BLOG DE DEB
         
        Journal politique & littéraire 2007
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        Le blog de Dominique-Emmanuel Blanchard

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      24 décembre 2007 | Noël, etc.
      Est-ce que tout n’a pas été dit ?
      Du reste ne suis-je pas inscrit au CCCFN : Lutte activement contre toute forme d’expression des fêtes de Noël, boycotte de cadeaux, des décorations de beaufs et autres dindes au marron. Halte à cette foire au business !
       
      Mais cela dit, est-ce que ça ne viendrait pas à manquer cette comédie, si elle venait à disparaître ? C’est comme les discours officiels au moment de l’inauguration : quand il n’y en a pas, eh bien, il y a comme un petit goût d’incomplétude.
      Le problème n’est pas là. Moi, Noël, ça me fout le cafard, le bourdon, le blues…
      Je suis sûr qu’un psy m’expliquerait ça.
      Du reste je crois savoir ce qui me fout l’âme de traviole à Noël.
      C’est un souvenir… Le souvenir d’un vieil homme dans mon village en enfance, là-bas… Il était assis dans son jardin… Avec une barbe blanche un peu là. Et je ne sais pas pourquoi, mais ce moment-là, ce bref moment à été un instant de bonheur absolu…
      Vous devez avoir connu ça, une de ces fulgurances de l’enfance où c’est sûr le bonheur, c’est ça: ce truc-là, juste à ce moment-là…
      Et, voyez-vous, si j’insiste, si je me plonge de façon tout à fait proustienne dans cette seconde d’éternité je vais y aller d’un chianlage sur mon clavier qui va clapoter en clavardant…
      Mais je me reprends (je me reprends très bien quand je veux), autour de moi ils sont quelques-unes et quelques-uns à aimer ça Noël et tout le bazar…
      Alors, faisons comme si je n’avais rien dit…
      Je me lance : merry Christmas à vous toutes et à vous tous qui me faites l’amitié (irritée parfois, je le sais) de partager ce blog qui, sans vous, ne serait pas…

      20 décembre 2007 | Le style bordel !
      J’ai noté que ça arrivait souvent comme ça : après des semaines d’indigences littéraires surgissent, deux, trois manuscrits qui m’enchantent.
      Hier c’était Malateste, aujourd’hui c’est Apostrophe aux contemporains de ma mort.
      Que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit d’une œuvre réjouissante malgré son titre. À commencer par son style.
      L’ai-je assez déplorée cette pauvreté du style dans ce qui tombe dans la boîte postale et sur les messageries de BDL !
      Et voilà que coup sur coup le style renaît, ne cesse de renaître de ses cendres (je vous épargnerai le cliché du Phénix, enfin, presque).
      Voulez-vous un exemple de ce fameux style dont il m’arrive de rebattre les oreilles des incrédules ? Oui, n’est-ce pas ?
      Voici donc :
      « Ensuite je ne sais plus, j’ai un trou de mémoire. Je crois que les événements se sont précipités. Qu’on sache seulement que d’assis je me suis retrouvé couché sur le dos, qu’il n’était plus à côté de moi, mais sur moi, et que de paroles entre nous il ne pouvait être question, car il s’affairait à rendre la chose impossible à lui comme à moi. »
       
      Clic, clac, photo !

      19 décembre 2007 | Malateste
      Il m’arrive quelque chose que je déteste et qui me passionne.
      Quelque chose qui perturbe mes jours et mes nuits désormais et bouscule mon tempo intérieur : un manuscrit.
      Ce qui, dans la vie d’un éditeur est somme toutes assez banal. Pas tant que ça.
      Le problème ? Où est le problème me demanderez-vous, où est le problème ?
      C’est un gros, un très gros, un vraiment très gros manuscrit. Dans les 1000 pages, corps de 10 interlignage de 12, voire 11. Et c’est là ma souffrance d’éditeur :
      1) Cela veut dire, des heures, et des heures et des heures encore de lecture. Prises sur le temps de travail, sur le sommeil, sur le reste du temps quoi !
      2) Cela coûte un fric fou de faire un pavé. De mise en page, de correction, d’impression et tutti quanti.
      Et le truc, le truc qui me terrasse, m’anéantit, me chagrine c’est que c’est (je le pressens alors que je n’en suis qu’au début), c’est, disais-je, probablement un chef d’œuvre.
      Son auteur l’a écrit il y a 30 ans, l’a mis dans un tiroir et l’a oublié.
      Mais pute borgne, c’est inhumain !
      Pensez aux frais postaux… 1000 pages, en gros c’est, en gros, 1,2 kg, au bas mot. Frais d’affranchissement :4, 98 euros. Cela veut dire que non seulement vous envoyez gratis les S/P aux journalistes qui un jour ou l’autre les vendent, mais, qu’en plus vous lui offrez 4,98 euros (sans compter le prix de l’emballage).
      Voilà, c’était une petite chronique de l’éditeur.
      Je vous raconterai la suite de l’aventure de ce très gros manuscrit.
      Son titre ?
      Malateste…

      16 décembre 2007 | 1,2,3… feu !
      1) Le retour manqué des Don Quichotte
      titre Sud Ouest Dimanche du 16 décembre 2007. Comment ça, manqué ? En tout cas, ceux qui étaient au rendez-vous c’étaient bien les flics ! Allez dégagez, ça fait désordre…
      Ce titre m’interroge : qu’a voulu dire le journaliste, à moins que ce ne soit le rédac-chef ? Pourquoi manqué, ce rendez-vous ? Avec qui ? Avec les médias ? Avec l’opinion publique ? Rendez-vous saboté ne conviendrait-il pas mieux ?
      Christine Boutin, notre chère, très chère très compassionnelle Christine Boutin voit dans ces campements une «mise en danger de la vie d’autrui».
      Derrière la grille du confessionnal le prêtre la rappellera-t-il à un peu de charité chrétienne ?
       
      2) Travailler plus pour gagner autant…
      «La cour d’appel de Bordeaux a débouté hier des salariés qui avaient obtenu l’annulation d’un accord signé entre deux syndicats et la direction de Sogerma Services qui prévoyait de ramener, sans hausse de salaire, le temps de travail hebdomadaire de 35 à 39 heures. L’accord d’entreprise avait été signé dans la société de maintenance aéronautique Sogerma Services de Mérignac (Gironde) par FO et la CFE-CGC.»
      (Source, Les Échos.fr.)
       
      3)Kadhafi parti…
      Je vois, moi, une petite leçon qui nous a été administrée, un miroir qui nous a été présenté : celui de l’arrogance. La nôtre. Kadhafi rappelle, en passant, qu’avant de donner des leçons de morale, la France ferait bien de balayer devant sa porte. Message reçu : la France de Sarkozy nettoie : les Sans-bris et les travailleurs…
      Ah mais !

      14 décembre 2007 | “Le jour se lève…”
      Longtemps je me suis levé tard. “Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt” qu’ils disaient les autres. Voire ! Les gens qui se lèvent aux aurores c’est plutôt pour aller bosser non ? Le “travailler plus pour gagner plus”, en somme !
      A une époque aussi, j’allais me coucher quand les autres se réveillaient. C’était très romanesque : je traversais les vieux quartiers, les putes étaient déjà au turbin, avachies sur leurs chaises, à même le trottoir. Mais là je vous parle d’un temps…
      Un vieux temps quoi !
      Maintenant il m’arrive d’être debout dès cinq heures du mat’. Tenez, ce matin précisément l’ami Redeker est déjà devant son ordinateur, à 6 o’clock… Il m’envoie des critiques qu’il a eues sur son bouquin paru aux USA et dont j’ai été l’éditeur de la version originale, en français.
      Je lui demande comment il va RR. “Toujours pareil”, me dit-il, c’est-à-dire, reclus, en marge, en exil… On se dit qu’on va se voir bientôt, que je vais réaliser un nouvel entretien vidéo avec lui… On se dit ça depuis des mois…
      On se dit ça aussi Francis Jeanson et moi, depuis des années… Et pendant ce temps Christiane meurt et Francis, à 85 ans, n’en finit plus d’aller d’hôpital en maison de convalescence… Appels téléphoniques du soir… Là où nous parlions politique et philosophie nous n’évoquons plus désormais que tracas du corps… Trahison de la machine humaine qui renâcle à se remettre en état de fonctionner…
      Déjà sept heures… La radio annonce qu’il fait de plus en plus froid. Comme d’habitude un poids lourd s’est foutu en travers de la route… Comme d’habitude il y a des embouteillages… Mon café est froid… Un peu de cette magie de l’aube et de ses promesses se dissipe…
      “Le jour se lève, il faut tenter de vivre.”
      Cette phrase que prononce Michèle Delaunay, dans le film que j’ai réalisé sur elle, nous a aidés à vivre, l’un et l’autre. Nous nous le sommes dit, comme une confidence, mais dans l’ordre de ces confidences qu’il faut partager avec d’autres.
      Le Cimetière marin, de Paul Valery est aussi un livre essentiel pour Francis Jeanson. Il n’y aurait donc pas de hasard, puisque, évoquant Francis et Michèle séparément, voilà que Valery les lient.
      Le sens…

      11 décembre 2007 | Vieillir, dit-il…
      Vieillir, ah la belle affaire !
      À un moment, paf, tu fais la bascule dans ta tête.
      À force de voir grandir ton cimetière perso tu finis par te dire que ça n’a «aucoune importance», comme le dirait Picasso avec cet accent que j’entends toujours.
      Je vous le dis tout net : moi, je m’en fous.
      Pute borgne, où est le problème ? Y a des avantages je vous dis, à vieillir : cool, on devient. Tant qu’on bande, ça va… Au fond, le reste c’est du pipeau.
      Le seul truc que je regretterai c’est ça : le plaisir d’une belle et profonde éjaculation… Je n’ai pas dit faire l’amour. Le truc machin, toi et moi et tout le cirque, ah non : trop nul !
      Si c’était à refaire, je ne m’occuperais que de cul… L’amour ? Ah, j’entends que ça gronde : l’amour, L’Amour… Des conneries.
      Tiens, quand tu regardes ça, quand tu te retournes et que tu vois ça, l’amour, et que tu entends toutes les conneries qui allaient avec, bah, c’est à pleurer de rire.
      Yo !

      10 décembre 2007 | Le demi-frère de Mathieu Amalric
      Les stars, on l’oublie souvent, ont des frères, des sœurs — et plus souvent encore que l’on ne l’imagine — des demi-frères et des demi-sœurs.
      C’est comme ça que j’ai rencontré, à Paris, le demi-frère de Patrick Dewaere.
      C’est comme ça que j’ai rencontré, à Bordeaux, le demi-frère de Mathieu Amalric.
      C’était à Stalingrad, à l’arrêt du tram.
      Pute borgne qu’il faisait froid ! Ce devait être en octobre, en 2007, tout récent le truc.
      Alors il y a cet homme qui me dit qu’il fait froid. Et on tombe d’accord. Et aussitôt il me dit qu’il est le frère de Mathieu Amalric.
      Au débotté. je n’y étais plus du tout. Amalric, oui, l’acteur, oui, oui, bien sûr… Mon demi-frère, m’explique le demi-frère, on est faux jumeaux… Très peu de mois de différence, très peu.
      Ah oui, Mathieu Amalric ! Je me souviens.
      Mon dernier neurone commence à dégeler.
      Ce film… S’appelait comment ce film ? Ah oui : « Comment je me suis disputé. » Desplechin. Le demi-frère m’explique que Mathieu et lui ils n’ont pas le même père… ou la même mère… Qu’ils ne se connaissent pas beaucoup. Moi, je suis un mec sympa, mais si, mais si… Quand même, je m’étonne : Quel âge a t-il donc Mathieu ?
      Parce que, comme ça, à vue de nez, le demi-frère et faux jumeau doit bien friser la cinquantaine…
      Quel âge vous lui donnez à Mathieu ? me demande-t-il. Ah qu’elle est bonne la question. Gênante tout de même. J’y vais sur la pointe des pieds : quarante… la quarantaine…
      Eh non, s’exclame l’autre : 51… 51 ans, comme moi, forcément !
      Forcément, s’ils sont jumeaux, même faux… Ce dont je doute de plus en plus…
      Mais peut-être qu’il fait jeune Mathieu Amalric… Voyez Jean-Michel Jarre qui fait la moitié de son âge…
      Ici, une pause nécessaire au calcul mental de l’âge de JMJ…
      Je suis allé voir sur Wikipédia : « Mathieu Amalric, né le 25 octobre 1965 à Neuilly-sur-Seine, est un acteur et un réalisateur français de cinéma. Il s’est vu décerner le César du meilleur espoir masculin en 1997 pour Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin et le César du meilleur acteur en 2005 pour Rois et Reine d’Arnaud Desplechin. »
      Donc il aurait, je dis bien, il aurait : 42 ans. Quel menteur ce Mathieu !
      Maintenant vous le savez : il a 51 ans…
      Voilà un mensonge dénoncé.
      Mon informateur est monté avec moi dans le tram.
      Comme il y avait foule je n’ai pas pu pousser plus loin mes investigations.
      Mais j’en savais assez pour mon scoop.
      Et vous, ça vous fait combien déjà ?

      8 décembre 2007 | To be
      Restons donc sur ce chapitre de l’exercice de la liberté à travers celui du blog et autres commentaires sur le net .
      Que constatons-nous ?
      En premier lieu : un anonymat massif, péremptoire et qui exige, ne cesse d’exiger, de l’autre, bien sûr…
      Il y a des années que je pratique le net, de blog en forum, de chat en commentaire, de MSN en Facebook, de Dailymotion en Meetic, etc.
      On y rencontre, en réalité, beaucoup de fantômes (Fantômes de la liberté ?).
      Alors que je ne cache ni mon visage ni ma profession ni la plupart de mes activités « artistiques » militantes et personnelles — mes interlocuteurs (interlocutrices) le plus souvent avancent masqué(e)s.
      Pseudo et illustration.
      Anonymat total, disais-je…
      Et ce sont bien ceux-là (celles-là — j’insiste sur le masculin et le féminin car beaucoup de femmes parcourent le net) qui se posent en redresseurs (en redresseuses de torts) en donneurs (donneuses) de leçons et se réfugient dans la dérision quand la position est intenable.
      En somme, l’isoloir des élections… C’est-à-dire, l’hypocrisie majeure, institutionnalisée. Quelque chose, en laïc, du confessionnal.
      Comment, dans cette configuration un échange peut-il exister ?
      A mes commentateurs (à mes commentatrices) ne devrais-je pas, à chaque répondre ceci :
      Tu viens me parler de toi sans me dire qui tu es, sans me montrer ton image, en clair : sans rien donner de toi. Comment veux-tu que je puisse te respecter et croire à tes convictions, à ce que tu me dis penser puisque je ne sais pas qui respecter ? Puisque tu n’existes pas…
      Comment peux-tu croire un seul instant que je puisse être en phase avec toi dans ce rapport aussi inégalitaire où je suis le seul à me donner en pâture ?
      De là vient le problème. Sous l’anonymat perce la volonté farouche d’exister, de se manifester malgré tout.
      « Montrer en dissimulant » aurait pu écrire Barthes.
      To be or not to be…

      7 décembre 2007 | I love you
      Ceci de très particulier sur les blogs : on y est souvent lu au premier degré et commenté à ce même premier degré.
      À cela s’ajoutent les commentaires lus, à leur tour, à ce premier degré qui n’est en somme, rien d’autre, que de la méfiance… Quelque chose de l’ordre du danger est là, inavoué, en embuscade.
      « Tu te prends pour qui, toi ? »
      Le tutoiement, d’office, élimine toute distance. L’échange, instantané, est frontal, sans nuances. « Si tu écrit ton blog c’est que tu as besoin de moi… » Le lecteur (la lectrice) de blogs est de la sorte, sollicité(e), ce qui lui donne, croit-il, croit-elle, tous les droits. Le blog, par son interactivité, place tout le monde sur le même plan. La lecture du blog n’a rien à voir avec la lecture d’un livre. Il n’y a pas acte d’achat. Ce qui est gratuit ne vaut donc rien. Ainsi tout s’est inversé : ce qui ne se paie pas d’espèces sonnantes et trébuchantes est devenu suspect.
      Pas d’illusions à se faire : si le blogueur (la blogueuse) n’est pas un miroir complaisant (qui doit renvoyer, du lecteur, de la lectrice, une image gratifiante) alors il y a rejet.
      Toute la médiocrité s’explique à partir de ça : il ne faut pas contrarier le public…
      Alors on nous flatte.
      I love you…

      6 décembre 2007 | De grâce !
      Admirable cet acharnement qui se manifeste ici et là à ne «pas se prendre la tête».
      Curieux cette volonté d’éradiquer les derniers bastions de la pensée (ou de quelque chose qui y ressemble)…
      Pourtant, me semble t-il, les lieux où «on ne se prend pas la tête» ne sont-ils pas légion : la télévision (à commencer par TF1), la radio (à commencer par Rires et chansons), la presse, les livres ?
      La bêtise ne ruisselle t-elle pas de bêtise crasse à longueur d’ondes, d’images, de sites, de blogs, de chats, de forums ?
      Bref, il n’y a que l’embarras du choix. Enfin, je crois…
      Alors, de grâce, s’il vous arrive de croiser par hasard quelques pauvres bougres (et bougresses) qui pensent que penser vaut le coup, ne leur donnez pas le coup de grâce.
      De grâce !

      4 décembre 2007 | Cette main sur mon épaule
      J’avais prévu d’écrire un “billet” qui commencerait par ces mots : “Cette main sur mon épaule, cette main d’aveugle c’est celle de Jean-Edern Hallier…”
      Et puis voilà, des rendez-vous, avec Jean Dufour d’abord, Jean qui me parle de ces “monstres” qu’il a connus : Brel, Brassens, Ferré et tant d’autres…
      Et puis ces retrouvailles ce soir à la terrasse du Régent à Bordeaux avec Pierre, après 26 années…
      Pierre qui me confirme que Paulo, mon frère amérindien est bien mort : d’une morsure de serpent… Nous retournerons en Amazonie Pierre et moi, peut-être ensemble…
      C’est que le temps commence à manquer voyez-vous : il ne faut plus traîner en route…
      Je viens aussi de voir Vincent, près de sa caserne. Il me répète qu’il n’a pas froid, que sa radio marche bien. Je lui ai offert une cigarette, du feu. Bonne nuit Vincent.
      Pardonnez-moi d’être un peu triste ce soir.

      04 décembre 2007 | Personne et personnage
      Faut-il confondre personne et personnage ?
      Telle était la question que mon fils croyait avoir lue lors d’un contrôle de philo.
      J’en tire, moi, quelques petites idées que je livre ici en vrac…
      Dans le sens commun, les notions de "personne" et "personnage" sont différentes : en effet, le terme "personne" est attribué à l'individu de l'espèce humaine ; le terme "personnage", lui, signifie d’abord l’illusion, l'apparence, la représentation, issues de la fiction ou de l’inconscient collectif et dans tous les cas il est défini comme étant une attitude jouée.
      Donc, a priori, aucune confusion n’est possible : la personne est "vraie" et le personnage est inventé, c’est-à-dire, d’une certaine manière "faux". Néanmoins, ces deux termes ont pour étymologie le mot grec "persona" (masque).
      Comment s’est opéré ce glissement ?
      La personne n'est pas un personnage ! Pourquoi ? Parce que la personne détient une identité réelle, légale au regard de l’état civil.
      Le personnage, lui, est une représentation. Il "joue" un rôle pour une identité inventée. Cependant, "personne" et "personnage" ne peuvent-ils être confondus? Ne peut-il y avoir un processus d'identification par rapport à la fiction ? Ne peut-ilsubsister venant de la part d'un être, une volonté de s'identifier à une image lorsque l'on ne se satisfait plus de sa seule réalité sociale?
      Quelqu’un d'autre. Être quelqu'un d'autre!
      Domination du paraître sur l'être.
      Vous avez dit identité ?
      Et vous : personne ou personnage ?

