis aller faire le trottoir. Mes pas m’ont conduit sous les fenêtres de Michèle Delaunay. Il y avait de la lumière. Un instant j’ai pensé que l’on pourrait boire un verre avec elle et Klaus. Il était tard. Trop tard. Je n’ai pas osé, je suis quelqu’un de bien élevé (je me dis ça souvent pour justifier une dérobade). | Il y avait aussi Laurent Fabius chez Ruquier. Luchini et Fabius ont fait assaut de citations. Ce que je ne fais plus, c’est très mal vu en ville chez les petits bourgeois : ils pensent que vous vous la pétez grave. | Tenez, il y avait une jolie Philippine. Sa langue c’est l’anglais. Les Français refusent obstinément de parler anglais. Quand quelqu’un comme moi s’y risque (pour ne pas laisser une jolie Philippine sur le carreau) eh bien, ils se marrent les Français. | Luchini parle désormais le Valéry. Moi, des fois, je cause le Proust. | Des fois je parle rien du tout.
        Dont acte.

        20 janvier 2008 | Aruspice ?
        Jean-Marie Planes qui signe un bien joli papier dans Sud Ouest dimanche (SOD du 20 janvier 2008) sur le livre de Jérôme Garcin Son excellence monsieur mon ami (Gallimard, 202 pages, 16 euros) consacré à François-Régis Bastide (et dont j’ai assez souvent « parlé » ici) ne nous éclaire pas sur la quatrième de couverture du livre qui présente FRB en ces termes : « La rumeur, portée par l’énigmatique mistral, le disait speaker, aruspice, horticulteur… »
        Myriam qui travaille désormais chez Interforum (et qui est par ailleurs la «copine» d’un de mes garçons) quelques jours auparavant, ayant découvert le livre sur une des piles qui jonchent ma maison, Myriam donc s’était précipitée dans mon bureau (où je passe sans doute 75% de ma vie devant un ordinateur) : « Vous savez ce que c’est aruspice ? »
        J’en eu l’intuition plus que la connaissance. Myriam avait déjà cherché sur le dictionnaire. Aruspice est aux abonnés absents. Assez familier de mon FRB (bien que je l’aie peu connu, et il y eu même une situation extrêmement pénible où j’ai dévoilé presque toute l’étendue de ma bêtise) j’ai assez vite deviné.
        Ce que je vais, à votre tour, vous laisser faire.
        Pour Bastide, comme pour moi, être quelque peu aruspice a bien des avantages. Mais il faut aussi de la prudence. Ne pas être ostentatoire. Mieux que faire montre d’une culture éclectique, cela consiste à entrer en contact avec l’autre (et pour ce qui est de FRB et de moi : avec des femmes). Il y va de la séduction. Quand je dis, des femmes, n’exagérons pas : une suffit. Il vaut mieux, du reste, être aruspice en tête-à-tête. C’est le début de l’intimité. D’emblée une âme se propose, et si vous êtes délicat, cette âme (cette belle âme qui est encore plus belle si le corps qui va avec est à votre goût) cette âme, dis-je, vous est offerte.
        Dire que nous sommes légion à être aruspice sans le savoir…
        Des recherches sur le net, vous mettront sur la piste de l’aruspice…