      29 novembre 2007 | Le Talon de fer
      Ce qui traîne, brûle, crie dans l’actualité sociale et politique me donne l’envie de relireLe Talon de fer de Jack London.
      Par manque de temps je ne peux qu’emprunter ce qu’en dit Myosotis :
      London est, tout simplement, le plus grand auteur de science-fiction à caractère politique qui ait jamais écrit au XIXe. Dans le Talon de Fer, London imagine qu’une révolution socialiste éclate aux Etats-Unis et est sévèrement réprimée par les conservateurs.
      Des Communes se forment à Chicago et ailleurs, des traîtres ont infiltré le mouvement ouvrier, des “jaunes” se vendent contre des positions dans la nouvelle société, des hommes périssent, des têtes tombent, des gens s’aiment.
      Le Talon de Fer marque l’apposition d’un joug infâme sur le monde et l’affirmation sans conteste de la domination bourgeoise. Cette domination qui passe par le contrôle de la presse, le contrôle de la mémoire collective et du récit historique des évènements est décrite avec des raffinements qui rappellent Orwell.
      London nappe le tout d’une histoire d’amour inter-classes à faire se pâmer les amoureux du “Titanic” de Cameron. Néanmoins, alors qu’Orwell dénonçait en creux et en avance les totalitarismes (Staline et là on simplifie), London est déjà cinquante ans plus loin.

      Dans une dernière interview, London déclarait :
      “Vous pouvez vous demander pourquoi je suis pessimiste ; je me le demande souvent moi-même. Je possède la chose la plus précieuse au monde : l’amour d’une femme ; j’ai de beaux enfants, j’ai beaucoup d’argent ; j’ai du succès comme écrivain; j’ai beaucoup d’hommes qui travaillent pour moi (…) Je vois les choses sans passion, scientifiquement, et tout m’apparaît le plus souvent sans espoir. Après de longues années de travail et de croissance, les gens sont plus mal à l’aise que jamais. Il y a une puissante classe dominante qui a l’intention de consolider ses possessions. Je vois des années d’effusions sanglantes. Je vois la classe dirigeante qui engage des armées de meurtriers pour maintenir les travailleurs sous sa domination, pour les vaincre s’ils tentaient de déposséder les capitalistes. C’est pourquoi je suis pessimiste. Je vois les choses à la clarté de l’Histoire et des lois de la nature.”
      Myosotis

      ***
      La conclusion de DEB : les talonnettes de fer, ce n’est pas mal non plus…

      28.11.2007 | Todd 2005, prénom Olivier
      Le regard des vieillards est extraordinaire : il semble voir quelque chose d’effrayant dont ils ne parlent pas ; c’est leur secret, leur marque de fabrique.
      J’ai vu ce regard-là chez Francis Jeanson aussi. Un regard d’au-delà, comme s’il observait l’indicible, un quelque chose que les mots ne peuvent dire.
      Plusieurs fois Olivier Todd s’inquiète de ma sollicitude : « Mais enfin, j’ai l’air aussi vieux que cela ? »
      Il est un peu sourd. Il le cache, mais cela se remarque assez vite. Ses yeux se perdent en l’air : comment ? comment ?
      Difficile d’être dans l’intime quand il faut hausser le ton.
      A cet entretien qu’il m’accorde pour parler de Sartre il arrive ces mots-là, exactement ceux-là: « Je n’ai rien à dire sur Sartre. »
      Il a pourtant fait plusieurs livres sur Sartre.
       
      Nous serons face à face un long moment, muets.
      Jusqu’à ce que je lâche, avec colère : « De quoi parle-t-on quand on n'a rien à dire ?»
      Ensuite, je m’écarterai de lui. Il ne comprendra rien. J’aurai fait toutes les avances, tenté toutes les complicités. En vain. Mais j’aime ça ; je retrouve alors ma liberté, mon sens critique.
      Tant pis pour toi mon vieil Olivier, j’ai failli t’aimer, t’as rien compris, tant pis pour ta gueule ! Comme ça je vais pouvoir raconter tes menus snobismes, ton tee shirt, n’est-ce pas, acheté à Los Angeles, ta tache de sang sur le revers de ta veste, tes absences de mémoire.
      Tu es tombé dans le piège mon vieux Todd, j’ai vingt ans d’avance sur toi, vingt ans avant de devenir comme toi, vingt ans au pire pour ne pas rencontrer quelqu’un comme moi.
      Tu n’es pas gentil, tu n’as pas la générosité dont Sartre t’a donné l’exemple, tu as trop peur de mourir, toi.
      Tu penses trop à toi, encore.

      27 novembre 2007 | Café Concorde, 1985
      J’ai regardé cet homme, là, au milieu du café, la poitrine de son imperméable était constellée de médailles.
      D’un étui, il a sorti un drapeau.
      Ma première réaction intérieure a été la révolte ou le mépris, peut-être les deux mêlés, je ne sais pas.
      Puis j’ai senti aussitôt le poids de la vie de cet homme qui avait dû combattre, voir la mort plusieurs fois peut-être, qui avait connu la guerre, la peur et qui n’avait plus que ça, ses médailles, ce drapeau, dans ce café de 1985.
      Un bout de tissu, des ferrailles et des rubans.
      Toute une symbolique pour moi, inconnue.
      Plus tard j’ai pensé que cette propension à sentir la vie des autres, cette tendance à trop comprendre était peut-être un signe de renoncement, de faiblesse, de clore encore un peu plus le monde clos. J’ai pensé que je devenais spectateur et que je devais commencer à accepter ces règles absurdes sur la guerre, l’honneur etc., puisque, d’une certaine manière, je les respectais.
      L’homme a mis de travers la ceinture de cuir qui servait de porte-drapeau, s’est tourné vers moi, m’a dit quelques mots pour m’expliquer qu’il s’y prenait mal : il se regardait dans la grande glace qui est derrière moi. Il se tenait au-dessus de ma table, peut-être pouvait-il lire ce que je commençais d’écrire sur lui.
      Puis il est parti : un défilé.

      25 novembre 2007 | Sa gaieté de petit porc
      Il est vrai qu'on n'imagine pas Blanchot (mais pas davantage Sartre, Camus, Foucault, Derrida, Lacan) se laissant aller à écrire : " J'imagine une jolie putain, élégante, nue et triste dans sa gaieté de petit porc. "Philippe Sollers

      Rien ne me réjouit davantage qu'une petite phrase de cette sorte. Et ces quelques mots surtout, ces quelques mots : nue et triste dans sa gaiété de petit porc.
      Je pourrais en avoir les larmes aux yeux.

      22 novembre 2007 | Mots-maux
      Je suis, et serai, je crois, toujours méfiant envers certains mots.
      Par exemple : lâcheté, honneur, sabotage, mépris, courage etc.
      Je vois bien qu'ils ressurgissent ici et là. Je les considère d'un œil inquiet, à chaque fois. Je sais qu'ils peuvent être l'expression d'une humeur, d'une mauvaise humeur, peut-être même passagère. Il n'empêche, ils sont pour moi, souvent d'une mauvaise mémoire. Mauvaise.
      Si j'allais jusqu'à ma bibliothèque, je retrouverais, assez vite je pense, une littérature qui a abusé de ces mots-là, ces maux terribles qui ne me semblent venir que de la haine. Ne sont-ils pas chez Léon Bloy, chez Barrès, chez d'autres dont je n'ai pas envie, ici, de répéter le nom ? Ils sont, aussi, ailleurs, chez d'autres.
      La notion de courage chez Sartre, ou Camus est-elle la même que chez Barrès (puisque je viens de le citer) ?
      Je note que les glissements sémantiques peuvent brouiller la langue jusqu'à la rendre incompréhensible. Que serait donc une grève qui ne gênerait personne, ne coûterait rien ?
      Je lis sur un fax reçu aujourd'hui même que le mot grève est remplacé par blocage. " Ce droit de blocage que s'octroient quelques catégories privilégiées " est-il écrit sur ce fax qui, plus loin, évoque des " bloqueurs sans états d'âmes. " Ils sont si riches ces bloqueurs qu'ils ont plusieurs âmes…
      Voilà bien encore l'inquiétude dont il est question au début de ce billet : ces bloqueurs, en réalité, malgré le pluriel, n'auraient pas d'âme.
      En somme, ce seraient des monstres. Grévistes = monstres.
      N'est-ce pas ainsi qu'il faut le comprendre ?

      21 novembre 2007 | Hystérie du verbe
      Les faits sont cet os que les imbéciles, comme les chiens, ne veulent pas lâcher.
      Montrer, dans la connaissance populaire veut dire : ne pas cacher. Donc, Nicolas Sarkozy parle. Il parle beaucoup, longtemps. On pourrait même dire qu'il est atteint de logorhée. Cette logorhée qui a - mais qui s'en est encore avisé ? - pour effet de dissimuler. C'est bien là le paradoxe : parler est la plus habile façon de se taire.
      Cette hystérie du verbe, nous la connaissons : la littérature américaine, entre autres, nous l'a révélée. Elle est ici. Elle encombre le silence.
      L'ennemi, l'ennemi absolu c'est le silence.

      18 novembre 2007 | Y a pas de justice
      Ce qui fait, je crois, la différence entre un écrivain – je veux dire : un vrai écrivain – et un barbouilleur de pages, c’est que l’écrivain, un jour, se met en danger. Quelle que soit sa notoriété, son succès, un jour, oui, il raconte la coulisse.
      Et avec Daniel Pennac, du côté de chez wouam, c’était pas gagné. Pute borgne ce qu’il m’agaçait ce type avec ses petites lunettes dorées, ses tirages faramineux, son assurance, cette jubilation de soi ! Et Pennac par-ci et Pennac par-là. Gonflant de chez gonflant le type. Et ces Malaussène, pouvais pas les voir en peinture. Pas moins. Et là, allez savoir pourquoi j’ai acheté Chagrin d’école. Si, je le sais. Je l’ai vu dans une émission télé de la TNT je crois bien. Et il fanfaronnait pas en faux derche le grand écrivain, il écoutait les autres, il n’était plus dans sa bulle…
      Bingo. J’ai compris, dès la page 15, un tas de choses.
      Dès le début Pennac se demande si tout n’est pas joué dès l’enfance, dès la petite enfance dans la tête de vos proches. Ce dont on se doutait un peu. Manquait une illustration. La voici :
      Exemple : la mère, presque centenaire regarde un documentaire à la télé sur son fils à côté de son autre fils, Bernard. Le film étale toutes les réussites du fils Daniel : écrivain à succès, prof, plateaux télé, enfin portrait d’une réussite. Mais la mère, avec ses cent balais a gardé toute sa mémoire. Et elle n’a pas oublié le cancre qu’il fut jadis son fils Daniel, et, le documentaire achevé, se penche vers l’autre fils et lui dit : « Tu crois qu’il s’en sortira un jour ? »
      Merveilleux, jubilatoire.
      C’est ça : à un moment on décide de ce que tu es, et quoi que tu fasses, jamais, jamais ce cliché que l’on a de toi ne pourra être modifié… Jamais.
      Et ça marche dans les deux sens. Paf, très tôt on décide dans ta famille que tu es exceptionnel, et toute ta vie tu vas te trimballer ça. Moi, ça s’est passé comme ça : exceptionnel le Domi, allez donc savoir pourquoi, puisque comme Pennac, longtemps j’ai été un cancre. Et que ma vie, à y regarder de près, franchement y a pas de quoi se taper le cul par terre !
      J’ai eu beau foirer un tas de trucs dans ma vie : je suis quelqu’un de singulier. On me fait crédit. Sauf que rien ne vient justifier cette reconnaissance, rien. On ne sait rien de ce que je fais, ou ai fait. On ignore tout, mais chèque en blanc…
      « Y a pas de justice » , disait ma mère.
      Et elle ajoutait : « La seule justice en ce bas monde c’est la mort, tout le monde y passe. »
      J’aurais pu finir plus gai.

      15 novembre 2007 | Mon frère Amérindien
      Son nom, son nom indien, son nom Wayampi ou Oyampi je l’ai oublié. Et je ne suis pas sûr de son nom américain : Witman. En français il s’appelait Paulo. Il était Français. Français d’Amazonie.
      Guyanais de Camopi.
      Camopi où je ne suis jamais allé, où j’ai rêvé d’aller, où je rêve toujours d’aller même si je sais que d’année en année Camopi cesse de ressembler à ce que je n’en connais pas.
      Il est mort mon ami de là-bas.
      Mon Taïlo de l’automne 81.
      J’ai ce film qu’a tourné la télévision où on aperçoit Paulo dans son dispensaire de Camopi.
      J’ai des cassettes de France-Culture aussi : c’est comme ça que j’ai appris que Paul Witman était mort. Mon Paul à moi. Il m’a fait Payé. il m’a fait sorcier. Et frère. Son frère.
      C’est pour ça que je sais qu’il est mort. Pendant des années je l’ai senti à travers moi. J’avais cette boule de vannerie au cou. La même que celle que l’on voit, sur la photo. Je l’ai portée au cou cette boule pendant des années. Sans elle je crois que je serais devenu fou.
      J’aurais dû devenir fou à cette époque. Et je n’aurais jamais dû revenir.
      Mais non ! Ce n’est pas vrai. Si je n’étais pas revenu je n’aurais pas rencontré cette femme sans laquelle je ne conçois plus de vivre. Je voudrais l’emmener en Amazonie.
      Je voudrais faire ça avant de mourir.
      Je veux aller de nouveau caresser ce rêve d’éternité qui m’a frôlé. Je veux entendre de nouveau le râle de ces singes hurleurs qu’on appelle des babouns et voir le soleil se lever à l’ouest. Je voudrais revoir le jour se lever d’un coup, immensément rouge, sur cette mer qui n’est jamais bleue, cet océan boueux, si dense, que je pouvais - un peu - nager, moi qui coule à pic dès la troisième brasse. J’ai beaucoup de mal à écouter cette chanson de Lavilliers où le soir tombe comme la lame sur le cou du condamné.
      Mais je ne suis pas dupe, je sais bien tout ce que j’ai retouché, revu, corrigé de ce séjour lointain. C’était un temps de folie, or la folie, celle-là, n’est plus. C’est presque l’heure du crépuscule, et la nostalgie a sale gueule parfois.
      Paulo est mort, et le passé n’a que des résurrections fugaces et peut-être malsaines. Mais je voulais me souvenir de lui, mon frère Indien qui n’a vu la neige qu’une fois. C’était d’ailleurs ce qui l’avait réellement marqué durant son voyage en métropole.
      Neigera-t-il un jour sous les Tropiques ?
      Je suivais en forêt l’Indien à la vue si perçante. Nous avions des fusils, mais lui, en plus, avait un arc dont il se servait, je crois, un peu pour nous faire plaisir. Paulo riait quand je lui disais qu’il venait de Mongolie, sans doute, qu’il avait, il y a longtemps, longtemps, traversé cette mince frontière, en haut, tout en haut, qui sépare le Vieux monde du Nouveau… Sans doute avais-je pensé qu’il l’avait fait, en bateau, lui et les siens, mais quand, quand ?
       
      « … Et alors écoute bien. Le grand événement.. là où se trouve aujourd’hui le détroit de Behring, entre la Sibérie et l’Alaska, la Russie et les Etats-Unis, détroit de quatre-vingt- six kilomètres de large, il y a alors, que forme la glace, un isthme, un véritable pont terrestre qui atteint jusqu’à deux mille kilomètres de long et par ce pont vont passer en Amérique les ancêtres des Indiens, niais écoute, vois : il arrive que disparaisse le pont, fonde la glace, immensément, l’isthme devenant un détroit, ce qu’il est à présent et les Indiens du coup sont prisonniers de l’Amériqu e! Les Paléo- Indiens, comme on doit dire. Plusieurs fois surgit, s’engloutit, resurgit le pont et imagine que, au moment où les premiers Paléo-Indiens passaient en Amérique, la glace recommençait à fondre, lentement, elle n’a pas encore fini, je te l’ai raconté, et ces premiers Américains sont arrivés on ne sait pas très bien approxiniativement à quelles approximatives dates, vers 20000 ou 25000 ou 36000, plus loin peut-être encore, avant le Christ, cmme on dit. »
       
      Combien de millénaires pour passer de la glace, de la neige dont tout souvenir est effacé dans leur mémoire à cette chaleur dont j’avais cru, débarquant à l’aéroport Rochambeau de Cayenne que je ne la supporterais pas, que j’allais dans trois pas, dix pas, m’écrouler et mourir de suffocation. Je n’ai jamais pu dormir dans une pièce là-bas mais sur un balcon tourné vers la mer, dans un hamac, empêtré dans une moustiquaire où il y avait toujours un trou, un passage pour ces putains de moustiques.
       
      Cliché : DEB (Cayenne, 1981)
      Le passage en italiques est extrait du livre Le Fou d’Amérique d’Yves Berger (Grasset).

      13 novembre 2007 | Altusser et moi
      Je connais mal Althusser. Je n’ai lu de lui que L’Avenir dure longtemps.
      N’empêche, quand Althusser avait étranglé sa femme, ça m’avait plongé dans la consternation. (Laing s’était suicidé, mais on était déjà passé au lacanisme, beaucoup plus propice aux divagations linguistiques.)
      Ce qui m’a tout de suite frappé dans le livre d’Althusser, c’est ce cauchemar de l’enfance, cette référence constante à la mère, au père, aux morts. Ici on donne à l’enfant qui vient de naître, le prénom d’un mort. Que serais-je devenu si ma mère m’avait donné le prénom de mon frère aîné, mort à six mois ? Jean-Claude, mon petit frère, alors qu’il serait mon aîné de quelque dix ans ! Or voici : de grand frère, Jean-Claude est devenu mon petit frère, et parfois, mon enfant.
      Mais je n’ai pas souvent pensé à Jean-Claude, et encore, avec une infinie douceur. Pas de père, pas de frère : je pourrais voir dans ces absences la cause de ce sentiment de solitude baudelairien que j’ai trimbalé presque toute ma vie. Ce serait trop simple. Les hommes font défaut dans ma vie, comme ils font excès chez d’autres.
      Cette place du père absent, je ne l’ai pas voulue. Poussant à l’extrême sur la chanterelle psychanalytique je reconnaîtrais — à la limite — qu’une place d’amant auprès de ma mère, seule m’eût intéressé. Ce ne fut pas le cas.
      Ma mère ne m’appartenait pas, pas plus que toutes les femmes que j’ai pu rencontrer. Ai-je jamais voulu m’approprier une femme, une seule ?
      La mère, paraît-il, c’est le sexe. L’autre sexe, pour le garçon. Ma mère avait des amants, ce qui ne me gênait pas, et qu’elle fût encore une sacrée baiseuse à un âge bien avancé n’était pas pour me déplaire.
      Né d’une mère castratrice, Althusser est resté vierge, jusqu’à trente ans. Né, moi, d’une femme à hommes, je suis resté frigide jusqu’au même âge (refrain connu).

      29 octobre 2007 | petite panne sèche
      Petite panne sèche d'inspiration ce soir. Alors j'ai fait ma revue de presse. Je commence désormais par Rue89. "Sarkozy met brutalement fin à un entretien avec un journaliste." Voilà qui me plairait assez, depuis le temps qu'ils nous emmerdent ces journalistes avec leur question à deux balles ! Que voulez-vous, je ne peux pastoujours être contre Nicolas Sarkozy. Là, ça va. Ce qui va moins en revanche c'est le triplement des du budget de l'Elysée... Quoique, 100 millions d'euros, de nos jours, hein, qu'est-ce que c'est ? Et que voulez-vous faire avec 8.300 euros d'argent de poche par mois ? Une misère ! C'est le salaire mensuel de Nicolas Sarkozy. Moins que son Premier ministre et que bien des sous-secrétaires d'Etat ! Je comprends qu'il y ait urgence à reformer tout cela, c'est inacceptable une telle injustice !
       
      Côté Tchad, "Le Président de la République (Française) a appelé le président tchadien Idriss Deby pour faire le point sur la triste affaire de l’Arche de Zoé, qui touche une centaine de très jeunes enfants.
      Le Président de la République a condamné cette opération, qu’il a qualifié[e] d’illégale et d’inacceptable."
      Le Président Deby est très soucieux du bien-être de son peuple et des enfants de son pays, ça on le savait. Pour une fois que l'Afrique ne veut pas nous envoyer d'Africains on ne va pas se plaindre non ? Nicolas Sarkozy , heureusement est tout à fait d'accord. "Plutôt une petite injustice qu'un grand désordre" disait le grand Goethe. Le démocrate Deby garde ses sales gosses (malades en plus) et condamnons une association humanitaire est condamnée. Je vous le diais : de quoi se plaint-on ?
       
      Et, en Argentine, les machos ont élu une femme à leur tête. Jolie qui plus est. Et nous, en France, féministes devant l'éternel nous avons préféré un petit vilain qui pique des crises, se fait larguer par sa meuf s'octroie plus de 200% d'augmentation de salaire. Mais de grand coeur : il nous aime tant ce homme-là...
       
      Voilà, c'est tout pour ce 29 octobre 2007.
      Et vous, ça va ?

      28 octobre 2007
      J'ai un faible pour les loosers, pour les gens bizarres, pour les "pas comme les autres". Et ça ne date pas d'hier.
      Dès l'école primaire, je me souviens, mes copains c'étaient les cancres, les morveux, ceux dont les autres se foutaient de la gueule. Un jour j'irai voir un psy pour qu'il essaie de m'expliquer.
      Tenez, à propos de morveux, je me souviens de Porcher, c'était au CP, il avait toujours la morve au nez et il me semblait si malheureux que j'avais mal pour lui.
      En même temps j'attirais les chieurs, les sournois, les mauvais qui se collaient à moi comme de la chienlit.
       
      Types et contretypes pour un même cliché.
       
      Encore aujourd'hui c'est pareil, je rencontre de drôles de gens. Des repris de justice comme des hommes d'affaires atypiques.
      Allez donc savoir pourquoi je suis sensible à ce genre-là. J'ai commencé à raconter ici quelques petites choses de François Korber. Je l'ai publié dans la défunte revue Le Bord de l'eau alors qu'il était encore en prison. Je l'ai même rencontré lors d'une libération, juste le temps qu'il se remette dans le pétrin, et hop, il est retourné en taule. J'ai même l'impression qu'il va y finir sa vie.
      Pour Porcher, le morveux de mon enfance, il est devenu patron d'une entreprsie ostréicole. Il se souveint de moi, je crois me souvenir de lui, ça suffit pour que j'hésite à le rencontrer.
      Mes potes, oui, c'était souvent ceux dont personne ne voulait. Et moi je n'avais pas envie d'être pote avec les autres. j'aurais pu je crois, mais comment dire, je m'emmerdais avec eux. La banalité de leur normalité ne m'intéressait pas. Je ne vois pas comment je pourrais mieux le dire : je n'étais bien qu'avec les rejetés... Quelque chose de l'ordre de la "félûre" nous rapprochait. J'aimais leur bizarreries. L'inattendu.
      Je pense à Cazimajou. Là, j'étais pré-ado, il m'avait entraîné au patronage Cazimajou. Et un dimanche il est passé chez moi pour m'emmener au cinéma. Et le cinéma en question c'était à la Bourse du Travail de Bordeaux, cours de la Marne. Je me rappelle du film soviétique en noir et blanc, de la voix off... Tenez, plus de quarante ans après je fais des courts métrages en noir et blanc avec ma voix en off...
      Je ne sais pas ce qu'il est devenu Cazimajou. C'est dommage, ce type a eu une grande influence sur ma vie et même moi je ne le savais pas.

      20 octobre 2007 | Fumeuses exégèses
       
      I - Exégèses sportives

      Quand même, de temps en temps il faut bien que je m'occupe de l'actualité. Je vois bien, sinon, qu'elle se désenchante, qu'elle ne devient qu'un banal fait divers.
      Aussi ai-je décidé de parler rugby. Une fois n'est pas coutume.
      Parce que voilà, c'est Serge Simon qui m'a ouvert les yeux. Avant Serge, en rugby, je ne voyais que des débiles à deux doigts de s'étriper, des brutes même pas pathétiques se chamailler lamentablement. Eh bien non : c'est très compliqué le rugby, c'est très subtil, c'est un sport de gentlemen. Dans dix ans les rugbymen seront à peu près aussi cons que les footballeurs mais, en attendant j'aime bien les écouter parler. Herrera (non, Herrero, voilà que je confusionne comme BHL), Blanco, Lacroix, tous ces types sont capables d'exégèse.
      Allez donc demander à des footballeurs de tenter l'exégèse. Si les commentateurs de foot n'étaient pas encore plus cons que les footballeurs j'aimerais bien les entendre à la mi-temps demander à un footeux : " Alors, quelle est votre réflexion réflexive sur le champ sociologique qu'est un terrain de football ? "
      Alors j'ai regardé France-Argentine et, et, ma foi, je n'ai pas grand-chose à dire. Je n'ai même rien à dire. La France a perdu et je m'en fous. La France aurait gagné je m'en foutrais tout pareil. Du reste, dès qu'un match est terminé, que ce soit du foot ou du rubgy j'oublie tout. Est-ce bien normal ? J'exagère, je dois retenir un truc ou deux, pas plus. Dans ce match France-Argentine je me souviens que Chabal à un moment avait le blanc de l'œil tout rouge. J'ai pensé que c'est une photo que j'aurais aimé faire.
      C'était magnifique, ce géant chevelu, de profil avec un œil rouge sans être passé chez photoshop. Voilà ce que j'ai retenu. Et je me suis dit que c'était Sarko qui leur foutait la scoumoune. Dès que Sarko est là, paf, on perd, enfin, ils perdent, eux, moi je n'y suis pour rien.
      Voilà qui me ramène à Sarko, Nicolas Sarkozy, si vous le permettez, et, à son sujet, je suis de moins en moins catégorique
       
      II - Sarkozy m'inquiète

      Il doit le savoir depuis le temps que Régis Debray et BHL le lui répète : Nicolas Sarkozy est bel et bien un produit de 1968. Et pour moi, ce n'est pas une injure. Il y a chez NS quelque chose qui finit par me toucher. S'il n'était pas de droite je le trouverais même très fréquentable. Cet homme me devient " sympathique ", ce qui n'est pas le cas de François Fillon qui m'a pourtant invité personnellement en tant qu'éditeur à Paris à une manifestation je ne sais plus où, à Matignon peut-être pour la rentrée littéraire. Son cabinet m'a même téléphoné pour savoir si je viendrais. Non, je ne veux pas voir Fillon.
      Je vais vous faire un aveu : je pense qu'un de ces jours Nicolas Sarkozy va m'appeler, je m'y prépare. Je suis sûr que je pourrais être très utile à cet homme. Voulez-vous que je vous dise : je prends très au sérieux cette séparation avec Cécilia. Bêtement je m'imagine qu'il y tenait à cette femme. Je sais bien que ça doit se bousculer au portillon de sa chambre à coucher, mais moi je sais que quand un homme est amoureux d'une femme ça l'empêche de jouir avec une autre, ou, s'il jouit c'est mal, pas vraiment, pas jouissivement…
      Mais il est bien long ce papier…
      Trop long.
      Allez, à plus tard.


      18 octobre 2007 | Je me souviens de (J)FK
      C’est là, au bout de la longue allée de charmes qui conduisait au porche que j’ai aperçu F.K pour la première fois.
      C’était en 1976.
      A cette époque tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour cet homme-là. Sa femme était belle, ils avaient de l’argent, ils venaient d’acheter une propriété de soixante-dix hectares sur les coteaux, à la sortie de Bordeaux, ce que l’on appelle un «domaine» : un mélange de château et de ferme. J’ai une photo de cette propriété où j’avais mes entrées, pour cause : j’y habitais.
      Grand (1,92 m ai-je appris depuis), dégingandé, un peu perdu. Et je crois, j’assure, j’affirme que la naïveté de cet homme m’est apparue aussitôt. Il avait à peine plus de vingt-cinq ans mais ça se voyait que l’adolescence mettrait du temps à se tirer de là.
      Près de vingt ans plus tard, elle était toujours présente. Même romantisme, même enthousiasme, comme si neuf ans de prison n’avaient rien pu contre cela.
      Lorsqu’il a su qui j’étais, de quelle partie de son passé je surgissais après tant d’années, F.K a voulu que nous nous rencontrions. Un détour de vingt ans ne se refuse pas, surtout que j’appartenais à un temps où tout était encore possible dans la vie de cet homme. Cette image que j’avais de lui, cette image, j’ai vite senti qu’elle l’intéressait. Comme elle continue moi de m’interroger. Je l’ai dit, je le répète : quoi de commun entre ce fringant hussard que je voyais arriver dans des voitures de luxe, toujours pressé, conquérant et en même temps inquiet, mari d’une fort séduisante Américaine, propriétaire de ce domaine que les premières attaques de la ruine rendaient pathétique, somptueux, véritable lieu de roman, quoi de commun entre tout cela et cet homme dans sa prison ?
      Bien sûr j’avais lu, çà et là, les journaux : complicité de meurtre, détournement de fonds, etc, etc.
      Je me souviens qu’il venait boire le café chez moi en 76, le jour baissait sur la grande mare que je voyais par la fenêtre. Peut-être était-ce l’automne. Et cet homme déboulait dans une paix que ne troublait que le passage des bêtes, le matin et le soir ; des prairies à l’étable et vice versa. Cet homme arrivait, avec ses bruits de foule, ses projets d’élection, ses envies de bruits, d’applaudissements, de gloire sans doute… Il serait maire de la petite commune de T. Il prétendait qu’à une si petite échelle une étiquette politique n’était pas de mise.
      En vérité, même s’il venait d’une bonne et profonde bourgeoisie je pense qu’il ne savait pas très bien ce que cela signifiait. La droite a été la plus prompte à lui faire des avances…
      J’ai pensé cela vingt ans presque.
      J’ai pensé durant vingt ans que cette main, que la gauche lui aurait tendue, il l’aurait prise. Je le lui ai demandé lors de cette rencontre de juillet 94 : oui. Tout cela n’avait pas de sens réel en ce temps-là pour lui ; la gauche, la droite…
      Je lui ai sans doute dit, qu’à ce jeu-là, forcément, il glisserait à droite. Je crois que je savais cela à l’époque.
      La gauche c’est un choix, oui je pense que l’on n’est pas «naturellement» à gauche, il faut le vouloir… Et il ne voulait pas choisir en 76 F.K. Il est allé à droite. Doucement…
      Je reparlerai de F.K, j’aurais pu même aller jusqu’à JFK…
      Ces prénoms sont bien Jean-François.
      Pour le nom, je vous dirai plus tard…

      6 octobre 2007 | BHL, the book
      BHL, the book
      Bernard-Henri Lévy, Ce grand corps à la renverse (Grasset).
      Donc, j’y vais…
      Je passerai sur cette fameuse conversation téléphonique Sarko-BHL, elle a été largement reproduite, commentée. Au fond, rien que de très banal.
      À ceci près que j’ai noté (page 16), à propos de Nicolas Sarkozy :
      « […] sujet “sartrien”, vraiment, car le seul être que je connaisse qui soit, à ce point, dénué de for intérieur… »
      Cette seule phrase m’a du reste conduit à écrire ici même un article « Qui êtes-vous Nicolas Sarkozy ? »
      Revenons au cadavre…
      Je passerai sur le tourisme politico-philosophique où BHL tient bien en main le micro :
      « Mesdames et Messieurs, notre bus va nous conduire sur les quatre lieux stratégiques de notre voyage : 1) Vichy ; 2) la guerre d’Algérie ; 3) Mai 68 ; 4) l’Affaire Dreyfus. »
      Certes, BHL est très doué, le commentaire est passionnant, documenté mais, mais tout ça en 400 pages, faut avoir du souffle pour cavaler derrière le guide.
      Voyez-vous, ça m’ennuie d’avoir à dire ça, ça m’ennuie d’avoir éprouvé la même chose avec American vertigo, c’est-à-dire d’avoir lu une sorte de digest de l’histoire du monde. D’autant que la plupart du temps c’est imparable : comment ne pas être (quand on est comme moi quelqu’un de gauche plutôt pas belliqueux et avec l’envie que tout ça se calme, qu’on ne foute pas d’huile sur le feu là où les braises n’en finissent pas de se ranimer) comment ne pas être séduit ?
      Il y a dans Ce grand cadavre à la renverse, comme dans la plupart des livres de BHL, des fulgurances qui me bouleversent, ainsi, page 375 :
      « De nulle part. De partout. De ce lieu sans lieu qui est le vrai lieu de naissance des idées » ; page 41 : « On peut n’avoir pas le même Dieu et adorer les mêmes saints. »
      Que les choses soient claires, je me sens minuscule, un tantinet ridicule à commenter ce livre. Mais je l’ai demandé, ce livre, à Bernard-Henri Lévy qui me l’a fait parvenir en chronopost avec une très gentille, et je le crois bien, une très sincère dédicace. Je me sentirais même indécent s’il n’y avait pas eu ce quelque chose dans le livre qui m’a fait bondir, quelque chose qui m’a mis réellement en colère ; s’il n’y avait pas eu ça, ces quelques phrases je crois que je n’aurais rien écrit sur ce livre, je crois que j’aurais eu peur, je crois que j’aurais préféré un silence de mauvais éducation à un article de complaisance.
      Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’amitié exige la franchise. La mienne, de franchise, sera de dire à BHL :
      « Je vous trouve, cher Bernard, indispensable dans le paysage intellectuel européen, je sais comme vous que “les cimetières sont remplis de gens indispensables”, je sais ces petits glissements dans le texte qui nous permettent de rebondir, de ne pas réellement approfondir ce que l’on a commencé de dire. Vous avez mené cette vie, dans les idées et les actes, qui vous permet d’aller à peu près partout avec souvent la plus grande pertinence. Vos combats sont multiples, j’en connais quelques-uns et, pour me pousser un peu du col, nous en avons même partagés parfois par personnes interposées. Nous aimons vous et moi Francis Jeanson que vous tenez pour “l’honneur de la France“ que nous avons rencontré et que je rencontre encore ; nous avons soutenu Robert Redeker et j’ai filmé votre intervention à Toulouse en 2006 lors de l’unique réunion publique en sa faveur. Il y a çà et là des points de rencontre, dirai-je, physiques ? J’ai même écrit un roman où je vous mettais en scène en jeune fille un peu zarbie et vous m’avez encouragé à publier ce roman qui n’était pas comme Libé l’a écrit un cirage de pompes, bien au contraire.
      Pas mal de vos livres m’ont ennuyé, ce qui pourrait signifier que je ne suis pas à la hauteur, ce que je vous confirme sans difficulté. Je ne suis pas encore de ces imbéciles qui condamnent sans appel ce qu’ils n’aiment pas et ce que, la plupart du temps, ils ne comprennent pas. Non, mon propos n’est pas là. Mon propos c’est que d’un côté il y a cet homme courageux, oui, je dis bien courageux, qui a mis sa peau en jeu, disons même en péril, sur la Bosnie en particulier ; il y a cet homme qui reste de gauche alors qu’il aurait toutes les raisons de s’en tamponner un peu le coquillard de la gauche, et qui, avec son argent, sa félicité conjugale et tout ce qu’on voudra pourrait se distraire dans d’autres activités bien peinardes.
      Au fond, ce qui ne gêne dans vos livres pourrait bien être ce quelque chose que je suis ici même en train de faire : des glissements successifs vers l’anecdote ou, plus justement, la petite histoire perso qui vient s’immiscer dans la grande. Mon terrain d’action, ma culture, ma surface commerciale enfin bref, tout ce que je suis, tout ce que j’ai fait ne me permet que des intrusions dérisoires, mais, dans ces faufilements on y gagne une certaine légitimité. Vous êtes, incontestablement légitime dans tout ce que vous écrivez : vous avez rencontré, croisé, frôlé les plus grands, les plus puissants, les meilleurs et les pires personnages de la scène internationale depuis plus de trente ans. Du reste, dans votre livre un chapitre s’appelle 30 ans après, et j’ai même cru que ce serait le titre du livre. Passons, passons comme vous passez très vite dans ce dernier livre comme dans beaucoup d’autres.
      Mais quelque chose ne passe pas dans Ce grand cadavre, quelque chose me reste en travers de la gorge, quelque chose m’indigne, et vous comprendrez que j’entends à mettre toutes ces précautions avant de vous dire mon cher Bernard, que là, sur ce point précis, je crois, j’en suis même sûr, absolument certain, vous vous trompez. Oui, là, vous vous trompez et j’espère trouver les mots, les formules pour ne pas être ridicule au moment où je vais “tomber le masque“.
      Avant cela, un mot, ou deux ou trois sur ce qu’il y a de formidable dans ce livre, à commencer par votre acharnement à ne pas condamner, définitivement la gauche et pourtant, parfois, il y aurait de quoi (je plaisante bien sûr). La gauche, on a souligné ses rendez-vous ratés avec l’Histoire, et cette non assistance à peuple espagnol en danger face à Franco de Blum n’est pas le moins douloureux. Mais je ne veux pas me lancer dans cela : j’y serais court très vite et je ne veux pas, par quelque maladresse desservir cette gauche que je veux, moi aussi, défendre et dire que si elle est, la gauche, ce grand cadavre à la renverse où les verts se sont mis (Sartre, préface à Aden Arabie de Paul Nizan, 1960) il est bien des droites que cela n’honore pas, loin s’en faut, d’être debout le nez dans le champagne.
      Puisque nous sommes sur la gauche, restons-y un instant, voulez-vous, et saluons Ségolène Royal avec le respect qui lui est dû et dont vous faites preuve mieux que je n’aurais su le faire. Vous racontez ce que la gauche, une certaine gauche lui a fait subir, et il n’y a pas de quoi être fier. Un certain Jospin vient d’en remettre une couche et quelle couche, et de quoi, je vous le demande, mais son livre vient trop tard pour qu’il soit dans le vôtre…
      Bernard, il va bien falloir que j’y arrive à ce qui m’a hérissé, et voilà qu’à cette approche me voilà bien moins faraud. Tenez, c’est page 265, en fin de paragraphe. Page 265, j’y vais, je coupe les amarres, désormais je suis perdu : “ […] l’anti-américanisme est une métaphore de l’antisémitisme.“
      Je donne le paragraphe : « Car on aura compris que, chez la plupart de ceux que j’ai cités, chez Maurras, chez Drieu, chez Valois ou Bernanos, chez les porte-parole de l’extrême droite d’aujourd’hui, le glissement sémantique est permanent : on dit “Amérique” mais on pense “juifs” ; on dit “impérialisme américain” mais on pense “puissance, domination, conspiration juives” ; l’anti-américanisme est une métaphore de l’antisémitisme. »
      « L’anti-américanisme est une métaphore de l’antisémitisme. » écrivez-vous, alors insulté, oui, là insulté je suis, deux fois plutôt qu’une…
      Je lis, quelques pages plus loin, page 271 exactement, je lis : « L’anti-américanisme est, lui aussi, le progressisme des imbéciles. »
      Alors voilà : que je sois un imbécile n’est pas grave. Mais, comme je ne me sens pas unique, comme je pense même que je ressemble à beaucoup de gens, je me dis que, au total ça doit faire pas mal d’imbéciles. Ce n’est pas grave, pas grave du tout. Ce qui l’est, c’est de me dire que 1) je suis d’extrême droite dans mon anti-américanisme – et cela, à la limite, ce n’est pas le plus inquiétant. Ce qui est, pour moi, le plus inquiétant c’est cet amalgame, anti-américanisme et antisémitisme, et là, je ne suis pas preneur, pas preneur du tout. Et ce pour une raison simple, très simple mais essentielle : les juifs ont été martyrisés, massacrés pour ce qu’ils étaient… c’est bien en tant que juif qu’il fallait, dans le délire nazi entre autres, les exterminer…dans leur essence même… Il était question de leur interdire d’exister. Outre que le saut antisémitisme me semble – et les touches de mon clavier ici sont rétives – difficile, voire inconcevable, j’entends moi reprocher aux Américains (et soyons prudents encore une fois : quels Américains ?) j’entends dis-je reprocher aux Américains ce qu’ils font. Quel rapprochement possible entre ces deux termes : reprocher à certains ce qu’ils sont de reprocher à d’autres ce qu’ils font ? Guantanamo zone de non droit… Ai-je inventé cela ? Est-ce qu’il n’y a pas cette zone de non-doit voulue par l’Amérique officielle ? Je répète : zone de non-droit… Et je ne commenterai pas cela.
      Devrais-je m’interdire de montrer certaines préventions envers l’Amérique (et j’entends celle qui se manifeste à travers ceux qui la gouvernent) au prétexte fou, insensé, inimaginable, hors de propos serais-je tenté de dire, au prétexte que des malades, je dis bien, des malades ne sont par revenus (et ne reviendront peut-être jamais) de leur haine des juifs ? Je veux pouvoir dire, et sur un plan, sur un plan particulier, ce plan complètement absent chez BHL, que l’Amérique met toute la planète en péril. Oui, sur ce plan particulier l’Amérique nous menace tous, et ce plan, ce plan dérisoire, bon pour les gogos, pour les hallucinés, pour les regardeurs du monde par le petit bout de la lorgnette c’est, oui, c’est l’écologie…
      Alors voilà, j’ai l’air bête tout à coup, je sais, de lâcher ça quand on a pris à bras le corps l’histoire des dictateurs, de Vichy, de Harkis (et pardonnez-moi de ne pas respecter de hiérarchie dans la nomenclature de l’horreur) de l’extermination, toutes exterminations, douces et dures, shoah, goulag, la liste n’en finirait plus, pardonnez-moi aussi d’intervenir avec la petite suffisance du Vert que je ne suis pas mais de l’homme soucieux des hommes que je suis, et de nos frères humains à venir.
      Je récapitule donc : je suis d’extrême droite et par voie de conséquence antisémite parce que je condamne la politique irresponsable de l’Amérique et sur l’écologie et sur l’Irak, oui, je pourrais dire comme j’ai été hostile à cette deuxième guerre (je vais dire seconde pour qu’il n’y ait pas de possibilité de troisième) ; et continuons : suis-je antisémite quand je dis que l’Amérique consomme plus de 70% des réserves naturelles de la planète ? suis-je antisémite quand je dis que si le reste du monde se comportait comme l’Amérique il faudrait que la Terre soit 6 fois plus grande ? suis-je antisémite quand je dis que le culture européenne et même au-delà est en train de disparaître ? Ne puis-je dire cela, naïvement, responsablement cela, moi qui ai vécu jusqu’en 1958 avec les Américains ?
      Allez, il faut en finir : ne puis-je dire cela, tout bêtement cela, moi qui, mais oui, moi qui aime l’Amérique…
      J’ai, au terme de ce papier, sincèrement, très sincèrement conscience de ne pas m’être honoré, et je sais que j’ai fait ce que je déteste qu’on fasse : j’ai réduit un livre à quelques lignes… Juste, si vous le permettez ceci : bien, c’est bien, magnifique de brasser les idées de l’histoire, mais MAIS c’est, quelque part, assez facile lorsque l’on est doué, que l’on a une bonne culture etc, mais, et j’aurais envie ici d’invoquer Sartre, je suis moi pour que nos meilleurs intellectuels se mettent les mains dans le « cambouis » du quotidien, du pas très relevé dans l’ordre des idées. Pensez-y : l’écologie.
      L’écologie c’est le corps, et nous en avons besoin du corps… Que serait un monde sans corps ? Souvenons, Heidegger qui, selon Steiner, aurait rêvé d’ « une planète vide dans le soleil grec du matin.».
      Voilà, c’est ce que je pense.
      Ce n’est sans doute pas brillant, mais j’aurais essayé d’y mettre du style (c’est le moins que je pouvais faire), et peut-être pour finir, cette adresse à mon ami Bernard-Henry Lévy : « Ne devenez pas une statue du commandeur… »