        19 janvier 2008 | J’ai un problème
        J'ai un problème. Faut que je vous en touche deux mots. Vos avis me seront précieux.
        Je vous explique : j’habite Latresne qui est, je crois, une commune de 3300 âmes assez connue de la région (bordelaise). Pour les municipales, à ce jour, deux listes se sont déclarées. Deux listes de droite, bien évidemment. Il doit y avoir plus de quarante ans que Latresne est à droite. On me sollicite, compte tenu de mon immense notoriété (je plaisante, vous vous en doutez) pour être sur une liste dite de gauche.
        Or il se trouve que celui qui veut conduire cette liste de gôche a durant onze ans été au conseil municipal (de droite, même si, même si, allons disons-le, c’était plutôt une droite très très modérée, mais de droite quand même). Je l’appellerai CD celui dont je parle.
        C’est clair jusque-là, n’est-ce pas ?
        Deux listes de droite et pas une liste de gauche en face, moi, ça me fend le cœur. Alors j’ai dit OK pour cette liste de gauche conduite par quelqu’un qui ne l’est pas vraiment, je répète : CD. Mes amis de gauche, appelés en renfort (sous la houlette d’Alain Lachamp sur la liste de qui j’avais été en 95) n’y vont pas par quatre chemin : si la liste de gauche est conduite par CD, pas question de compter sur eux. Idée (suggérée par Alain Lachamp – de gauche lui, et vraiment de gauche) : constituer une liste sans tête de liste, par ordre alphabétique. Pas bête. On se réunit : adopté.
        Problème qu’il me faut ici mentionner : CD, tout seul semble avoir du mal à réunir 22 personnes (il faut en effet être 23). C’est la raison pour laquelle j’avais appelé l’ami Lachamp en renfort. Mais voilà, au final, même sans tête de liste, une partie de la liste déclare forfait : si CD est sur la liste, ils n’y vont pas…
        Moi, je vous l’ai dit : deux listes de droite (entendons-nous, ces gens de droite ne sont pas des fanatiques ; au contraire, ils sont même charmants. Mais de droite, voilà) et pas de liste de gauche en face, j’ai du mal, du mal à m’y faire…
        A votre avis, qu’est-ce que je dois faire ?

        19 janvier 2008 | Et poke !
        Facebook est une usine à gaz dont je me demande combien de Français savent se servir.
        Moi, j’y bidouille et du reste ça m’a vite gonflé leur trucs avec ces histoires de gens que tu ne connais pas et qui veulent devenir tes amis. Chez les Américains sans doute on n’a pas la même définition de l’amitié. Que voulez-vous, je ne deviens pas ami de quelqu’un comme ça. Et je ne fais pas ami-ami sans quelques précautions.
        Tout ça pour dire que facebook j’ai plus ou moins laissé tomber.
        David Abiker, que je connais, a lui aussi un blog, comme tout le monde maintenant serais-je tenté d’écrire. C’est lui qui m’a inspiré ce « post ». Il écrit :
        Et le Poke ? Qu’est-ce que c’est que le Poke tellement pratiqué sur Facebook ? C’est de l’écrit ? C’est du parler ou c’est un geste virtuel d’un nouveau genre ? Poker c’est toucher, mais toucher avec le doigt, taper sur l’épaule ? Le Poke, c’est peut-être un des tout premiers gestes virtuels sans équivalent, une sorte de stimulus inclassable, un mouvement affectueux et pas réel de socialisation virtuelle - on toque rarement les gens sur l’épaule dans la vraie vie - qu’on ne peut accomplir qu’avec un écran et un clavier. Le Poke serait-il le début de notre mutation linguistique ? Un peu comme nous sommes passés du grognement à la parole, il y a des milliers d’années ?
        Le blog de David Abiker
         
        Vous l’avez compris, nous attendons qu’on nous explique ce qu’est le « poke ».
        Vous avez une idée vous ?

        15 janvier | Ménie et Mireille
        Jadis il y avait Ménie Grégoire à la radio, aujourd’hui il y a Mireille Dumas à la télévision. C’est le même argument pseudo psychanalytique. Et on s’y laisse prendre.
        L’émission de Mireille Dumas s’appelle « Bas les masques », tout un programme. Hier, lundi 14 janvier 2008, il y avait Marcel Miramon, alias Marcel Amont (Bleu, bleu le ciel de Proven… en… ence, Un Mexicain bazané… é), sympa mais vite soûlant le faux Bordelais, fourmi avisée qui n’a pas tout bouffé le fric qu’il a gagné il y a plus de 30 ans.
        Il y avait Alain Barrière, (Ma aaaa aaa vie, j’en ai vu….) qui ressemble de temps en temps à Delon et qui, comme Alain Delon tire la tronche. Lui, plutôt cigale s’est vu en seigneur breton mais a été terrassé par le fisc.
        Il y avait Caroline Loeb (De toutes les matières, c’est la ouate qu’elle préfère).
        Il y avait aussi Marc Tresca, un ancien de canal+ qui faisait le Top 50. Je ne sais pas très bien pourquoi il était là mais de temps en temps il disait qu’il était là et on s’en foutait un peu.
        Il y avait aussi Pierrette Bress (celle qui commentait les courses de chevaux — et il faisait quoi Zitrone ?). Je croyais qu’elle était toujours à la télé, Pierrette, eh bien non, y est plus depuis des années. Zut alors !
        L’argument, c’était que tous ces gens-là avaient été célèbres, puis plus du tout et qu’ils étaient en train de le redevenir. Les filles d’Amont et Barrière s’y employant. T’aurais vu ces nanas, surtout celle du Marcel, du top mon pote, côté seins, un régal. Bon, mais là n’est pas mon propos.
        Ce qu’elle aime Mireille (Dumas) c’est les enfances bien malheureuses, bien crades, qui ont laissé des traces ? Alors elle ne lâche pas le morceau la petite Mireille, le papa, la maman et que je te tartine le portrait et que je te fais bien répéter que c’était la misère, et que c’est sans doute parce que ça a bien été la merde qu’on a tout fait pour s’en sortir.
        Pierrette, elle au moins, elle a eu la révélation, en touchant le mur des lamentations à Jérusalem. Et elle n’en a pas fait des tonnes là-dessus.
        Bref, on s’est quand bien battu les flancs dans cette émission. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’un chanteur c’est bien quand il chante. Ça devrait pas parler les chanteurs, pas plus que les acteurs de cinéma (parce que les comédiens, ceux du théâtre c’est autre chose), justement c’est ce qu’ils veulent faire, alors chantez maintenant.
        A la fin, toute seule, il y avait Arielle Dombasle, et là je ne sais plus quoi dire.
        Basta !
        Et vous, ça va ?

        14 janvier 2008 | Big bans
        Finalement, de quoi parle t-on lorsque l’on manque d’inspiration ? De Sarkozy. Président Sarkozy.
        Qui serait déjà marié.
        Sans publication des bans ? demande l’autre.
        Réponse : « L'article 169 du code civil stipule qu'en cas de causes graves, la publication des bans n'est pas obligatoire. Il suffit pour cela que le Procureur de la République du ressort de la ville ou de l'arrondissement dans lequel se déroule le mariage opte pour une dispense de la publication des bans ou de l'affichage de cette publication. »
        C’est tout simple. La loi est a plusieurs couches (si j’ose m’exprimer ainsi en la circonstance).
        Il est gamin, quand même ce Sarko ! Puéril, aussi.
        Quand on pense que cet affolé du bulbe peut appuyer sur le bouton nucléaire