      5 octobre 2007 | L’amour, une fois…
      Longtemps j’ai cru que l’amour ne se jouait qu’une fois.
      Cette absurdité-là je n’ai cessé de la constater. Les femmes que j’ai connues avaient toutes eu une grande histoire d’amour. Une passion. Je ne sais pas comment je m’y prenais mais c’était à chaque fois la même chose. Elles portaient en elle un absent immense qui prenait toute la place. Et je ne savais rien faire d’autre que de me pousser un peu, pour ne pas gêner. Je prenais en somme la place par intérim. Et cela dès le début : il y avait l’autre. Celui d’avant. Toutes, elles débarquaient avec une histoire encore vivante en elles.
      J’ai constaté ça ; les femmes raniment leurs anciennes passions avec les nouvelles.
      Elles ne savent pas faire le ménage.

      4 octobre 2007 | Qui êtes-vous Nicolas Sarkozy ?
      Je sais qu’il peut paraître indécent à certains d’imaginer les puissants, politiques et intellectuels, entre eux, se rencontrant, en somme, sur le dos du peuple, ce petit peuple que nous sommes.
      Je crois que la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe. Les puissants ne s’aiment pas forcément entre eux. Les pauvres s’aiment-ils entre eux ? Mais non, voyons.
      Que Nicolas Sarkozy et BHL se connaissent, se reçoivent ne me gêne en rien, au contraire dirai-je : nous y avons même intérêt. Les hommes ne s’accordent que pour autant qu’il y a entre eux des différences. Le manichéisme, comme tout un chacun, me guette, me rattrape parfois, me cajole ; il est si commode de haïr, si difficile d’aimer.
      Je ne me prive pas de détester Nicolas Sarkozy, je l’ai du reste écrit ici et là. Mais, ce faisant, je tombe bien évidemment dans le vieux piège qui consiste à condamner et ce, de façon rédhibitoire ce qui m’arrange. Après tout Nicolas Sarkozy n’a pas les mains tachées de sang que je sache ! Et si je me méfie de lui, est-ce que, en même temps je ne dois pas me dire qu’il y en a bien d’autres dont le chemin a bifurqué ? François Mitterrand a bien commencé à droite… Et si, Nicolas Sarkozy doucement, tout doucement allait, lui, vers la gauche, c’est-à-dire vers une face cachée de lui-même maintenant qu’il n’a en somme, plus grand-chose à perdre ; maintenant que tous ceux qui l’ont porté là où il est vont se mettre à lui présenter la facture ; maintenant qu’il en a payé quelques-unes (et je n’oublie pas les millions d’euros que ça nous a, il n’y a pas si longtemps coûté) maintenant qu’il est face-à-face avec son sujet, c’est à dire, lui, ce lui qui dit « qui suis-je ?».
      Cette question, oui, si je rencontrais Nicolas Sarkozy, je la lui poserais, car quelque chose me dit qu’il n’a pas tout dit. C’est cela : « Qui êtes-vous Nicolas Sarkozy ? »
      NB : je continue de lire le dernier livre de Bernard-Hentr lévy Ce grand corps à la renverse. Je ne manquerai pas d’en parler ici, longuement…


      3 octobre 2007 | 1 : de BHL, “Ce grand cadavre à la renverse”
      J’ai entre les mains, enfin, Ce grand cadavre à la renverse.
      Le dernier livre de Bernard-Henri Lévy s’ouvre sur ce qui sont déjà des pages d’anthologie : BHL-Sarkozy. Que rêver de mieux ? J’avoue, moi j’en rêvais.
      Un vrai questionnement, me semble-t-il, un large questionnement est en train de se faire. Au fond, Nicolas Sarkozy avec sa volonté d’en finir avec l’Histoire nous rend peut-être service. Nous voici au cœur du sujet. Le vrai cœur du vrai sujet c’est ça : l’homme et son œuvre. Je pense, voyez-vous, et je ne suis certainement pas le seul, que la politique peut être une œuvre. Le « Contre Sainte Beuve » de Proust n’est jamais loin dès que l’on s’approche de l’essentiel en terme d’œuvre et d’auteur. Et il est toujours un peu pareil l’essentiel : l’Homme est ses paradoxes, c’est-à-dire l’Histoire et ses paradoxes. Et dans cette Histoire, il y a celle de la France, et dans cette France il y a l’histoire de la gauche. Cette gauche à laquelle Bernard-Henri Lévy entend ne pas renoncer malgré ses relations privilégiées avec Nicolas Sarkozy. Et ça, ce n’est pas rien.
      Comme je ne suis pas de ceux qui se lancent dans une « critique » d’un livre sans l’avoir lu en entier, je vais m’arrêter là pour aujourd’hui…
      A bientôt donc, pour la suite…


      2 octobre 2007 | Je me souviens de Simone
      Les années 50-60, je ne sais pas très bien ce qu’elles ont été. Je crois qu’elles étaient tristes. Je crois que c’est toute la vie qui était triste à cette époque.
      Tout comme les années 60-70. Celles-là étaient bancales.
      La période 60-70 a été bancale. Ce n’était ni beau ni laid : c’était l’incertitude.
      C’est à la fin des années 60 que j’ai rencontré Simone. Elle découvrait ce qu’était une femme. Elle le découvrait toute seule. Elle se mettait à tomber amoureuse. Cette femme, toute seule, devant ses quatre enfants découvrait toute seule qu’elle devait se mettre à exister. Elle avait dormi toutes ces années dans le lit d’un homme qu’elle n’aimait pas, qui lui avait fait des enfants et elle découvrait que ça n’avait servi à rien.
      Alors elle avait quitté brutalement cet homme alors qu’il était à l’hôpital.
      Cet homme je l’ai connu aussi.
      L’hôpital, c’était à cause d’une chute qu’il avait faite.
      Une chute dont, en principe, on ne réchappe pas.
      Il en avait réchappé.
      Cet homme je le revoyais parfois, après presque trente ans. Il ne me reconnaissait pas, son regard s’attardait à peine sur moi. Je sentais bien qu’il hésitait un peu, mais il ne me reconnaissait jamais. Je pensais qu’un jour, peut-être, je m’approcherais de lui et je m’entendais lui dire : « C’est long trente ans, n’est-ce pas ? »
      Mais il est mort maintenant.
      Si je pouvais revenir en ce temps-là j’aimerais demander à Simone comment elle a découvert ça, comment, et à quoi elle découvert qu’elle n’avait pas existé.
      Ce n’est pas son premier amant qui lui a fait découvrir. Cet homme était chauffeur d’autobus. Il était vieux. Il avait l’âge que j’ai aujourd’hui. C’était un vieux qui avait des cheveux blancs. J’ai des cheveux blancs, j’ai son âge et je ne suis pas vieux.
      En ces années-là j’avais vingt ans. On a vingt ans longtemps. J’avais vingt ans. Simone me racontait qu’elle était allée à l’hôtel avec son chauffeur de bus et qu’il ne « s’était rien passé ».
      C’est encore au présent dans mon souvenir :
      elle sent que quelque chose doit se passer. Elle a trente-huit ans, elle a dû se mettre à travailler, elle quitte son mari et il doit se passer quelque chose. Ce n’est pas encore pour cette fois. Le chauffeur de bus ne l’a pas fait jouir.
      On n’employait pas ce mot à cette époque. Les mots ont une époque. À celle-là on ne disait pas ça, pas dans cet endroit-là. Il faudra du temps pour qu’il s’installe, pour qu’il devienne ordinaire, pour qu’il cesse de vouloir dire quelque chose. Les mots finissent par dire autre chose que ce qu’ils ont mis à jour. Simone n’avait pas eu de plaisir. Le chauffeur, si ça se trouve, n’a même pas eu d’érection. Je ne sais pas dans quel hôtel s’est passé ce qui n’a pas eu lieu. Mais Simone a continué de penser que quelque chose allait se passer.
      Simone, je ne sais pas si je la reverrai.
      On a changé de vie, en même temps.
      La vie où on s’est rencontrés, pendant trente ans on n’a pas voulu en entendre parler.
      Mais c’est peut-être, maintenant, le bon moment…

      30 septembre 2007 | Jeanson, prénom Christiane
      La mort, ces temps-ci vient faire faire ses emplettes autour de moi. J'ai raconté la disparition de celle que j'ai appelée Carmen et que je ne connaissais pas. Je n'ai pas raconté qu'il y a deux jours j'étais dans un cimetière pour réaliser la photo de couverture du livre de quelqu'un que les gens du blog Sud Ouest connaissent et (ce roman s'appellera "Du caviar sur les méninges"). L'histoire se déroule au Père Lachaise. C'est au retour de cette séance photo dans le petit cimetière près de chez moi que j'ai appris, par le téléphone, la mort de Christiane.
       
      Christiane Jeanson.
      Tout à coup les mots manquent. Me manquent.
      Que dire sinon que je l'aimais.
      Que j'étais son ami, peut-être.
      Qu'elle était la mienne, absolument.
      Je crois que sans elle, son mari ne m'aurait pas agréé.
      Son mari c'était Francis Jeanson (depuis 47 ans) dont il a beaucoup été question sur mes blogs...
      Ce que je voudrais dire c'est que j'ai souvent toujours trouvé chez ces deux êtres le courage qui me faisait défaut parfois.
       
      Je suis allé des dizaines de fois les renconter chez eux, à Claouey.
      Depuis 1997.
       
      1997 : je me souviens. Christiane y était allée de son antienne : «Dis-moi, DEB, tu ne vas pas recommencer, tu ne vas pas l’emmerder avec l’Algérie et tout ça, hein ? Parce que tout ça c’est cinq ans de vie, tu comprends ? Seulement cinq ans."
      Je comprenais. Ça pour comprendre, je comprenais. Mais elle savait bien Christiane qu’on n'allait pas pouvoir éviter le sujet : Le FLN, le réseau Jeanson... Est-ce qu’on pouvait escamoter comme ça le réseau des «porteurs de valises» ? Et Sartre, au moins, est-ce qu’on pourrait parler de Sartre ? de Camus, de Malraux ? de Roger Vailland
      Il y a eu des rituels : nous déjeunions, et nous nous retirions, Francis et moi, dans son bureau, tout en longueur, que j'ai décrit, puis filmé.
      L'année dernière j'ai réalisé un entretien vidéo avec Christiane. Il devait y en avoir d'autres.
       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       
      Il n'y en aura pas d'autres.
       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       
      Le voici, presque dans son intégralité. On le verra, Christiane y parle beaucoup de Francis. Mais d'elle aussi. Elle était la fille de André Philip, qui a été ministre des Finances sous la troisième République. Elle parle de Pierre Scheffer, l'"inventeur" de la musique concrète, de Yehudi Menhin, de Roger Vailland, de Marguerite Duras.
      L'histoire de Francis Jeanson, on la connait :
       
      Après des études de philosophie, Francis Jeanson obtient un doctorat d’état en science politique. La vie de Francis Jeanson a été marquée par plusieurs engagements : dans les conflits de la planète, dans l’action culturelle, enfin en psychiatrie. En 1943, il s’engage dans la Deuxième Guerre mondiale en rejoignant les forces françaises libres en Afrique de Nord. Il participe à la campagne Alsace-Allemagne en 1944-1945. Pendant la guerre d’Algérie, il créé et dirige entre 1956 et 1961 un réseau de soutien à la lutte du peuple algérien pour son indépendance. Son implication dans le conflit des Balkans l’amènera à la présidence de l’Association Sarajevo en 1992. De 1950 à 1955, il fonde et dirige la collection « Écrivains de toujours » aux éditions du Seuil et gère la revue Les Temps modernes dont il deviendra dans les années soixante membre du comité directeur. Avec Jean-Paul Sartre, il dirige la collection « Les temps modernes » de 1962 à 1967. C’est ensuite qu’il préfigure et dirige la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône. À partir de 1975, il mène de nombreuses activités dans le champ psychiatrique : articles, conférences et séminaires en France et à l’étranger. Francis Jeanson a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages.
       
      Voici cet entretien, c'est un moment particulier que je vous invite à partager...
       
      Je vous le confie à vous qui ne la connaissiez pas comme je le confie à quelques-uns de nos amis : Antoine Spire, Bernard-Henri Lévy, Java...