        11 janvier 2008 | Lettres ou ne pas l'être
        Après tant de jour où le territoire de ma propre écriture était quelque peu en jachère me voici saisi d’une fièvre littéraire que je croyais perdue.
        C’est à François-Régis Bastide que je la dois de nouveau, comme dans ces années 95 où il vivait encore et où je lisais par un bel été, dans mon jardin, un américano couleur framboise dans une main, son Homme au désir d’amour lointain dans l’autre. C’est qu’il a souvent été au rendez-vous FRB. A la faveur de ce livre Son excellence, monsieur mon ami, de Jérôme Garcin (Gallimard), tout me revient en vrac, comme il se doit.
        Les Adieux, tenez, que j’avais commandé chez un libraire de Bordeaux, près du jardin public, du temps où il y avait des libraires partout, Les Adieux dont je ne me souviens de rien sinon que comme d’autres livres ce roman m’a sans doute évité de devenir fou et permis de devenir ce que je suis devenu.
        Qui dira ce que l’on doit aux livres, parce qu’ils ont été là à un moment précis et qu’ils nous ont détournés de ce que nous ne voulions pas voir et qu’ensuite, après les avoir lus nous sommes allé regarder en face ? Vous dirais-je l’importance de Mort, où est ta victoire ? d’un Daniel-Rops dont je n’ai pas lu le nom quelque part depuis des siècles. J’en garde le souvenir d’une jeune fille très rousse et rebelle qui se tenait près de moi au jardin public en un temps où je voulais être partout sauf dans la vie qui était la mienne.
        Dans son livre, Garcin évoquant ses morts les mêle aux miens, ainsi de Thierry Metz qui après avoir publié Journal d’un manœuvre chez Gallimard (et que Dominique Boudou, en son temps, avait si parfaitement repéré) a trouvé chez un autre éditeur, bordelais cette fois-ci, Didier Schillinger des éditions Opales l’amitié et la possibilité de faire paraître son ultime opus : Lettres à la bien-aimée.
        Jérôme Garcin se souvient du suicide de Thierry Metz, et je me souviens moi de ce fax de Didier Schillinger : Thierry est mort. J’ai dû le garder ce fax, comme j’ai gardé sur mon téléphone portable ce SMS envoyé par Jean-Luc Veyssy le 9 octobre 2004, à 17 heures : Derrida est mort.
        Jérôme Garcin a ses chers Bordelais, parmi lesquels, en filigrane, Jean Malzac, qu’il ne nomme pas mais qu’il fait surgir en mentionnant Les Barricades mystérieuses d’Olivier Larronde. Car, pour moi, Les Barricades mystérieuses c’est avant tout, encore publié chez Opales, en 1995, Jean Malzac, qui me reçoit dans son appartement des quais de Bordeaux. Jean qui sait sa mort prochaine, annoncée, estampilléé en 4 lettres, Jean Malzac dont j’avais publié plusieurs textes dans la revue Le Bord de l’eau.
        Et que dire de Jean Forton, si cher à un autre Bordelais, Pierre Veilletet, écrivain et dont la légende veut (légende que je prétends vouloir entretenir) qu’il ait la collection entière (13 numéros) de la revue de Jean Forton : La Boîte à clous.
        Je crois bien avoir demandé à Pierre Veilletet si c’était vrai, et je crois bien que je n’ai pas envie de me souvenir de sa réponse puisque je l’ai oubliée.
         
        I - FRB
         
        J’aime les livres improbables. Mais je ne sais pas si Son excellence monsieur mon ami, de Jérôme Garcin (Gallimard) est si improbable que ça. Quand même, faire un livre sur François-Régis Bastide ne manque pas d’audace. Qui se souvient de FRB ? Jérôme Garcin dans la catégorie des livres improbables a préfacé aussi 5, rue des Italiens, de Bernard Frank (Grasset).
        Le public de ces livres je me demande qui c’est. Mais grâces soient rendues à Gallimard et Grasset pour nous proposer ces livres-là. Merci pour ce bonheur-là. Je n’ai pas rencontré Bernard Frank (qui a chroniqué Barbarie de l’ignorance, de George Steiner dans le Nouvel Obs), en revanche j’ai plusieurs fois rencontré FRB qui, pour la revue que j’animais m’a donné des feuillets écartés à la publication de L’Homme au désir lointain son ultime livre.
        J’ai même commencé un livre sur FRB ; Un livre improbable lui aussi. J’aime les radotages littéraires. Je radote puisque j’ai déjà en partie raconté ici ce que j’écris aujourd’hui. Voici un extrait de ce roman :
        « Mais il faut que j’avance, il ne faut pas qu’Agnès prenne toute la place vous comprenez, il faut que j’aille un peu plus vite, que je ne m’attarde pas trop non plus sur François-Régis Bastide dont je viens pourtant d’aller tirer de ma bibliothèque La Vie rêvée. Je n’ai pas inventé, il me l’a bien dédicacé, en novembre 94, à Saint-Émilion. J’ai dîné à son côté, il m’avait écrit lors d’un de ses passages à Bordeaux : « Venez… » J’étais allé à la librairie la Machine à lire. Je lui avais fait signer L’Homme au désir d’amour lointain pour Boris dont c’était l’anniversaire. Dans la petite revue littéraire que je venais de créer n’avais-je pas terminé ma critique par : « Après cela [le livre terminé] il vous prend des envies d’aller mettre un peu de Mahler, d’aller ” ramasser au bord de la vague le grand châle bleu de Madame Schlesinger “. Eternel retour à Flaubert. »
        Pour moi, l’un des plus grands livres de la littérature française est la Vie rêvée… FRB n’écrivait pas linéaire. L’élégance fait des embardées dans la langue, surtout écrite. Je me souviens que Christine de Rivoyre m’avait parlé de la « paresse » de François-Régis, qu’il fallait l’assigner à sa table…
        J’imagine qu’il fallait beaucoup de cigarettes, et sans doute de whisky…
        Tout cela n’est pas politiquement correct.
        J’y reviendrai.
         
        II | Irai-je en politique ?
         
        Je n’étais pas au Fémina, hier vendredi 11 janvier 2007 pour soutenir Bertrand Delanoë, Alain Rousset, et (j’ai gardé le meilleur pour la fin — auriez-vous pensé que j’étais à ce point indélicat ? — ma délicieuse Michèle Delaunay dans leur combat pour battre Alain Juppé lors des prochaines élections municipales. J’ai déjà filmé les trois, et j’étais moi aussi en politique à la même heure. Côté perso cette fois.
        Je n’habite pas Bordeaux mais une commune de quelque 3 000 âmes, et comme j’ai une petite notoriété (et que je m’étais déjà présenté sur une liste de gauche en 1995, 96 ?) on me demande de repiquer au truc.
        Figurez-vous qu’il y a déjà deux listes.
        Une de droite, et une d’encore plus droite me dit-on. Me dit-on, dis-je, car je ne connais personne. Je n’ai pas beaucoup fréquenté les gens de la mairie, sauf du temps du défunt maire François-Xavier Michelet, puisque nous avions créé ensemble un salon du livre (j’ai assuré les deux premières éditions ; on m’a écarté pour la troisième ; et il n’y a pas eu de quatrième édition). Pour le reste, silence.
        Du reste, je vis très à l’écart, géographiquement du centre de la commune. Je passe donc mon temps à la traverser et j’y connais peu de monde.
        Or donc, tandis que je n’étais pas au Fémina avec les grandes pointures de la politique j’étais avec avec l’embryonnaire troisième liste. De gauche, elle. Je dis ça, pour faire vite : je ne sais pas s’ils ont tous de gauche sur cette troisième liste. J’étais là pour tenter une conciliation. Entre deux hommes qui ont une surface politique dans le coin mais que tout oppose. Enfin, que tout semble opposer. J’ai de l’estime pour les deux, et moi, la politique c’est plutôt en dilettante que je la pratique. Mais on peut faire les choses sérieusement en dilettante. Mais si, mais si, je vous assure. Le dilettantisme est un recul qui permet d’affiner le regard et d’aiguiser la critique.
        Moi, je vais là-dedans pour les idées, pas pour les curages de fossés. Essayer de prendre une commune à la droite, et à plus forte raison à la droite de la droite est une raison d’aller au charbon. Toutefois, modérons le propos. La tête de liste de la liste de droite, j’ai quelques infos sur lui, je l’ai même rencontré, c’est un type bien. Bien, mais de droite. Alors, respect certes, mais chacun chez soi. Il avait dit cette tête de liste qu’il passerait me voir. Il n’est pas venu. Il a dû penser qu’il perdrait son temps avec moi, et voulez-vous que je vous dise : il a vu juste.
        Celui de l’autre liste, j’ai même du mal à me souvenir de son nom. C’est dire comme ça me passionne ces hstoires-là. Mais j’y vais. C’est pour ça que hier soir ces deux types de gauche je voulais qu’ils soient face à face. La réunion a duré près de quatre heures…
        Je vous le dis moi, elle a un problème la gauche : son exigence…
        J’y reviendrai.