      JEANSON, prénom Christiane
       

      28 septembre 2007 | Carmen, peut-être
      Ma voisine est morte. Je l’ai vue presque chaque matin depuis 20 ans qui trottinait sur ce bord de Garonne où j’habite. Elle est morte dans son sommeil. J’ai appris sa mort trois jours après, parce que je m’étonnai de ne plus la voir justement.
      Son nom, je ne l’ai jamais su. Je n’ai jamais pensé à le demander. Nous ne nous sommes presque jamais parlé, ou juste le temps qu’il faisait ou des trucs comme ça. D’elle je ne garderai que cette image d’une femme sans âge qui marchait à petits pas. Elle avait une canne. Des chaussures plates. Pas jolie, pas vilaine non plus.
      Ce qu’a été sa vie, rien, je ne sais rien.
      Je m’aperçois que je l’ai toujours considérée comme un élément du décor.
      Rien d’autre.
      Quand je suis arrivé ici il y avait plein de vieux.
      J’aime bien les vieux moi.
      Ceux d’en face de chez moi c’étaient des Espagnols, des réfugiés de 36 comme on dit.
      Un couple.
      Ils sont morts à quelques jours d’intervalle.
      Ils se sont laissé mourir.
      D’abord elle : un jour elle a refusé de s’alimenter.
      Elle avait dans les 90 ans.
      Il fallait lui administrer des clystères. Lui envoyer de l’eau dans le corps quoi. Oui, par les voies naturelles.
      Un jour, elle est tombée du lit la petite, si petite vieille, à peine 40 kilos. Et son mari ne pouvait pas la porter.
      Alors il est venu me chercher.
      Elle ne pesait pas plus qu’une plume la petite vieille.
      Et c’est moi qui lui ai mis le clystère là où je pense.
      Elle a fait des petites boulettes, très dures.
      Et vous voulez que je vous dise : ça ne m’a pas écoeuré. Le mari faisait ça tous les jours, lui. Il lui injectait de l’eau par l’anus tous les jours à sa vieille.
      Moi j’ai vu là un acte d’amour.
      Et ce n’est jamais dégueulasse l’amour.
      Mais elle a fini par mourir la petite vieille. Comme elle l’avait décidé. Elle en avait assez de la vie. Elle me le disait. Elle ne comprenait pas pourquoi la vie s’obstinait en elle.
      Et lui il a fait pareil. Il s’est laissé mourir. La vie ça ne les intéressait plus.
      La maison qu’ils occupaient a été vide pendant des années…
      Maintenant il y a des enfants dans cette maison qui a été presque entièrement refaite.
      Il y a de très jeunes enfants là où il y avait mes petits vieux.
      Je me souviens que quand ils étaient très jeunes, elle venait les garder les miens, d’enfants, une heure ou deux la petite vieille. Et mes enfants n’étaient pas contents parce qu’elle jouait avec leurs petites voitures.
      Les jouets, elle n’avait jamais connu ça. Pas de jouets dans la vie de chien qu’elle avait connue petite, ma petite vieille. Elle m’a raconté.
      Ma petite vieille, je ne me souviens plus comment elle s’appelait.
      Et mon autre voisine, celle qui trottinait non plus je n’ai jamais su son prénom.
      Carmen, peut-être…

      25 septembre 2007 | HB, le film
      Ce film, HB, sur France 2, je ne voulais pas le voir. Je ne voulais pas le voir et je l’ai regardé. Je l’ai vu. Il faudrait toujours aller voir ce que l’on redoute. Je pensais que ce serait bidon. Je suis allé voir et ce n’est pas bidon. Je croyais que ce serait nul et ce n’est pas nul. J’imaginais que j’aurais honte de regarder ça et je n’ai pas eu honte. Je dirai même que je suis assez étonné qu’on puisse faire ça, qu’on ait encore cette liberté-là.
      Cet homme qui a fait ce film (Patrick Poubel), je ne sais rien de lui. Je sais seulement que c’est sans doute un homme honnête. Que ça n’a pas dû être facile. Je ne sais pas si j’aurais su me tirer d’une telle affaire. Ce que j’ai vu c’est qu’il a su montrer le désespoir, et le désespoir il était du côté de cet homme, ce Eric Schmitt qu’ils ont abattu. Ce que j’ai vu c’est qu’il ne sont pas très malins ces gens du RAID et tous ceux qui étaient sur le coup, qu’ils aurait pu mettre un vrai micro dans le téléphone qu’il apporte dans la classe et qu’ils ont branché un mauvais micro sous un table. Ces gens qui sont tout autour, ceux du RAID, les officiels, tous ceux qui veulent en finir avec cette sale affaire, durant ces 46 heures qu’elle a duré on se demande à quoi ils ont pensé. A quoi ils ont réfléchi, à quoi ils ont voulu en arriver. Cet homme, HB, c’est évident que dès le début ils le prennent pour un chien enragé, et ce sont eux qui enragent. Il y a des béances, partout, des espaces où ils auraient pu intervenir, essayer de comprendre, essayer un vrai dialogue avec cet homme. Sarkozy on voit bien qu’il fait un numéro, un numéro courageux mais un numéro quand même. Si HM n’avait pas ouvert cet oeil ça aurait été un assassinat, alors ils ont dit qu’il avait ouvert un oeil, qu’il avait plongé la main dans un sac, et dans ce sac il n’y avait que des vêtements. cet oeil que HM a ouvert il n’y en a qu’un qui l’a vu, c’est celui qui a tiré, trois balles. Ces trois balles il les a tirées dans la tête. “Savez-vous pourquoi j’ai demandé 100 millions ? (de rançon) demande HM à quelqu’un (l’institutrice ? l’autre femme ?), c’est parce que je n’ai pas une chance sur 100 millions de m’en sortir…”
      Ce que l’on voit, ce que l’on entend dans le film, c’est que les enfants ce n’est pas d’HB qu’ils ont peur, mais des gens du RAID.
      Ce que l’on apprend dans le film c’est que les enfants disaient qu’il n’était pas méchant cet homme… Cet homme qui les menaçait n’était pas méchant ! Cet homme qui les menaçait n’a tué personne.
      Et ce sont les autres, ceux qui qui avaient pour charge de les protéger qui ont tué.
      Cet homme qui a tué celui qui dormait, cet homme-là a été décoré, il vient d’écrire un livre…
       
      Et basta.
      25 septembre 2007 | Sarko encore…
      J’espérais prendre un peu de distance avec Nicolas Sarkozy (NS) qui commence à encombrer singulièrement ma vie. Il y a eu ce “papier” que j’ai fait (ici) sur HB et NS et basta, j’avais envie de passer à autre chose. Mais voilà qu’il devient un personnage au cinéma puisque France 2, ce mardi 25 septembre 2005, programme “HB human bomb”, ce qui prouve que l’éditeur du livre Le Jour où j’ai tué HB a fait un sacré bon boulot en faisant passer le supposé auteur (du livre) chez Ruquier il y a quelques jours. Si c’est le hasard, il fait bien les choses (comme l’éditeur du livre).
      Le film sur France 2, ils appellent ça un docu-fiction. Une fiction où l’un des personnages est devenu président de la République et où l’autre est mort.
      Le supposé auteur (du livre) a un nom d’écrivain (un vrai) : Daniel Boulanger. Plus très jeune mais encore écrivain. Et qui a même joué au cinéma, dans A bout de souffle, de Godard. Daniel Boulanger (le vrai écrivain) joue un flic, celui à qui demande Jean Seberg ce qu’à dit Belmondo en mourant. “T’es vraiment dégueulasse” répond Daniel Boulanger (l’acteur) à Jean Seberg. Mais, mais (et j’en ai parlé avec Daniel Boulanger, l’écrivain) ce n’est pas ce que dit Belmondo en mourant, il dit : “C’est vraiment dégueulasse.” Ce qui change tout, puisque c’est Jean Seberg qui a dénoncé Belmondo (qui l’ignore) mais la dernière réplique (rapportée par Daniel Boulanger) de Belmondo laisse supposer à Jean Seberg que Belmondo meurt en sachant qu’elle l’a dénoncé…
      Ai-je été clair ?
      Tenez, finalement je n’ai plus envie de continuer sur le sujet Sarko-docu-fiction-france-2 et tout ça, et j’aurais plutôt envie de revoir ce film avec Daniel Boulanger : A bout de souffle. Bien entendu, je ne vais pas le faire, mais d’avoir parlé de Godard, de Jean Seberg ça me fait penser à plein d’autres choses : Les Oiseaux vont mourir au Pérou, à Romain Gary…
      Alors du coup, Sarko, je m’en fous.

      23 septembre 2007 | HB et Nicolas Sarkozy
      - Vous avez tué combien d’hommes ?demande laurent Ruquier avec cette ingénuité qui parfois me rend fou de colère.
      C’était samedi 22 septembre à On n’est pas couché.
      Ruquier a posé cette question. Cette question-là : Vous avez tué combien d’hommes ?
      C’était sur un plateau rigolard.
      On fait donc débarquer la mort sur un plateau de télévision dégoulinant de rigolade.
      Celui à qui Ruquier pose cette question est un ancien du RAID (ce sont ces types cagoulés qui interviennent dans les situations extrêmes). Cet homme qui a tué deux hommes vient de publier chez un grand éditeur (Flammarion, peut-être) un livre au titre très délicat : Le Jour où j’ai tué HB.
      Classe.
      HB = human bomb.
      C’était il y a longtemps. En 1993. HB barbé d’explosifs maintenait en otages et dans l’épouvante une classe de jeunes enfants et son institutrice. C’était à Neuilly. Le maire de l’époque, c’était Nicolas Sarkozy.
      Nicolas Sarkozy, reconnaissons-lui ça, a été d’un grand courage. Oui, c’est vrai. Il est venu dans cette école et il a parlé à HB.
      Nicolas sarkozy dira avec cette franchise que je ne nierai jamais combien il avait eu peur, combien il transpirait, combien ça avait été difficile. Là, je ne peux que le louer. Ce courage-là est incontestable.
      Ce qui peut-être était contestable, c’était sa présence. Cette présence qu’il a imposée et qui lui a été reprochée par ceux-là mêmes qui conduisaient l’opération…
      Ce qui est, pour le coup, extrêmement contestable, c’est ce qu’a dit Nicolas Sarkozy à HB, ce qui est même à la limite d’une dangereuse maladresse, c’est ce qu’il dit à HB :

       
      Comment Nicolas Sarkozy peut-il penser que l’autre va le croire quand il lui affirme qu’il est son ami ? J’y insiste : comment pouvez-vous dire que vous êtes l’ami d’un type qui terrorise une classe d’enfants ?
      Je reviens à la question de Ruquier et à la formidable tombée de masques qui a suivi chez les comiques en promo : Arthur et Dany Boon.
      Alors que j’étais tout près de me dire que l’ex “animateur le plus con de la bande FM” (Arthur) avait un sacré cran de se lancer sur les planches et au théâtre, assez attendrissant dès qu’il s’agit d’une certaine Estelle (sa femme, qui, je crois est une ancienne de Johnny Hallyday), j’étais tout près de réviser mon jugement quand il y est allé de cette antienne qui a fait les beaux jours des partisans de la peine de mort : “Et si ça avait été votre enfant qui était dans cette classe” (je ne jure pas de l’exactitude de ses termes), appuyé très lourdement par Dany Boon qui a voulu, lui, une ovation pour celui qui a tué HM.
      Précision : HB dormait quand il a été exécuté. “J’ai vu son oeil gauche s’ouvrir”, dira l’homme du RAID qui a tiré deux balles.
      Dany Boon s’enflamme : où est le problème ?
      Oui. Où est le problème ?
      Cet homme qui a tué Human Bomb a été mis en accusation, jugé… Puis décoré : la légion d’honneur…
      On décore donc un homme qui a tué…
      Broussard, en son temps, l’exécuteur de Mesrine, lui aussi, a été célébré…
      Cet ancien du RAID, j’ai vu qu’il n’était pas fier, j’ai entendu qu’il disait qu’il dormait mal, parfois. j’ai vu que c’était un homme qui n’était plus tout à fait dans la vie. Mais j’ai vu qu’on l’applaudissait comme un qui a fait réussi un bon numéro.
      C’est cette obscénité-là qui me donne la nausée, cette obscénité-là qui m’humilie, moi, devant mon poste.
      J’ai été humilié d’assister à ce peu de considération pour un homme. Pour la mort d’un homme.
      Même la mort d’un terroriste est digne de respect.
      Comprenne qui pourra.

      22 septembre 2007 | Beigbeder, Dujardin et Durand
      Vidéo : 1'21 (”Esprits libres” de Guillaume Durand du 21 septembre 2007)

       
      Beigbeder est sans doute l’un des meilleurs écrivains de ce temps. On en a la preuve quand les critiques se déchaînent. Les critiques ont toujours la même approche lorsqu’ils veulent descendre quelqu’un : ils ironisent. Ils l’ont fait, le font et le feront. Voyez Sollers, BHL, Edern-Hallier et j’en passe. Ils n’aiment pas, les journalistes, ces gens qui sont dans le même milieu socio-culturel qu’eux, aux mêmes endroits qu’eux, au courant des mêmes choses qu’eux. Les critiques qui sont souvent des journalistes ne supportent pas de ne pas être des écrivains. Alors ils flinguent qui leur ressemble.
      Quand j’ai publié mon roman BHL, Bérénice et Frédéric B. je ne suis fait traiter de lèche-bottes pas Libé… Sauf Didier Pourquery qui a écrit un formidable papier dans Métro et Frédéric Vignale dans Le Mague nada, que dalle… C’est l’année où sont sortis six bouquins sur BHL qui m’avait dit : « Si, si, publiez votre livre, au moins c’est un texte d’écrivain. » Mais, j’ai commis le pire comprenez-vous : j’ai fait de BHL et Beigbeder des personnages de roman. Et pourtant, je vous assure, ils n’y sont pas tellement à leur avantage : BHL est tranformé en Lolita un peu crade et Beigbeder se bourre la gueule du début à la fin…
      Seulement imaginez cela : ôtez BHL, Beigbeder, Sollers (et sans doute quelques autres qui ne me viennent pas tout de suite à l’esprit) du paysage littéraire et vous verrez que ne resteront plus que les journalistes et les politiques…
      Je l’affirme et je signe : l’écrivain est probablement le dernier homme qui peut rester libre : pas de patron de presse (télévision ou audiovisuelle) pas d’annonceurs publicitaires à épargner, pas de leader politique à laudater (de laudateur) : juste un lecteur…
      Cette sanction du lecteur, les jurés littéraires et les critiques savent la dévancer, la manipuler, ils ont deux armes redoutables : l’omerta et l’ironie… L’omerta pour les auteurs inconnus, l’ironie pour ceux qu’ils ne peuvent feindre d’ignorer…


      20 septembre 2007 | Bordeaux brûle-t-il ?
      C’était ce matin
      jeudi 20 septembre 2007
      8h15
      Il y avait cette colonne noire…
      J’ai pris mon téléphone portable.
      Voilà,
      que s’est-il passé ?

      19 septembre 2007 | Les jours sans…
      Y aurait-il des jours sans, des jours où on s’en fout un peu, où les autres, comme on dit, on en a un peu raz le bol ?
      Je les éprouve encore quelquefois, avec, lancinante cette pauvre constatation, même pas une question avec pourtant un point d’interrogation à la fin de la phrase : tout ça pour ça ?
      Tout ça, quoi, en effet ?
      Je vous le demande…


      19 septembre 2007 | La vie les encombre
      Si je m’entête encore c’est qu’il me semble que l’on doit toujours faire quelque chose de tout. Les hommes, la plupart des hommes je vois qu’ils ne savent pas quoi faire de leur vie la plupart du temps. Leur vie les encombre. Leur vie est à côté d’eux. Je les vois dans l’attente d’un miracle. Leur vie est à côté, comme une valise. Ils m’ont souvent demandé de porter cette valise. Ils m’ont souvent demandé de leur dire ce qu’était leur vie. Moi je ne sais pas. On ne peut rien savoir des autres.
      Ce que j’apprends des hommes je l’oublie au fur et à mesure, mais je m’en sers.


      18 septembre 2007 | 17/24, le retour…
      Voilà qui fait un drôle d’effet quand, au hasard d’un blog, vous voyez apparaître votre nom et surtout, qu’on y cite quelque chose que vous avez écrit, quelque 39 ans plus tôt… C’est arrivé ici, sur ce site Sud Ouest dont je suis l’invité…
      C’est une vieille histoire Sud Ouest, vous savez…
      Elle a commencé en 68… Oui, cette anus horribilis selon Sarkozy…
      En ce temps-là, Jean-Claude Guillebaud et Pierre veilletet créaient à Sud Ouest un quatre pages à l’intérieur du journal, sur papier jaune, destiné à des jeunes âges de 17 à 24 ans, et qui paraissait le jeudi…
      J’y ai envoyé un texte, en 68…
      Cette histoire de 17/24, voilà que quelqu’un d’autre qui la raconte, je l’ai dit, ici même, sur ce blog hébergé par Sud Ouest :
       
      “Mais surtout je participais à l’équipe qu’avait lancé Sud-Ouest pour réaliser la page » 17-24 » réservé aux jeunes et qui paraissait le Jeudi. Ainsi ai-je pu croiser des gars devenus célèbres comme Pierre Petit, Jean-Claude Guillebaud ou Pierre Veilletet. Je me souviens d’autres noms qui écrivaient dans « 17-24 » Dominique Blanchard ( peut-être est-ce celui qui maintenant a un Blog S-O : je me souviens de son article : « Un jeune homme bien » car il avait fait débat dans mon groupe de pions ! « En voila un bon petit fils de bourgeois à qui la vie sourit et qui lui n’a pas besoin de travailler pour se payer les études et en plus en suivant tous ses cours ! » Je leur rétorquais qu’il ne fallait pas prendre cette article au pied de la lettre, que c’était de l’humour au 2° degré, et que ce jeune bien sous tous rapports et contre tout ce qui était mauvais et décadent, était au contraire, plein de dérision justement vis-à-vis de ce genre de gars ! Et puis surtout je trouvais à l’époque qu’il écrivait pas mal ; si c’est le même qui a cet excellent blog « Bravo »). Il y avait aussi je crois d’autres articles de Patrick Rubio, Patrick Lamarque, Michel Barbe, Chantal Gibert, Thierry Calmette…”
       
      C’était bien moi oui, et je pourrais ajouter aux noms que cite l’ami, Jean-Pierre Spirlet, Josette Degos, Christian Le Vraux (que je vois toujours), Francis-Larieu-Gibier, FrançoiseFavretto, Paulin Bruné, Sylvie Paga, Anne-marie Delannoy, Yvan Blanloeil.
      Michel Barbe, lui, je le vois toujours. Il vit en Ariège où il fabrique des bijoux. Françoise Favretto est éditrice, comme moi…
      J’ai croisé Jean-Pierre Spirlet, mais on n’a jamais pris le temps d’aller boire un pot ensemble. Je me souviens que son père avait vendu un veau pour acheter un Simca 1000 à son fils…
      Je me souviens de ce papier, “Un jeune homme bien”, et ce n’était pas un deuxième degré, mais un trente-sixième degré puisque je racontais les désarrois d’un jeune homme riche moi qui n’avais jamais un sou en poche et traînait une misère sans panache.
      J’avais reçu quelques lettres après ce papier. J’avais même eu un rendez-vous avec une fille au “Petit caporal” un bistrot de la place Tourny qui n’existe plus. Je ne me souviens plus de la fille mais je n’ai pas oublié son histoire : elle était amoureuse de son frère qui était un nazillon aux très petits pieds…
      Cet ancien de 17/24, il s’appelle comment ?
      Dis, camarade, t’es qui toi ?


      16 septembre 2007 | Cette perte de soi
      Je crois aussi qu’une perte de soi est nécessaire. Je crois qu’il faut se chercher, qu’il faut savoir cela : les béances qui sont en nous sont certainement ce qui nous renseignent le plus sûrement sur nous-mêmes. Tout s’articule autour de ces absences. Nous gisons dans notre absence et c’est le lieu suprême de notre existence.
      Nous n’existons que par cette part perdue, cette destruction irrémédiable qui se produit à chaque instant


      15 septembre 2007 | W.
      Je crois que je n’ai jamais rencontré depuis quelqu’un d’aussi absolu, d’aussi convaincu que W.
      W. était très heureux de ce qu’il était. Il se trouvait parfait. Il était très heureux de son prénom. Il était absolument comblé par ce qu’était sa vie. Je me répète : je n’ai jamais connu un tel être depuis W. Je n’ai jamais vu un être se mettre aussi peu en doute. W. était une caricature. Un pur produit du père. Un pur produit réussi de l’autorité paternelle.
      W. était l’aîné des enfants. Il y avait beaucoup de filles dans la famille de W. Il n’y avait peut-être pas d’autres garçons, ou alors un seul. Je ne sais plus. W. ne laissait entrer personne chez lui. Il fallait attendre sur le palier. Parfois le père paraissait. J’ai la vision d’un gnome aux yeux globuleux. Cet homme-là devait être monstrueux. Il était sans doute monstrueux. Il avait fait de son fils un fasciste. W. aimait tout ce qui touchait l’Allemagne. Je suis sûr qu’il aurait aimé être allemand W. Un Allemand comme il n’y avait peut-être pas d’Allemand.
      Je crois que c’était un mythe.