        10 janvier 2008 | Simone de Beauvoir, again
        Paris est une ville qui trépide. Entendez par-là qu’elle frémit. Surtout sous les pieds. Ça vrombit, ça grelotte.
        Je ne sens pas le sol assuré à Paris. Trop de trous, de galeries, et ce râle rageur du métro qui surgit jusque dans la mairie de Paris (4e) et enfle sous les ors, lambris et caissons de la République.
        Je me demande s’ils ont deux mairies dans le 4e. Et comment ils font, les Parisiens, pour s’y retrouver. - Je t’attends devant la mairie. - Ah oui, laquelle ?
        Je crois que j’ai l’art de me poser des questions stupides, et je vais même, souvent, jusqu’à tenter d’y répondre. Exemple : est-ce que le métro passe sous la mairie de Paris ?
        Parce que ça m’inquiète. C’est un monument imposant que cette mairie-là, très, énorme. Tout en pierres de château-fort. Déjà que c’est au bord de la Seine, si, en plus il y a le métro qui la traverse et qui ébranle les fondations, est-ce que ça ne risque pas de s’effondrer cette affaire-là ? Et quand ?
        Parce que ça vibre. Moi, j’ai senti que ça vibrait.
        Je vous raconte ça parce que ce mercredi 9 janvier 2008, j’y étais à la mairie de Paris justement.
        Il était 19h30…
        Je ne sais plus qui parlait de Julia Kristeva, de Pascale Fautrier, de Fadela Amara ou de Marie-France Pisier quand je me suis dit que ça pouvait s’effondrer maintenant, là, juste au moment où j’y suis. Frédéric Vignale (www.lemague.net) qui était là aussi aurait assuré les images du 20 heures. Mais je vous assure que là où j’étais — au fond du salon — je n’entendais pas les intervenantes à chaque fois qu’un métro passait. Je n’écoutais pas vraiment non plus, j’avoue. Pourtant, à un moment, Marie-France Pisier — délicieuse, beaucoup plus blonde que chez Truffaut, et plus charnelle aussi (je l’ai toujours trouvée un peu pimbêche au cinéma MPF, pas vous ?) — a lu une lettre d’adieu de Simone de Beauvoir (SDB) à Nelson Algren, et là c’était sombrement émouvant. Sans affectation. J’ai découvert qu’elle a de l’humour MFP : avant de lire cette lettre où SDB écrit à Nelson que ça y est qu’elle est une vieille femme, qu’il faut savoir quitter la scène — moi, je me demandais quel âge elle pouvait avoir Simone à cette époque-là et si c’était la ménopause qui était en cause — MFP nous a renseignés d’un ton enjoué (je ne mets pas de guillemets parce que ce n’est pas une citation, c’est moi qui traduis : Pensez-vous, elle avait 45 ans Simone quand elle large le Nelson. Et pourquoi elle l’embrouille le chicagoen (vous le savez vous, comment s’appellent les habitants de Chicago ?) oui, la Simone est sur un autre coup. Et il a 28 ans ce coup-là (de mémoire) et c’est Claude Lanzmann.
        ***
        Il n’y avait pas Bertrand Delanoë, ni Anne Hidalgo (la belle Anne). Ils avaient un bon prétexte les politiques pour être absents : un enterrement. Celui de Raymond Forni, en pleine France profonde, Besançon je crois.
        ***
        Les commémorations, c’est toujours un peu pathétique. Inutiles et indispensables. Quand même, entendre parler de Simone de Beauvoir, dans le luxe (non-fumeur) de la mairie de Paris a quelque chose de, comment dire : inadéquat ?
        La bonne nouvelle c’est que vient d’être créé un prix Simone de Beauvoir. Ce dont se réjouit le fille adoptive de SDB, Sylvie-Le Bon-de-Beauvoir.
        Ce qui est étrange c’est la ressemblance — qui me frappe (en douceur) — entre SDB et sa fille. Je me pose bien sûr la question stupide de savoir si c’est volontaire.
        ***
        Ah, j’allais oublier Fadela Amara. Seule(e) politique présent(e). Elle est pressée Fadela. Elle nous fait savoir qu’elle n’a pas le temps d’attendre que Marie-France ait fini de lire les lettre de SDB à Nelson. Elle nous assure Fadela qu’elle a eu de la chance de lire SDB, mais qu’elle doit partir. Elle dit tout ce que Ni putes ni soumises doit à Simone de Beauvoir mais qu’elle doit partir, qu’elle est désolée.. Elle ajoute qu’elle se réjouit que la culture fasse partie du paysage politique mais qu’il faut qu’elle parte.
        Elle part.
        Faut pas rêver : les politiques n’ont rien à foutre de la culture. Pour eux, la seule culture, c’est la politique.
        ***
        Il y avait beaucoup de femmes pour l’inauguration du colloque Beauvoir (dont un éditeur qui n’est cher va publier les actes au moins de mai 2008). Julia, toujours aussi belle, et si pâle sous ses immenses lunettes aux verres à moitié noirs — un ange, cette femme, si légère, et cet accent, ténu qui me remue jusqu’au fond de l’âme — Julia me dit que je vais recevoir une cassette audio de la contribution que Philippe a donnée dans l’après-midi. Vous rendez-vous compte : mon Sollers dans les oreilles, parce que figurez-vous que je ne vais laisser à personne le soin de retranscrire ce qu’il a dit le Philou. (Quoi ? Qui me dit qu’il est dépressif Philippe ? Qu’il boit son bordeaux, et paf, à 21 heures au lit ! Qui ose dire une chose pareille ?)
        Mais la plus belle voyez-vous, c’est sans doute Dominique Desanti (je ne vous dirai pas son âge), minuscule, arquée sur sa canne, si minuscule que dans ce geste irréfléchi — un baise-main quoi — je me casse le dos. Adorable vieille dame qui me dit combien son Jean-Toussaint était un homme adorable — Jean-Toussaint dont je me souviens du regard pétillant — et qui ne se prétendait pas féministe lui : il l’était !
        ***
        Champagne et amuse-gueules.
        Je vais de Marie-France Piser à Marie-Christine Marsaguet, de Julia à Karin, d’une belle inconnue à Pascale Fautrier, d’Antoine Spire (mon vieux complice) à Frédéric Vignale (mon récent complice).
        ***
        Tout cela est vrai. Il y avait deux Dvcam pour ce film réalisé par Pierre Seguin (qu’un éditeur qui m’est cher va coproduire avec Saraband films).
        ***
        Ah (mais non, je n’allais pas oublier), pour finir ce clin d’œil de Rost (R.O.S.T)… Et puis, non, je suis claqué, ce sera pour demain…

        6 janvier 2008 | T'as un beau cul tu sais !
        C’est le centenaire de sa naissance, en cette année 2008, à Simone de Beauvoir.
        Il y a cette photo de «Simone la scandaleuse» que m’a envoyée une bloggeuse d’ici : Simone dans une salle de bains, nue, de dos. Superbe.
        Qu’elle pût être bandante Simone, voilà qui m’avait échappé. Et je le regrette. J’en étais resté à ce que disait Camus (Camus, qu’elle aurait, paraît-il, bien aimé se faire SDB — Simone de Beauvoir, pas salle de bains), et que disait Camus de SDB : «Un réveil dans un frigidaire.» Bah, j’en doute moi, maintenant.
        J’ai quelque part une lettre manuscrite de SDB. J’ai le souvenir d’une écriture vieillotte, tremblotante. Et elle n’y va pas par quatre chemins pour me dire ce qu’elle en pense de ce manuscrit que je lui ai soumis. En substance : «C’est nul, ça ne m’étonne pas que les éditeurs le refusent.»
        Paf. C’est cette femme nue, de dos, avec des fesses très hautes, bien tentantes pour une sodo qui m’a traité de nul. Pas grave, Simone, plus ça va plus je t’aime. Et pourtant, tu sais, ils m’en ont dit du mal de toi. Même mon vieil ami Francis qui a écrit un livre sur toi te règle ton compte. Pour lui tu étais une immense oreille, tu aurais voulu tout enregistrer de ce qui se disait, tout le temps. Il a une dent contre toi mon vieil ami : tu l’as viré. Vous ne vous êtes jamais revus. Il avait dit, Francis, à un journaliste de «France Soir» que Sartre devenait aveugle.
        Simone, t’es un peu faux cul (faux, mais beau, ton cul, Simone) parce que, hein, dans La cérémonie des adieux tu te prives peut-être de raconter la décrépitude physique du JPS (JPS, tiens, j’ai fumé ça dans le temps) !
        « T’as un beau cul tu sais ? »