      13 septembre 2007 | Rousseau et Chateaubriand
      Il y a dans la littérature des textes qui me sont essentiels. En voici deux (Proust sera pour autre autre fois) :
      D’abord Les Confessions de Rousseau où je retrouve à chaque lecture cette musique dont je me suis, jadis, enivré :
      « Je ne suis fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu. Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. »
      Et, en écho à Rousseau, les dernières lignes des Mémoires d’outre-tombe :
      « Il est six heures du matin ; j’aperçois la lune pâle et élargie : elle s’affaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient : on dirait que l’ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse : après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité. »
      Il m’arrive parfois de sourire à l’évocation de ces deux géants en route pour la mort emportant pour tout bagage livre et crucifix.
      Mais voilà, l’écho n’en finit pas de se prolonger, d’homme en homme, de Rousseau à Chateaubriand, et jusqu’à moi, si humble tout à coup. Rousseau et Chateaubriand, Jean-Jacques et René, du bout de leur éternité reviennent sur leurs pas, et leurs mots font encore leur travail, aussi n’est-ce pas sans inquiétude que je m’interroge : mais qu’ai-je vécu ? Qu’ai-je donc accompli ? Ai-je servi à quelqu’un ? Ai-je été utile à quelque chose ?
      Un vertige quelquefois me prend à cette réponse qui me vient : moi c’est les mains vides que je descendrai, frileusement, dans l’éternité.

      12 septembre 2007 | Le vide…
      L’écriture (j’y reviens) — et j’entends par-là aussi la lecture —, je l’ai oubliée. Pendant des années je l’ai oubliée. Il n’y a plus après — après la vieille femme du quartier américain, après ces traces à la craie sur le tableau noir — il n’y a plus qu’une dérive, que des lambeaux de vie, des je ne sais quoi qui vont vers je ne sais quoi. Il n’y a plus de souvenirs, comme si quelque chose avait manqué, comme si le centre, le sens avait été perdus. Plus d’indication, plus rien qu’un sentiment de fuite, d’envie de fuite. Devant quoi ? Vers quoi ? Je l’ignore.
      Ce que j’ai fui je n’en sais rien. Il me semble même que je ne veux pas le savoir, tant, parfois j’ai l’impression que la réponse est toute proche.
      Elle pourrait être toute simple cette réponse, elle pourrait, pourquoi pas se définir d’un seul mot : le vide.

      11 septembre 2007 | Cet effarement d’être… (2)
      Parfois, je n’ai pas à me forcer beaucoup pour le retrouver, intact : il me suffit de revenir à cette classe où l’institutrice traçait des lettres au tableau noir. Je me souviens parfaitement — c’est une impression qui n’a cessé de me hanter — je me souviens de ces absurdités : des lettres. Les premières naturellement.
      Je vois l’enfant, en tablier bleu, peut-être rose, je le vois face à ces signes, et je sais qu’il est devant l’un des plus grands mystères du monde. Jamais il ne saura, jamais il ne parviendra à faire tenir ces signes ensemble, jamais il ne saura lire et écrire. J’ai beau faire, je ressens toujours ces horreurs : cette plume qui accrochait le papier, les pâtés qui gâchaient la beauté de la page, sa beauté, son éternité. C’est un temps où la plume était toujours trop dure, et l’encre violette, dans des encriers noirs dont le fond contenait une bouillie aussi sombre que la peur. J’avais peur. L’enfant-moi avait peur.

      9 septembre 2007 | Chez Durand

       
      Chez Durand, le 7 septembre 2007 à “Esprits Libres”, il y aussi avait Vanessa Paradis. En ouverture. Vanessa seule face à Guillaume. Rien que ça. Pas mélanger les torchons avec les serviettes. Vanessa Paradis, c’est du lourd. Y a du fric derrière elle. Elle est mignonne Vanessa, elle n’a rien à dire, pas grand-chose à chanter, mais elle est mignonne. Et puis, c’est le femme de Johnny Deep. Johnny Deep est acteur, lui, un des meilleurs.
      Chez Durand, j’ai noté qu’on se tutoyait beaucoup. Il y avait l’inénarrable Philippe Tesson qui a fini par s’endormir après avoir dit qu’il adorait le livre de Yasmina Reza sur Sarko. Je ne sais pas pour vous, mais moi, d’emblée, ce bouquin je le déteste. Et je suis sûr d’avoir raison. “Tout ça pour ça” résume Sylvain Bourmeau. On s’en doutait un peu. Reza ce n’est pas Duras. Reza, j’ai l’impression que ça casse pas trois pattes à un canard. Non ?
      Chez Durand il y avait Lydie Salvayre. Une jolie rousse. Qui dit des trucs bien, comme quoi l’écrivain n’a à faire le jeu de personne, qu’il est au-delà de tout. Et qui raconte une superbe histoire sur sa mère (qui vient de mourir) et qui, toute vieille, toute abîmée éclatait de rire quand elle se voyait dans une glace, réduite à cette vieillesse incongrue.
      Puis Durand a lu des extraits du livre de Lydie. Et c’est là que ça s’est gâté. La cata. Mauvais. Très mauvais. On croit toujours qu’on n’écrit plus comme ça, dans ce qui s’appelait le beau style. Là c’est du beau style qui n’a pas les moyens.
      Les romanciers, on devrait tout de suite nous présenter des extraits de leur livre, comme les bandes annonces des films. Tac, on sait tout de suite si on est en phase.
      Chez Durand il y avait Dominique de Villepin qui vient de publier un livre sur Napoléon. Il dit de Villepin, superbement de superbes banalités. Il dit deux fois que les évènement de sa vie ont changé napoléon. Superbe, non ! Villepin, il perd de sa superbe quand il s’agit de l’affaire machin, clearsteam. Il devient vivant. Vrai.
      Chez Durand il y avait Claude Allègre qui croit qu’il a été ministre et pense qu’il pense quelque chose. Mais ça se voit qu’il ne pense plus Allègre, qu’il vire vinaigre.
      Vinaigre-Allègre, c’est bon, non ?
      A propos d’Allègre, dans Marianne n° 542, voilà ce qu’il dit : “Il n’y a personne qui soit, à gauche, du calibre intellectuel et politique de Sarkozy. Personne.”
      Et si c’était de l’humour ? Non ? Non, ce n’est pas de l’humour, malheureusement…
      Et il y avait, chez Durand, Régis Debray qui sort L’Obcénité démocratique chez Flammarion.
      J’aime chez Debray, ses fulgurances. Je lui fais encore confiance. Et, peut-être que je vais lire son bouquin.
      Chez Durand, Régis Debray a rappelé que le temps de parole à la télé était de 50 secondes maxi. Et Durand était d’accord, lui qui laisse environ 20 secondes à ses invités.
      En 50 secondes on ne dit rien, on peut, au mieux, annoncer ce que l’on a à dire.
      50 secondes, c’est l’illusion de la parole, et c’est bien le but recherché : l’illusion.
      Chez Durand cette illusion de la parole est, malgré tout, culturelle : c’est déjà ça…

      8 septembre 2007 | Cet effarement d’être… (1)
      Il y a de quoi être étonné de vivre ; et cette évidence, ce jeu de l’évidence il convient je crois — parfois —, de le mettre volontairement en question. Je remarquais cela lorsque j’accompagnais mes fils à l’école. Je remarquais bien que certains enfants ne comprenaient pas ce qu’ils faisaient là. Et moi, moi, tout à coup je me plongeais, brutalement, en apnée, dans cet effarement, cet effarement d’être.
      Et quelquefois, cela survient encore : je regarde ce corps qui est le mien, je regarde ces lieux où je suis et, tout à coup, je suis dans le songe d’un fou…
      Mais il faut faire avec cela, et attendre que le songe s’incarne, il faut attendre ces instants où tout paraît si vrai…

      6 septembre 2007 | Le sens de la vie…
      Car je pense depuis longtemps qu’un sens sourd dans chaque existence, un sens qui n’a rien d’anodin, un sens mis en relation paradoxale quasi-constante, et que l’individu peut s’expliquer là-dessus, s’expliquer tout simplement et en éprouver de la satisfaction. Intellectuelle cela va sans dire.
      Pour le reste, il en va sans doute autrement.

      5 septembre 2007 | Ces gens-là…
      Beaucoup de gens sont comme ça : ce qu’ils ne connaissent pas ils le combattent. Ils combattent ce qui leur est étranger. Ils ont l’habitude de ce qu’ils sont, il y a longtemps qu’ils font avec. Ils savent ce qu’on peut faire avec ce qu’ils sont, ils font avec ça depuis toujours. Depuis toujours ils connaissent les rouages de cette mécanique. Ils sont d’abord méfiants ces gens-là. Ils veulent que tout leur ressemble, que tout soit comme eux, c’est toujours ça de pris.

      4 septembre 2007 | Incendie chez Michèle Delaunay

      Incendie chez Michèle Delaunay
       
      Le 3 septembre 2007 un incendie a ravagé l'aile du domicile de Michèle Delaunay à Bordeaux. Livres (20 à 30.000) archives, photos, documents sont partis en fumée...
      Réalisation : Dominique-Emmanuel Blanchard

      Le blog de DEB au journal Sud Ouest

      3 septembre 2007 | Vivre ne va pas de soi
      Ce que je voudrais dire, ici, très vite, (mais pourquoi ici ? pourquoi maintenant ?) c’est que vivre ne va pas de soi, qu’on nous fait croire ça, qu’on se fait croire ça les uns les autres, qu’on réussit même à s’en persuader. Pendant des jours, des mois, des années peut-être on est dans ce grand rêve éveillé. Parfois on est même heureux. Parce que, malgré tout, le bonheur, oui, je crois que ça existe. Le bonheur ; c’est-à-dire cet état de non-souffrance qui ne redoute plus rien. Ces moments où l’on est «au-dessus», où on est en règle, où on croit que tout est résolu pour toujours, et qu’après tout, la mort a le temps d’attendre.

      2 septembre 2003 | La passion Ginette…
      La passion, je crois que c’est ça : ce mourir qui gît dans l’amour.
      La passion est probablement invivable, et c’est de se survivre qui la tue. La passion meurt de se survivre. Je suis convaincu de ça : de l’incapacité de la passion amoureuse à être au monde.
      La passion c’est ça et ce n’est pas ça, et pourtant ce devrait être la liberté et c’est tout le contraire qui arrive. Il faut que quelque chose se fige, cesse de continuer. Il faut que ça s’arrête. Mais ça ne peut pas s’arrêter, ça continue, ça continue tout le temps, et ça s’oublie, ça n’arrête pas de s’oublier. Le plus terrible c’est ça, c’est l’oubli. L’oubli, il est là, tout le temps, il commence même avant de ça ait lieu. Un jour on sait ça, on sait qu’il ne restera que des images de hasard, des images douloureuses, de la douleur. La passion c’est de la douleur. Du désespoir, et ça ne s’oublie jamais le désespoir.
      La jouissance, même la plus formidable jouissance elle s’oublie, elle en réclame toujours plus, elle appelle la mort. Le plus fort moment de la jouissance c’est probablement ça : la mort. On meurt. A chaque jouissance partagée on meurt. Mais on résuscite. Et c’est là l’intolérable : on se remet, on se remet de ce qu’on croyait être un anéantissement. Et plus rien ne paraît : rien ne s’inscrit. On peut retrouver les autres, on peut sourire, ils vous trouvent un peu bizarre c’est tout, ils ne savent pas que vous venez de mourir, et on ne leur dit jamais. On ne leur dit pas, «je viens de mourir d’amour.» Si on le disait, on aurait peur de mentir. On mourra mieux la prochaine fois.
      On attend toujours de mourir davantage la prochaine fois.

      31 août 2007 | Vidéo

      Michèle DELAUNAY au festival de LA ROCHELLE

      30 août 2007 | Fouras

      André MERLE 1915
       

      MOSCOVICI ET CESAR
       

      Fatma-Jacqueline
       

      Françoise Mesnard

      26 août 2007 | Ségolène à Melle le 25 août 2007
      Je ne sais pas si le film que vous allez voir correspond à l’idée que vous avez de cette journée après ce qu’ont pu distiller les médias. J’ai regardé quelques extraits des différents journaux télévisés sur DailyMotion. Moi, je ne reconnais rien de ce que j’ai vécu ce jour-là à Melle. Mais je ne suis pas un spécialiste n’est-ce pas (comme dirait Ferré). J’étais pourtant avec les autres caméras, celles des grandes chaînes. J’ai assisté à l’hystérie collective des reporters, caméras et photos. Je peux dire qu’il nous a fallu à quelques-uns intervenir pour que deux enfants (on les voit dans mon film) ne soient pas écrasés. Tout cela n’a pas de sens, tout cela est insensé. Il n’y a pas de commentaires dans mon film, pas de journalistes qui vous prémâchent ce qu’il faut penser. J’ai vu des cameramen appliqués, j’ai vu des journalistes qui se la pétaient dur, que Dieu lui-même avait mandatés pour nous expliquer à nous autres, pauvres sots ce qu’il fallait comprendre. Le discours de Ségolène a duré 90 minutes, en voici une quinzaine. J’ai tenté une synthèse, une vraie, une quintessence.
      Vidéo : 16'54 | Ségolène Royal à Melle le 25 août 2007

      SEGOLENE ROYAL Melle 25-08-07

      25 août 2007 | Ségolène Royale à Melle
      J'étais donc à Melle aujourd'hui. Melle, dans les Deux-Sèvres. Vous savez le fief d'une ceratine Ségolène Royale. Il se peut même que certaines et certains d'entre vous aient voté pour elle à la dernière élection présidentielle. Il faisait chaud à Melle ce 25 août 2007. Il y avait disent certains, plus de 2000 personnes. Il y avait surtout beaucoup de télévision, beaucoup de ferveur autour de Ségolène Royale. J'étais là avec ma caméra... Je vous montrerai ce que j'ai vu... Demain. 

      24 août 2007 | Cette photo de Duras
      Il y a cette photo où vous êtes.
      C’est une photo en noir et blanc. Je passe des heures devant vous qui êtes devant cette fenêtre. Vous regardez jusqu’au rien. Et moi je vous regarde jusqu’à plus rien, c’est-à-dire jusqu’au tout.
      Je suis resté devant vous des heures. J’ai parfois pensé que je pourrais passer le reste de ma vie à vous regarder, à ne pas bouger de ce petit fauteuil vert où je me tiens si souvent, sans rien faire, où à écouter de la musique. Mais souvent je ne fais rien. Je ne fais rien mais il se passe quelque chose. Il se passe toujours quelque chose dans le rien. Il suffit de laisser faire. Il suffit de ne rien attendre, de ne rien vouloir. Il ne faut pas être inquiet, c’est tout. Il faut être là. C’est ce que je fais, je ne bouge pas .
      Et ce matin il y a eu cette idée qui est venue, là, dans ce rien dont je n’ai plus peur. J’ai appris cela de vous je crois : l’absence de peur. J’ai appris de vous à ne plus avoir peur du rien. Plus peur…

      25 août 2007
      Des gens qui ont connu Duras, j'en ai rencontré. A commencer par Yann Andréa. Yann est très doux. Yann a la voix de Proust. Je suis sûr que Proust parlait comme Yann Andréa. Dans un souffle qui ne s'éteint jamais.
      J'ai rencontré Yann à Bordeaux, en 2006. Je ne vais pas raconter pourquoi ni comment, après tout je dois ça à ma position d'éditeur. Je n'y ai donc aucun mérite. Mais il arrive que même dans l'exercice de sa profession un éditeur soit ému. Je l'ai été quelquefois. Je dirai, peu à peu tout cela.
      J'ai trouvé, sur le net, un échange entre MD et un certain Fabrice Verzières (que je ne connais pas) : "Évidemment que je n'aimais que moi à travers Yann, n'est-ce pas là, cher monsieur, la définition même de l'amour ? Si vous en doutez, vous avez encore du chemin à parcourir.... "
      Voilà ce que j'aime chez Duras, cette vérité-là...

      23 août 2007-08-22 | De l'art en général
      Ce que j'ai dit de la littérature, ce que j'en attends, ce que j'en ai toujours entendu, en somme je pourrais, je peux, je le dis aussi de l'art en général. Quelque chose, là, dans l'art, dans sa quintessence, dans son incandescence, je crois, oui, je crois fermement que c'est quelque chose de la vérité. J'entends par vérité, ce qui ne peut tricher, ce qui renseigne sur l'essence même de l'homme, de l'être, du sujet, dirais-je : de l'âme ? Sans cela, sans cette certitude, sans cette recherche, sans cette attente, sans cette idée qu'un fragment d'absolu est là, dans l'art, dans ce qui échappe à l'homme, sans cela, la vie n'aurait aucun sens. Et je suis de ceux qui pensent qu'elle en a un, mais qui n'est pas donné, qui l'est parfois, mais qu'il vaut mieux aller traquer.
      J'aime particulièrement cette phrase de Malraux : " Je cherche la région cruciale de l'âme où le mal absolu s'oppose à la fraternité..."
      Je vais vous faire un aveu : c'est exactement ce que je cherche aussi.

      21 août 2007 | Démytification et vulgarité
      Deux semaines sans Nicolas Sarkozy - qui avec élégance était en vacances aux States parmi des amis milliardaires - et je déprimais quelque peu. Mais là, pour l'instant, n'est pas mon propos. Je suis, je me suis désigné en guetteur de Nicolas Sarkozy. Je persiste : je l'attends au virage. Il se peut que je me trompe. Peut-être ai-je tort, peut-être est-ce l'homme providentiel qu'il fallait à ce pays appelé la France. Ce que je veux croire c'est qu'il a été instrumentalisé : il est, à mon sens, la caricature de l'époque. Cette époque qui confond démytification et vulgarité. J'y insiste : ce show politique va, assez vite, trouver ses limites. Il y aura sans doute la saison I, peut-être la saison II, mais la production va se lasser. La bachelor Sarkozy sera démasqué. L'imposture se paie toujours au prix fort. Et je déclare que nous sommes dans l'imposture. Dans la médiamétrie politique. Dans la surenchère permanente. Dans l'absence de réflexion. Cela s'appelle le n'importe quoi. Aujourd'hui la remise en cause de la peine purgée pour les délinquants sexuels, demain que sera-ce ? De la politique de comptoir de bistrot, rien d'autre que cela. Voilà ce qui va se passer, jour après jour. Ce blog en tiendra registre…
       

      Dimanche 19 août 2007 | Fils de...
      Tous les ans le salon du livre de Paris, c’est Porte de Versailles, huit jours après le salon de l’agriculture. Et pas la plus petite trace. Pas une boulette de bouse de vache, pas une odeur qui s’attarde, rien. Nickel. Cette année-là, c’était triste à pleurer ce salon du livre. Aseptisé. Un grand désert. Pas le moindre relent d’âme. Mais des errances. Même plus d’annonces micro. Dans l’air juste un chuintement de voix, une rumeur ténue de foule. Malgré tout quarante mètres de file d’attente pour Amélie Nothomb et Éric-Emmanuel Schmitt. Je ne sais plus en quelle année c’était. Mais c’était son vingt-cinquième anniversaire et enterrement de première classe. L’avant-dernier soir on nous a invités, nous de l’édition. Rendez-vous à la datcha (c’était la Russie, le pays invité cette année-là). Soirée VIP, paraît-il. Au fond du hangar. Champagne à gogo. Champagne et musique techno. Bizarre. J’ai vu POL le faire : danser sur de la techno, POL him-self. Pas vu Raphaël Sorin danser, non. Sono pourrie, saturée. Les Inrocks aux commandes. La techno, c’est simple, il n’y a pas de musique. Tu peux faire n’importe quoi là-dessus. La musique démocratique par excellence. Et on ne voit personne, que des silhouettes, des fragments fugitifs d’êtres humains.
       