        5 décembre 2008 | Naissance d’un livre
        Un des moments forts de la vie d’un éditeur c’est sans doute quand il reçoit — fleurant encore l’odeur si particulière du papier fraîchement encré — les livres de chez l’imprimeur.
        A peine la palette débarquée imaginez-nous nous jetant sur les caisses, déchirant, Opinel, ciseaux, griffes dehors pour déchirer ce putain de film plastique qui n’en finit plus de s’étirer de nous résister, bref, de nous emmerder.
        A un moment il est là, lui, le livre…
        Des semaines que nous savons que cet instant va arriver, qu’on va l’avoir entre les mains de machin virtuel qui a défilé tant et tant de fois sur l’écran, qu’on a tant et tant de fois scruté en sortie imprimante pour traquer les coquilles, les veuves et les orphelines, les bas de pages qui ont dérapé, les italiques et les guillemets, les ponctuations doubles, les espaces fines, les insécables, les renfoncements et tout ce bidouillage dont les règles sont une bible sans concessions.
        Alors le voilà. On l’a en mains le truc.
        Silence.
        On commence par un silence. Chacun de nous trois, parfois quatre l’inspectant. Le graphiste lui, ce qui le capte immédiatement, c’est la couv’. «Trop con cet imprimeur.» Le graphiste n’est jamais JAMAIS satisfait. Il faut qu’on le rassure. «Mais si elle est très bien ta couv’… peut-être… peut-être un peu… un peu…»
        Moi, moi, moi j’ouvre au hasard : neuf fois sur dix je le sais je vais tomber sur une coquille. C’est imparable. Si je ne tombe pas tout de suite sur une coquille c’est que c’est réussi. Allez, à la louche, il n’y aura pas plus de trois coquilles. Pensez : 3 erreurs sur 300.000 signes, c’est pas du résultat ça ?
        C’est déjà fini.
        Encore un.
        Services de presse.
        Appel à l’auteur pour le rassurer : «Oui, il est là. Comment il est ?»
        L’auteur est inquiet comme nous l’étions, mais nous ne le sommes plus, alors, on se venge : «Ouais, pas mal !»
        Il faut bien, de temps en temps qu’on lui fasse payer nos angoisses à l’auteur.

        4 décembre 2008 | Les chemises à carreaux de NS
        Le blog, si tant est qu’il puisse être un art, serait-il un art éphémère ?
        Une panne informatique, et tout disparaît…
        Cathédrale de sable, il ne reste au creux de la main qu’un peu de vent, un sentiment d’inanité. Tout à coup, un silence se fait. Quelque chose du dépit, de l’ordre de la résignation succède à une vague rancune.
        Moi qui suis habitué à la concrétude du livre, à son épaisseur entre les doigts une déception pointe. La virtualité redevient ce qu’elle est et qu’on avait oubliée. Et la sagesse se présente, me glisse à l’oreille que tout est vanité… au sens de vain comme de vide.
        J’ai repris une dose de sagesse voyez-vous ; je savais tout cela, mais vous savez comme on oublie, comme on cherche sans cesse à s’illusionner, à croire en l’éternité.
        Quelques bonnes âmes, se croyant affranchies, me diront qu’en somme je fais beaucoup de bruit pour rien. Elles auront raison.
        Pendant que j’y pense, puisqu’il se peut que je rencontre Nicolas Sarkozy la semaine prochaine, que je n’oublie pas de lui dire que ses chemises à carreaux, non, décidément ce n’est pas possible !

        2 janvier 2008 | Carte de voeux


        1 janvier 2007 | Les voeux de Vincent SDF | Vidéo : Dominique-Emmanuel Blanchard
        Opus 3 : Toujours près de sa caserne de pompiers à Bordeaux,
        Vincent présente ses voeux pour 2008.