      Puis il y a eu la fêlure spatio-temporelle. La grande gifle du réel. Que je vous dise : c’était là, par terre. Juste à mes pieds. Une sorte de livre, peut-être une couverture d’un numéro : L’IDIOT INTERNATIONAL.
       
      Je suis tombé en arrêt. J’en aurais pleuré. Je me suis retrouvé dans un ascenseur qui aurait pété les câbles au 55e étage. Jean-Edern ! Il a été là. Tout à coup, dans cet invraisemblable vacarme, il a été là. J’ai pensé à sa main sur mon épaule la veille de son départ pour Lourdes. J’ai pensé à ce moment où je l’ai conduit, dans la foule. Il répétait que le lendemain il irait à Lourdes, que s’il recouvrait la vue, il se tairait.
       
      Un jeune s’est approché de moi tellement je devais être pitoyable à voir avec l’Idiot à mes pieds, par terre. C’est d’autant plus bizarre cet instant de stupeur que je n’ai jamais acheté L’Idiot International. En ai-je seulement lu un numéro ? Moi, c’est Hallier que j’aimais. Je vous jure, je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas pourquoi j’ai eu si mal dans tout ce bordel sonore, ces éclairs stroboscopiques, ces ombres d’un dixième de seconde impossibles à identifier. Et je n’avais pas picolé plus que ça. Le jeune m’a hurlé dans l’oreille en me désignant un autre jeune : « C’est son fils. » Et à mon tour j’ai hurlé dans l’oreille du fils : « Ton père, ton père… Je l’aimais. » C’est tout. Et comme je restais comme ça, statufié, incapable de me sortir de cette putain d’émotion, le fils s’est approché : « Arrête, ARRÊTE. » Je vous jure, j’entends encore ce jeune homme (dont j’ignorais jusqu’au prénom) me hurler ça en riant Arrête. C’était me dire : « Ne te fais pas de mal, mon père n’aimerait pas ça. » Puis, il a ajouté, Frédéric : « J’ai 22 ans et j’en ai rien à foutre. » J’ai traduit par : « Il est mort, mais moi je suis vivant. » Et il s’est mis à danser comme un fou. Oui. Il était vivant, lui. Il pouvait dire qu’il n’en avait rien à foutre le petit, il y avait ça, par terre, cette sorte de livre, avec pour titre « L’Idiot international. » Il dansait le petit et il m’a fait un grand geste du bras que j’ai décodé comme ça : « Le plus bel hommage que l’on puisse rendre aux morts, c’est de vivre. » Je suis sûr que c’est ce qu’il a voulu me dire. Et j’ai eu honte, sur l’instant, d’avoir figé le temps, d’avoir figé la vie. J’ai dû boire une ou deux flûtes et je me suis glissé dans cette foule qui gesticulait. J’ai gesticulé à mon tour. Je me suis dit que ça pouvait durer l’éternité. Et je suis revenu à pied à mon hôtel. Mais, pour la première fois de ma vie, je ne parvenais pas à marcher droit. Je me suis dit que j’avais bien vieilli ces derniers temps.
       
      PS : ce livre, l’Idiot International, une anthologie (Albin Michel, 25 euros, 230 pages, format 19,5 x 25,5) je l’ai sous les yeux. Et je sais que longtemps je vais l’avoir longtemps près de moi. Que je vais le feuilleter, et le feuilleter encore. Il y a dans la préface de Frédéric Hallier cette phrase qui me bouleverse : «Jean-Edern avait ce don de concilier ce qui nous paraît inconciliable. C’était ce qu’il appelait “l’acte fédérateur”.» d’autres appellent cela, l’ambiguïté. On n’en sort qu’à son détriment, disait Françoise Giroud, citant le cardinal de Retz, à propos de Mitterrand. Une chose me semble évidente : Jean-Edern-Hallier ne sortira jamais de l’ambiguïté. C’est peut-être pour cela qu’il est à jamais irrécupérable, et donc disponible à chacun.

      5 août 2007 | Bordeaux, mais encore ?

      Je ne sais pas d'où vient cette réticence à écrire sur Bordeaux. C'est très difficile. On sent bien que ça foire sans arrêt. On sent qu'il y a un discours en place, un discours parfaitement rodé sur les trois M ; Montaigne, Montesquieu, Mauriac. Mais tout de suite il n'y a rien à en dire. Tout de suite ça se met à ressembler à une visite commentée de musée. Ca sonne faux. On se sent tout de suite cousins de province avec ces trois-là ; on se sent un tantinet pique-assiette. Le Malagar de Mauriac a un je-ne sais-quoi de résidence secondaire où on vient s'aérer des vapeurs de la ville. J'ai sans doute tort mais c'est ainsi que je sens ces choses-là.
      Non décidément il m'est impossible d'y croire. C'est comme si je racolais.
      On pourra m'opposer une liste des écrivains du bordelais : Guérin, Rudel, Ausone, Jean Cayrol, Jacques Rivière, Jean de La Ville de Miremont, Jean Balde, André Lafon, Jean Forton, Jean Freustié, Catulle-Mendès, Philippe Sollers, Pierre Veilletet, Michèle Perrein, Hélène Sarrazin, Michel Suffran, Claude Bourgeyx, Michel Ohl, Jean-Marie Laclavetine, Alina Reyès, Jacques Perry, Francis Giraudet, Jean-Michel Michelena, Claude Chambard, je sais, je sais il y en a d'autres. Plein d'autres. Alors comment se fait-il qu'à travers tant d'écrivains du bordelais Bordeaux existe si peu ?
      Et parmi tous ceux-là combien vivent ou ont vécu dans "leur ville" ?
      Qu'est-ce que c'est que cette ville dont on ne parle pas et qu'on ne songerait qu'à fuir ?

      4 août 2007 | B, comme Bourdieu
      B, comme Bourdieu, prénom Pierre : « Quand la vérité est compliquée, ce qui est souvent le cas, on ne peut la dire que de manière compliquée, à moins de parler de tout à fait autre chose, comme Pierre-Gilles de Gennes… Notre travail, c’est non seulement d’aller contre l’opinion commune et contre nos propres œillères sociales, mais d’utiliser un langage qui s’oppose à la divulgation de la vérité scientifique, qui est toujours subversive. Même les mots sont préparés pour qu’on ne puisse pas dire le monde tel qu’il est. » (In Télérama n°2353 -18/24 février 1995).

      3 août 2007| Cette trace indélébile qu’ils laissent…
      Cette trace indélébile qu’ils laissent certains. Et qu’il convient peut-être de ne pas nommer. Vivants ou morts. Petits ou grands, mais qui nous aident à vivre parfois. Car vivre n’est sans doute pas aussi facile qu’il nous est dit partout.
       
      Je ne suis pas certain qu’il ne faille pas faire effort, parfois, (parfois même souvent), pour continuer, vaille que vaille. Vivre, la belle affaire ! Cette éternité dérisoire qui ne cesse de s’effacer.
       
      Alors, retour à Rousseau, Voltaire, Montaigne et quelques autres, que je nomme donc !
       
      C’est que voyez-vous, je les lis, ceux-là, pour retrouver le goût, certains jours, de nos petites affaires, nos piteux orgueils sans lesquels rien ne vaudrait, vraiment, la peine de quelque chose.

      1er août 2007 | Proust et Michel Suffran
      Parcourant les lettres de Marcel Proust à Madame Strauss je m'avise soudain que je connais depuis longtemps un écrivain tout aussi adorable que mon cher Marcel. C'est Michel Suffran. Ai-je jamais connu dans le monde littéraire quelqu'un d'aussi gentil, d'aussi généreux, d'aussi disponible que cet homme-là ? Certes, il y a eu François-Régis Bastide pour lequel j'aurai toujours une affection profonde, je dirais même indéracinable… Mais la mort est venue mettre court à cette amitié naissante. Michel Suffran, lui, ça ne date pas d'hier. Et il a toujours été là mon bon Michel, même à une époque troublée où j'imaginais créer à Bordeaux un spectacle qui réunirait les artistes les plus talentueux parmi lesquels je me souviens il y avait un certain Brian, Jean-Paul Verdier (peut-être) et un chanteur de café théâtre qui chantait " Le Rosier des chiens ". Etait-ce à La Cour des Miracles ? Aux pieds nickelés ? (Etait-ce bien Christian Le Vraux qui tenait Les Pieds Nickelés ?) Il va vraiment falloir que je revisiste ce passé pourtant pas si lointain pour tirer tout cela au clair.

      A cette époque où je me voyais en producteur de spectacles j'étais donc allé voir Michel Suffran dans cette maison près du jardin public (à Bordeaux) qu'il habite toujours et dont je parlerai un jour tant elle est, cette maison, jumelée à celle de ses parents, un musée magnifique où les livres ont bien dû finir par tout envahir. Michel m'avait accueilli - il était médecin - et certainement soutenu. Inutile de dire que le spectacle n'a jamais eu lieu. Mais c'est de ce moment que date mon amitié pour Michel Suffran.

      Il y a quelques jours (juillet 2007) je l'ai rencontré, toujours au jardin public de Bordeaux (il faudra que je raconte l'importance de ce jardin dans ma vie, par bribes, si vous le voulez bien), en compagnie de la très discrète Colette, son épouse. J'ai sous les yeux cette lettre de Michel qui évoque cette rencontre : "Colette et moi avons été ravis de vous revoir en cette allée du Garden - et à quelques pas du Petit Mousse, témoin de mes grands-petits départs naguère si délicieusement " assouvis ". Un grand et affectueux merci ! Michel.

      J'évoquerai de nouveau, ici, Michel Suffran.

      31 juillet 2007 | Je suis un peu fatigué de la politique.
      Il me faut de temps à autre, et même de plus en plus souvent en revenir à la littérature. C’est de là que je viens. Comme c’est les vacances mon emploi du temps c’est n’importe quoi. Je passe du film que je suis en train de réaliser sur Michèle Delaunay, à ce blog, puis du blog à quelques travaux de bricolage. J’essaie, en vain, d’y mettre de la bonne volonté : le coeur n’y est plus. Aujourd’hui, j’ai lu Signe particulier, Edouardo, d’Edouardo Pisani. Je le pensais chilien Edouardo, il est italien. Je l’ai connu par Frédéric Vignale. Frédéric Vignale le filme beaucoup dans ses clips. On peut voir ces clips sur DailyMotion. Moi aussi j’ai filmé Edouardo, c’était au salon du livre de Paris, en mars 2007. Edouardo est avec les membres d’Undercover Slut. On peut voir cette vidéo sur ce blog dans la catégorie “Vidéos”. Je crois que cet Edouardo sera une star. Il a quelque chose de Jean-Pierre Léaud. Je croyais être le seul à l’avoir remarqué mais même Edouardo le sait. Il l’a écrit dans son journal. Je pense que je vais publier Signe particulier, Edouardo.
      Je pensais ne parler que de politique dans ce Blog notes. J’avais tort : dès que le brouhaha des médias s’estompe le grand cirque politique laisse apercevoir sa part de néant. Alors, j’alternerai : politique et littérature. Il se pourrait même que je raconte certaines rencontres, quelques scènes de la vie de quelqu’un qui pourrait être éditeur, écrivain, vidéaste.
      Etrange que j’aie autant de mal à écrire cela : éditeur, écrivain… Quelles certitudes avons-nous sur ce que nous sommes ? Editeur, oui, c’est bien ma fonction, mais que signifie-t-elle ? Quelles images erronées par de pauvres films, de tristes romans sont véhiculées dans l’inconscient collectif ? Alors, oui, à chaque fois, j’hésite : qu’est-ce que c’est être éditeur ? écrivain ? vidéaste ? Cela ne fait pas sérieux, ça fait “m’as-tu vu”, et même pour moi ça sonne faux.

      26 juillet 2007
      Panne d'inspiration ! Ah bon, ça existerait donc ça, l'inspiration ? Rien sur Sarko aujour'hui ? Et qu'est-ce qu'il dit Sarko du dopage au Tour de France, hein, qu'est-ce qu'il en dit ?

      22 juillet 2007 | BHL et Nicolas Sarkozy
      Nicolas Sarkozy serait un homme sans mémoire ! Voire ! Ne se souvient-il pas de 68 à qui il règle son compte ? Je crois, voyez-vous, qu'au contraire Nicolas Sarkozy a beaucoup de mémoire, mais il entend la nier. L'exercice de la mémoire est intellectuel, et nous savons désormais n'est-ce pas que Nicolas Sarkozy n'aime pas ce qui est intellectuel. Revendiquer une mémoire n'est-ce pas être en demeure de l'assumer ? J'ai déjà dit que la pensée de Nicolas Sarkozy tenait, pour moi, de la conversation de bistrot. En cela il représente bien l'esprit de l'époque. Et, je l'affirme et je signe, si Nicolas Sarkozy a été élu c'est bien pour cette raison-là : il incarne cette aculturation dont est atteinte, toute, je dis bien toute, la société française.
      Aculturation : " Je définirais l'aculturation comme étant la neutralisation et l'uniformisation de la culture. L'aculturation mène tout droit à la dépersonnalisation. À plus long terme, l'aculturation prépare l'homo economicus dont on trouve déjà plusieurs spécimens en mutation : ces femmes et ces hommes en nombre croissant qui regardent, écoutent, sentent, goûtent et touchent avec une apparente satisfaction le même genre de produits. " (Blog " Franchement ! " 25 septembre 2004.)
      Et ce genre de produits, nous savons désormais ce qu'il est : vide de sens…
      Le sens justement, c'est la mémoire, c'est l'histoire.
      Alors oui, BHL me semble avoir raison lorsqu'il critique chez ce Président si aimable sa " vision de la France ", " son absence de mémoire ", son " cynisme ". Tout cela se tient. Tout cela va ensemble, tout cela est grave…

      19 juillet 2007
      Mais, me direz-vous, il n’y a pas que la politique dans la vie.
      Et je suis bien d’accord avec vous. La preuve ? Allez sur “Sonia | roman feuilleton”, je vous propose en 12 épisodes “Sonia”. Un épisode par jour. N’empêche le blog continue lui aussi. Voulez-vous que je vous dise ? Cet après-midi nous étions avec Michèle Delaunay, chez elle, à Bordeaux, près du jardin public où je l’ai filmée pour ce livre qui contiendra un DVD et que nous publierons à la rentrée : “L”éphémérité durable du blog”. C’est son titre.
      Je m’avise aussi de cette ironie : je publie donc ici un texte en épisodes qui s’appelle “Sonia” et tout aussitôt il est question d’une certaine Delaunay. Sonia Delaunay, cela me dit quelque chose tout à coup…

      18 juillet 2007
      Du Sarko dans le texte. Leçon de philosophie ? Conception de l'existence et des êtres ? Une telle élévation d'âme est tout simplement bouleversante.

      Video pirate Sarkozy - Cho bouillant !!!
       

      Mardi 17 juillet 2007 
      Il faudrait dire à Nicolas Sarkozy que ça y est, qu'il est élu, qu'il est Président de la République de France, qu'il devrait arrêter de continuer à faire campagne, qu'il n'est plus nécessaire de faire le tour de France.
      Moi, que voulez-vous, je suis comme lui, j'ai un doute : à chaque instant je m'attends à voir surgir Jacques Chirac : "Bon, allez, tu t'es bien amusé... La récréation est finie. Gagne une étape du Tour de France et tu pourras te représenter..."
       

      Dimanche 15 juillet 2007 
      Au fond, un doute commence à me tourmenter : ne suis-je pas obsédé par Nicolas Sarkozy ? Ce sujet d'études, cherché depuis si longtemps, se pourrait-il que ce soit ce drôle de petit homme ?
      Car voici : j'étais, juste avant de me mettre à ce clavier, au jardin, en cette nuit moite de juillet et me revenaient en mémoire ce que me disait Francis Jeanson, entre réel et réalité. "la réalité, ça ne m'intéresse pas", me disait-il. Voulait-il dire par là que la réalité n'est qu'un faux semblant, qu'une sorte de comédie ?
      Peut-être. Peut-être signifiait-il par là mon vieil, bien vieil ami que je me reproche de ne pas voir plus souvent, peut-être s'agit-il de cela, après tout : la réalité.
      Le mot du reste, est galvaudé : "Télé-réalité, c'est du rêve, ce n'est pas la réalité." Voilà qui traîne un peu partout dans la langue. Nous y voici : Nicolas Sarkozy a décidé d'incarner la réalité. Je crois que cela signifie pour lui : montrer les choses. Pas de chichis, comprenez-vous !
      Et nous voici bien embarassés, nous autres, dits il n'y a pas si longtemps encore, les intellectuels. Car, à l'idée, Nicolas Sarkozy nous opppose les faits, brutalement. Les faits sont cet os que les imbéciles, comme les chiens, ne veulent pas lâcher.
      Montrer, dans la connaissance populaire veut dire : ne pas cacher. Donc, Nicolas sarkozy parle. Il parle beaucoup, longtemps. On pourrait même dire qu'il est atteint de logorhée. Cette logorhée qui a - mais qui s'en est encore avisé ? - pour effet de dissimuler. C'est bien là le paradoxe : parler est la plus habile façon de se taire.
      Cette hystérie du verbe, nous la connaissons : la littérature américaine, entre autres, nous l'a révélée. Elle est ici. Elle encombre le silence. L'ennemi, l'ennemi absolu c'est le silence.

      ***
       
      Déclaration de Nicolas Sarkozy (le 14 juillet 2007) devant les télévisions : “Je voudrais dire à Cécilia et à Judith qu’elles sont très belles toutes les deux.”
      Que vous disais-je : trop classe !

      Samedi 14 juillet 2007 | Sarkozy et la danse des canards

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      La politique, cette politique-là, celle qui se fait désormais, à chaque instant, ici, en France, est arrivée là où elle ne pouvait manquer d’aller : dans la vulgarité. Je me souviens de ce geste de Nicolas Sarkozy - il applaudit (applause) alors que Jacques Chirac quitte la cour de l’Élysée. Ce geste est, oui, bel et bien vulgaire. Et plus vulgaires encore ces journalistes qui soulignent que c’est un ” très beau geste qui marquera “.
      Il faudra à Nicolas Sarkozy un, ou une conseillère en maintien.

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      Je me souviens, aussi (toujours à l’Élysée) parqués comme des veaux, de Jean d’Ormesson et d’André Gluksmann. Souvenez-vous, ce n’est pas si loin. Ce devait être l’heure de la gamelle. Pathétiques de dérisoires ces gens qui frétillent du croupion, qui calculent le retour sur investissement. « Mais vous en avez un gros pétard ? » pourrait demander Sarkoszy qui n’a sans doute pas lu Proust.

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      J’ai noté cette formule de Philippe Corcuff : « Nicolas Sarkozy, ce n’est pas la Marseillaise, c’est la Danse des canards. »

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      Politique star’ac ?
       
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      La vulgarité disais-je, ah oui : ce geste (encore) de Nicolas Sarkosy posant sa main sur l’épaule de Bouteflika qui manifeste un agacement que les légions de laudateurs qui constituent les professionnels de la profession de journaliste nevoudront pas remarquer.
       
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      Vulgarité : à suivre…

      Lundi 14 mai 2007 
      Emeute à Bordeaux II
       
      Il n'y aura pas de film donc. Ce film qui est fait pourtant. 19 minutes, en trois parties et un épilogue.
      Le jeune homme, J. ne sera pas allé jusqu'au bout.
      Avant son passage au tribunal, je l'ai filmé.
      Après le jugement, je l'ai filmé, ici, chez moi.
      Et quand le film est terminé il me dit que non. Il me dit que des amis lui ont déconseillé sa mise sur le web.
      J'aurai fait tout ça pour rien.
      Le jeune homme n'est pas allé jusqu'au bout...
      Mardi 9 mai 2007 | Emeute à Bordeaux
       
      Nicolas Sarkozyvient d'être élu Président de la République française avec 53% des voix, devant Ségolène Royal. Ce soir-là (6 mai 2007) pourtant, je ne suis pas triste. Ségolène à 20h03 non plus. Elle est même radieuse. "Un échec rassure davantage d'une victoire" a écrit Sartre. Ce même Sartre qui a écrit : "Elections piège à cons", ce qui, a priori, peut surprendre, surtout en cette époque de si forte participation des électeurs au vote. A priori, car, il faudrait aborder le sujet en profondeur, et peut-être, oui, peut-être que c'est un piège à cons...
       
      Ce 7 mai, j'ai pris ma caméra. Juste quelques infos lâchées sur les télés du bout des lèvres m'alertent sur des manifestations à Paris (Bastille) Lille, Toulouse, Bordeaux...
       
      Voilà, Nicolas Sarkozy sort du Fouquet's, ce qui est un bon début pour quelqu'un qui est si proche du peuple n'est-ce pas ?
      A l'heure où j'écris ces lignes Nicolas sarkozy est peut-être encore sur un yacht...
       
      J'ai commencé par la place de la Victoire pour cette recherche de "troubles sur la voie publique". Rien, nada. Minérale, triste à en mourir la place de la Victoire, jadis appelée place de la Révolution est en coma dépassé. Place de la république (située entre le palais de Justice et l'hopital St André, rien non plus. Place Pey Berland, deux motos de police m'en interdisent l'accès. Face à mon insistance à vouloir passer un des policier se montre très agressif. J'insiste encore : "Que se passe t-il ?" Il me dit ce que je veux savoir : manifestation.
       
      Le film
       
      Ce film de 7 minutes ne montre pas les cars de CRS disposés en demi cercle entre la mairie et la cathédrale. Devant l'ancienne fac ils sont là. ILS ? Des jeunes gens.
      COMBIEN ? Difficile à évaluer, du reste je n'y songe pas. Une chose m'étonne : l'indifférence à notre égard des forces de l'ordre. Je dirais même que je les trouve bienveillantes. Quelques caméras de télévision sont là: France 3, TV7 et des photographes. Pas de flashs pourtant. Comment dire ? Il y a comme un air de fête. Je ne saurais l'exprimer autrement. Pourtant des bouteilles viennent s'écraser çà et là, et des pierres. Ce qui oblige à un certain recul. Je ne l'ai pas voulu mais je me trouve du côté de la police. J'aurais préféré être de l'autre côté, mais c'est trop tard. Si je fais le tour, je vais tout rater.
      Il y a de la musique au début du film. Quelqu'un a qui je l'ai montré m'a demandé où je l'avais prise cette musique pour "illustrer" le film. J'ai compris que sur le texte liminaire sur dailyMotion je devais préciser qu'il n'y avait pas de musique additionnelle. C'est justement parce qu'il y avait ces tambours que j'ai commancé le film là, avec cette musique et ce garçon tout en blanc qui danse. Je me répète : je n'ai pas senti de haine dans cette scène d'exposition.
       
      Puis, assez vite a lieu la première charge de la police. Sur le film vous verrez quatre ou cinq personnes, comme en civil, pas vraiment l'air d'être des flics arriver. Un cri : "en avant."
      Cette première charge je l'ai filmée, l'image bien sûr tremble. On voit un caméraman de télé courir. Moi, je n'ai pas couru. JE N'AI PAS PU ME METTRE A COURIR. Il m'a semblé que si j'avais couru, il y aurait eu de ma part, comme de l'indécence.
       
      Les commentaires sur DailyMotion
       
      Bien sûr les commentaires peuvent être désactivés. Parfois je le fais. Parfois je désactive les commantaires. Je l'ai fait sur l'entretien vidéo que j'ai réalisé avec Robert Redeker. je l'ai fait quand j'ai considéré que la ligne blanche avait été franchie : celle de l'ignominie. En attendant, c'est comme un test:  que va-t-il se dégager du film ? Quelle va être l'orientation ?
      Ce jeune homme arrêté, menotté, il est évident qu'il surjoue. Il est évident qu'il n'a pas été maltraité. Mais il est évident aussi qu'il est réduit à l'impuissance même si, même si les policiers autour de lui ne font pas montre d'agressivité. Mais il y a la caméra, et les policiers me laissent filmer. Seulement, seulement après, après quand les caméras seront loin, quand plus aucun témoin externe ne sera là, que se passera-t-il ? Que s'est-il passé après ? Qu'est devenu ce jeune homme ?
      je n'ai pas posé de commentaire sur ce film, je sais le faire, j'aurais pu le faire. J'ai juste ajouté, à la fin, ce que me disent deux jeunes gens (je croyais du reste la caméra arrêtée). C'est l'un des deux qui me suggère ce titre "Emeute à Bordeaux". Moi, à ce moment-là, je ne savais pas commenet j'intitulerais ce reportage.
       
      Ce que j'ai voulu, c'est donner à voir. Parce qu'aucune télévision ne le ferait comme ça. La télévision, les télévisions courent après les mêmes lièvres. J'ai entendu parler d'anarchistes, de "casseurs", même dans la bouche de Manuel Walls, ce matin même sur France Inter. "Les casseurs ne peuvent pas trouver leur place dans la république" dit Manuel Walls. Peut-être a-t-il dit dans la démocratie, je ne sais plus. Alors, où est-elle leur place ? N'auraient-ils pas le droit d'exister ?
       
      Tout ça pour ça ?
       
      Le Journal Sud Ouest, daté du 8 mai, en première page, présente "les quinze ministrables" : Borloo, Alliot-Marie, Fillon...
      Voilà donc le renouvellement ? Le changement ? Tout ça pour ça ?
      Il y a même Alain Juppé, Madame Bachelot...
       
      Vieilles beautés fatales du PS
      Toujours dans Sud Ouest daté du 8 mai, ce que répond Gilles Savary à Patrick Guilloton qui lui fait remarquer que "les voix, au PS, pour ne pas partager votre analyse" :
      - "Celles des vieilles beautés fatales voulant en découdre pour revenir au premier plan en disant que tout est de la faute de la candidate."
       
      Les commentaires sur DailyMotion (suite)
      Un email me demande de désactiver les commentaires au film sur DailyMotion. Ne s'agirait-il pas alors d'une censure ? Faut-il s'assurer du pire pour savoir qu'il existe pourra-t-on me répondre ?
       
      18 h : finalement je décide de désactiver les commentaires.

      Dimanche 6 mai 2007 
      Cette France-là...
       
      J'écris ces mots à dessein, j'écris ces mots avec modération.
      J'écris ces mots avec colère, j'écris ces mots sans résignation.
      J'écris qu'il est bien triste ce temps de ce temps-là, ce temps où le rêve, l'espoir sont aux doigts tremblants des démissionnaires et des ambitieux aux doigts crochus.
      Cette France que revoilà je la connais, et c'est celle que j'ai toujours détestée : celle de l'écran gris de la télévision des années soixante, celle qui ne voulait ni de l'Algérie française, ni des harkis, ni des rapatriés ; celle de la frilosité, celle de la délation, celle de Vichy, celle qui compte ses pauvres sous et met ses soumissions au compte des profits.
      Cette France que revoilà (mais peut-être pas pour longtemps), c'est la France des rendez-vous ratés, de la dérobade, de la méfiance. Cette France-là est légion, paisible et hargneuse, c'est celle des pharisiens, des petits chefs, des revanchards, des pleutres et des arrivistes. C'est celle des Cassandre aux petits pieds, des embusqués, des snipers de l'espoir.
      C'est cette France-là qui commence par régler son compte à 68 et qui oublie que ce n'était pas un mouvement circonscrit au Quartier latin, que c'était un vent de fronde qui a soufflé sur le monde, que la grève ne s'est pas limitée à celle des garçons de café du boulevard Saint-Germain ; c'est cette France-là qui finira par en finir une fois pour toutes avec la Commune.
      Cette France-là, bien de droite, avachie dans ses bottes de laine qui ne voit de grandeur que dans le respect et de sérénité que dans la défiance, oui, c'est cette France-là qui ne sait plus rien d'elle-même, des beaux combats perdus, bien préférables aux victoires sans gloire, qui entre dans le XXIe siècle de l'humanité.
      Cette France-là aura au moins cette chance : derrière son chef elle pourra rester à genoux…
       

      Samedi 28 avril 2007
       
      " Tout ce que tu dis parle de toi,
      singulièrement quand tu parles des autres "

      Paul Valéry
       
      Nicolas Sarkozy : La haine de soi
      Je ne doute pas que, dans le privé, Nicolas Sarkozy soit un homme charmant. Je lui reconnais du charme, de l'intelligence, de la sensibilité. Je ne doute pas qu'il puisse être un ami délicieux. Je ne doute pas de ses convictions, ni de sa sincérité.
      Mais il y a une chose dont je doute - et ce n'est pas lui faire injure ; je doute de sa capacité à diriger un pays, ce pays, par exemple, qui est la France.
      Je doute que Nicolas Sarkozy ait cette humilité de l'ego qui sied à la fonction de chef d'État
      Que Nicolas Sarkozy ait fait un rêve, oui je crois qu'il le fait plus que jamais ce vieux rêve : être président de la République française.
      Je crois qu'il veut cela, obstinément, maladivement, je crois qu'il est prêt à tout sacrifier pour ce rêve, ce rêve qui est devenu un absolu. Mais l'absolu c'est la mort ! L'absolu n'existe pas. L'absolu n'est pas un lieu de l'âme où l'on se repose. L'absolu n'est pas humain en ce sens qu'il est indépassable. Être président de la République n'est qu'une étape dans le processus du vivant. Si ce pouvoir n'est pas tenu à distance, s'il est le symbole de l'accomplissement de soi, s'il est un but en soi, il y a danger. Et voilà qui m'inquiète : il semble bien que tel soit le cas pour Nicolas Sarkozy. Aussi devra-t-il aller de plus en plus loin, de plus en plus fort, de plus en plus dangereusement. La voie qu'il a choisie, il ne pourra pas en déroger, il ne pourra pas bifurquer ; il lui faudra, il sera, il deviendra de plus en plus violent, de plus en plus instable.
      La violence engendre la violence, tout le monde sait cela. Cette violence, on ne cessera de la lui apporter sur un plateau d'argent. Elle lui collera à la peau. Tout le temps, toujours. Il aura beau invoquer Blum, Jaurès, Camus, plus rien désormais n'y fera. C'est trop tard. L'image est figée. Le tableau est signé de la main du destin. Ce père fouettard-là n'a pas la grande histoire pour l'excuser.
       
      ***
       
      Au bout de cela pointe le despostisme. Il pointe déjà, il est déjà là, dans la ligne de mire. Le rapport de force est le fonds de commerce de Nicolas Sarkozy. Rappelons-nous : " Surveiller et punir " (Michel Foucault), et ceci encore : " Ce que vous êtes parle si fort que l'on n'entend plus ce que vous dites. (Jefferson.) Ce qu'est Nicolas Sarkozy, c'est ce qu'il a voulu. Il a voulu cela pour conquérir le pouvoir. Ce pouvoir il l'a. Il l'a eu au prix de la violence. Il l'a voulu au nom de son désir de pouvoir. On voit que ce pouvoir qu'il a aujourd'hui ne lui suffit déjà plus. Celui qu'il pourrait avoir demain (celui de chef d'État) bientôt ne lui suffira pas non plus. Après le pouvoir sur les corps il faut celui des âmes. C'est un refrain connu.
      Tout dans ce que Nicolas Sarkozy donne à voir de lui-même confirme cela : que tout doit s'articuler autour de sa seule personne. L'espace autour de lui est saturé de son image. Et cette image, je le crois, j'en suis sûr, j'en suis absolument certain, il ne l'aime pas. Il ne l'aime pas pour les raisons que l'on sait. Alors, alors, je vous prie de bien me lire : cette image il n'aura de cesse de la sublimer, d'en faire une icône. " Le culte du moi " (et je ne fais ici que citer un livre de Barrès), le culte de soi est avant tout la haine de soi.
      Et c'est ici le paradoxe suprême : les despotes ne s'aiment pas.
       
      ***
       
      Rien ne s'oppose plus radicalement à la fraternité que le pouvoir, le pouvoir vécu comme une victoire. Le pouvoir est une défaite. Le pouvoir est une défaite de l'humain.
      C'est en cela que j'aime Ségolène Royal : ce pouvoir elle n'en veut que pour n'avoir pas à l'exercer, à l'imposer. Le pouvoir qui vise à se nier lui-même n'est pas le pouvoir, tout le pouvoir.
      " C'est le fort qui tend la main, dit Nicolas Sarkozy, pas le faible. "
      Fort, faible. Ce sont ses mots, oui, ses mots, ses maux. Tout est là. Le fort, le faible. Cela a encore un sens pour lui, et ce sens s'il le sent faiblir il veut le rétablir. La fable du fort et du faible ne devrait pas être autre chose que la fable de l'aveugle et du paralytique.
       
      ***
       
      Pour finir, ceci que j'adresse à Nicolas Sarkozy : " Si vous voulez ressentir la paix, devenez la paix ", (James F. Twyman). Mais, voulez-vous que je vous dise : je crois qu'il est trop tard.
      Moi qui aime la paix, moi qui n'ai pas de pouvoir et qui n'en veux pas, moi qui aime les gens, moi qui ressemble à tant de gens, moi qui n'ai pas peur des femmes, moi qui ne suis pas beau, moi qui ne suis pas riche, moi qui ne suis plus jeune, moi qui crois en l'humain, j'ai voté, je vote et voterai Ségolène Royal.
       

      Dominique-Emmanuel Blanchard

       
      Article publié dans LE MAGUE

       


      M'écrire

      Commentaires

      Très beau texte.
      Et très belle, cette articulation du culte du moi et de la haine de soi...
      Amitié.
      Bernard-Henri Lévy

      Ce texte est superbement écrit. Quel style ! Qu'on soit d'accord ou pas avec le fond, ou qu'on soit indécis ! Le culte du moi, c'est une période très intéressante de l'oeuvre de Barrès.
      Amitiés.
      Robert Redeker

      Cette analyse est pertinente, en ce sens que l’action politique est, me semble-t-il, avant tout un combat pour, et sur soi-même :
      Amis, votez pour moi, pour apprendre à m’aimer !
      Mais je n’ai jamais eu l’impression qu’un chef d’État s’affranchisse du culte de soi, à part lorsqu’il lâche l’affaire : Eltsine en 1999, le 31 décembre, Chirac il y a 2 mois, au sommet européen. Quant à Ségolène Royal, elle est peut-être aussi à même d’assumer ces fonctions parce que justement, elle s’aime trop...
      Philippe Gras

      "Rien ne paraît plus surprenant à ceux qui contemplent les choses humaines d’un oeil philosophique, que de voir la facilité avec laquelle le grand nombre est gouverné par le petit, et l’humble soumission avec laquelle les hommes sacrifient leurs sentiments et leurs penchants à ceux de leurs chefs. Quelle est la cause de cette merveille ? Ce n’est pas la force ; les sujets sont toujours les plus forts. Ce ne peut donc être que l’opinion. C’est sur l’opinion que tout gouvernement est fondé, le plus despotique et le plus militaire aussi bien que le plus populaire et le plus libre."

      David Hume (26 avril 1711 – 25 août 1776), philosophe, économiste et historien
      .
      Voici une autre citation pour le plaisir :
      "Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.
      citation(s) / poème(s) n° 2700 : Platon [présentation et images], (Athènes, 427 — id., 347 av. J.-C.), philosophe grec
      llenne

      Merci monsieur pour cet article d’une belle dignité intellectuelle.
      Claude

      Que dire de plus ? Juste... continue... c’est magnifique
      Amitiés l’ami !
      30 avril 2007 18:24, par Bénédicte

      Dominique-Emmanuel, tu viens de réaliser un profil psychologique étonnant sur Nicolas Sarkozy et ta magnifique synthèse du personnage nous fait froid dans le dos... c’est la raison pour laquelle, moi aussi, le dimanche 6 mai 2007 je voterai pour Ségolène Royale sans hésiter une seule seconde.
      1er mai 2007 11:20, par Philippe HAUVEAU-BEAUBATON

      Très beau texte qu’on devrait placarder dans les mairies de France et de Navarre.
      1er mai 2007 12:48, par M.

      Mes chers amis, nous voici arrivés au terme de cette campagne. J’ai voulu la conduire conformément à l’idée que je me faisais de la fonction présidentielle. Des responsabilités qu’elle implique. Des devoir qu’elle impose. De la dignité qu’elle exige. Je n’ai pas été épargné par les attaques personnelles. On a mis en cause ma probité. Mon intégrité. Mon honneur. Ma sincérité. Mon caractère. On a insinué que j’étais dangereux pour les libertés. [...]
      Et maintenant je n’ai plus que deux choses à vous dire, qui viennent du fond du cœur :
      Vive la République ! Vive la France !
      Quand Nico parle c’est quand même autre chose...
      1er mai 2007 13:55

      Si vous êtes bien Monsieur Nicolas Sarkozy... ce qui m’étonnerait, sachez que tous vos mots et vos discours (si beaux soient-ils) ne changeront rien à ce que nous connaissons de vous. Lorsqu’on est capable d’abuser des pouvoirs qui vous ont été confiés, en tant que Ministre de l’Intérieur, on est aussi capable d’abuser des pouvoirs qui vous seront peut-être confiés par le Peuple Français. Je connais nombre de Policiers et de Gendarmes qui ont pu servir sous vos ordres... et lorsqu’on se permet d’envoyer un Motard de la Police chercher un jus composé d’oranges fraîches pour son fils cadet, dans un grand hôtel parisien, alors qu’il n’y en a pas sur l’aéroport du Bourget... cela me laisse à penser que la République des privilèges et que l’argent public gaspillé ne prendront pas fin avec votre règne.
      1er mai 2007 14:14, par Philippe HAUVEAU-BEAUBATON

      "... Et puis il y a la gauche qui ne croit plus à la politique, ne croit plus à la nation, ne croit plus à la République, ne croit plus à l’Etat. La gauche qui ne croit plus que la politique puisse changer le monde ni même qu’elle puisse permettre d’atteindre le plein emploi. La gauche qui n’a plus d’autre programme que la défense des droits acquis, des rentes de situation et du statu quo. [...] Ce rêve je sais qu’il est aussi le vôtre. Ce rêve je voudrais que nous le fassions partager à tous les Français quelles que soient leurs origines, leurs croyances, leur parti. Ce rêve, je voudrais le faire partager à tous ceux qui aiment la France et qui pensent que c’est le bien le plus précieux qu’ils ont à transmettre à leurs enfants..."
      Quand Nicolas Sarkozy parle c’est quand même autre chose... 1er mai 2007 15:29